Luttes sociales

Attaque contre la jeunesse réunionnaise

Nouveau gaspillage

Manuel Marchal / 18 août 2010

Formés ici et envoyés ailleurs, c’est une nouvelle fois ce qui attend des Réunionnais ayant obtenu le concours de professeur certifié, et donc connaissant parfaitement la culture et la langue du peuple réunionnais. Formés ailleurs et envoyés ici, ce sont les centaines d’enseignants qui prendront leur poste demain, dans un pays dont ils connaissent si peu. Une fois encore, un logique est imposée, celle qui vise à limiter l’accès des Réunionnais à des postes à responsabilité dans leur pays.

« L’Éducation nationale procède à environ 1.000 embauches par an à La Réunion, mais 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole, alors que le territoire ne manque pas de diplômés », le 19 novembre dernier, un communiqué de l’UNEF-Réunion rappelait ses propos tenus par le sénateur Doligé lors de la visite dans notre île d’une mission sénatoriale.
La rentrée qui se profile montre une nouvelle fois que cette orientation se confirme. Outre les départs forcés au lendemain de la titularisation de jeunes enseignants réunionnais, la mutation en France est maintenant pratiquée pour ceux qui vont faire leur année de stage en vue d’être titularisé.
Cette orientation n’est pas liée à la réforme du recrutement des enseignants, ou au plan de suppression de dizaines de milliers de postes dans l’Éducation nationale. Elle est à l’œuvre depuis des années.

Des postes pour qui ?

Entre 1998 et 2008, nul ne pourrait nier que les effectifs des élèves ont augmenté de manière importante dans notre île. Il suffit de constater que les inaugurations d’écoles, de collèges et de lycées se sont succédé. Il n’y a pas eu de rentrée sans nouvel établissement. Cette année, c’est le lycée HQE de Saint-Benoît IV, situé à Sainte-Anne, qui est l’exemple confirmant cette règle.
Durant ces dix années, un certain nombre d’enseignants a également fait valoir ces droits à la retraite. Cela veut donc dire que les besoins en enseignants n’ont pu que croître.
Mais de manière très surprenante, il s’avère que le nombre de places disponibles pour les étudiants réunionnais à l’IUFM a diminué. Chacun sait pourtant que c’est en suivant les cours de l’IUFM qu’un étudiant a davantage de chance de réussir le concours de professeur certifié garantissant l’entrée dans l’Éducation nationale.
Autrement dit, alors que les besoins augmentent, le nombre de Réunionnais pouvant se former diminue. Et la conséquence logique, c’est le recours à des personnes ayant eu le concours et venant d’une autre académie.
Mais cela ne suffit pas. Des Réunionnais arrivent malgré tout à obtenir le concours, alors un dispositif est appliqué visant à limiter l’accès des Réunionnais aux postes vacants à La Réunion. L’injustice est l’impasse sont telles que le chef de l’État a dû prendre position sur cette question. À la sortie du Conseil interministériel sur l’Outre-mer, il s’est prononcé pour l’examen de la candidature d’au moins un Ultramarin pour chaque poste de cadre A vacant Outre-mer, et pour le choix de l’Ultramarin à compétence égale.

Le précédent réussi du CRIR

En clair, cela signifie que la candidature d’un enseignant réunionnais aurait dû être proposée pour chaque poste vacant à La Réunion. Ce serait alors posée alors la question de la compétence. Si elle est définie par la capacité à enseigner estimée au regard de la réussite au concours, alors tous les Réunionnais souhaitant travailler au pays auraient été recrutés à La Réunion.
Mais dans la réalité, l’administration dit appliquer des règles qui font dégager en France des Réunionnais professeurs certifiés d’une part, et venir des centaines de professeurs certifiés de France d’autre part. Cela veut donc dire que l’administration dirigée par le porte-parole du gouvernement s’assoit sur les orientations du chef de l’État proclamées à la sortie du Conseil interministériel sur l’Outre-mer.
Dans son Histoire, les Réunionnais ont pourtant montré qu’ils étaient capables de traiter cette question du recrutement. Quand il a fallu recruter massivement des instituteurs pour faire face à la scolarisation de masse, le concours de recrutement des instituteurs remplaçants (CRIR) ne correspondait pas aux règles habituelles de l’administration. Le CRIR répondait à un besoin spécifiquement réunionnais. Il a permis d’atteindre l’objectif fixé, et ce sont les enseignants recrutés sur cette base qui portent une grande responsabilité dans l’élévation du niveau de formation de notre jeunesse.
Mais au lieu d’explorer cette voie, l’administration continue à alimenter l’injustice et le sentiment de frustration d’une jeunesse manifestement attaquée.

Manuel Marchal


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