Luttes sociales

BTP : unité durable pour survivre

Plusieurs milliers de personnes dans les rues de Saint-Denis

Manuel Marchal / 6 septembre 2017

À l’appel des 24 organisations de salariés et patronales, plusieurs milliers de personnes ont participé à la grande mobilisation du BTP à La Réunion. Les rencontres avec le Département, la Région et l’État ont débouché sur des intentions qui doivent être concrétisées afin que l’activité soit relancée dès le début de l’année prochaine. Les syndicats de travailleurs et patronaux ont décidé de se constituer en une Interprofession et envisagent de nouvelles actions si la reprise n’est pas au rendez-vous à la rentrée 2018 des congés du BTP.

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« L’activité du BTP doit reprendre impérativement dès le début de l’année 2018 ; sans réactivité des pouvoirs publics dans l’immédiat, nous prenons le risque de voir notre capacité de production disparaître, de déséquilibrer notre modèle économique et social, et de fragiliser davantage l’emploi salarié dans notre filière ». Telle est la conclusion du texte de la motion remis hier au Département, à la Région et à l’État à l’occasion d’une mobilisation de l’Interprofession du BTP regroupant syndicats et organisations patronales du secteur. Plusieurs milliers de personnes avaient répondu à cet appel. Nombreux étaient venus dans leur tenue de travail, portant des casques et des chasubles. Ils brandissaient des panneaux rappelant la crise vécue par ce secteur, comme la mise au chômage de 8.000 travailleurs.

Faute d’activité, le secteur du BTP a perdu le tiers de ses effectifs depuis 2008, soit 8.000 emplois. La crise est loin d’être terminée, car 500 postes ont encore été supprimés depuis le début de l’année. Les entreprises ferment au rythme de 110 liquidations par an depuis 2013. En 2010, syndicats et organisations patronales avaient déjà défilé ensemble pour dire « arrêtez le massacre ». La fin des grands chantiers sans alternative et le désengagement de l’État dans la politique du logement par la modification de la défiscalisation étaient annonciateurs d’une grave crise. Elle a eu lieu et le BTP a perdu un milliard de chiffres d’affaires, essentiellement la commande privée.

« BTP à l’agonie »

Dépendant à plus de 80 % de la commande publique, l’Interprofession demande donc une plus forte implication de l’État et des collectivités. Les besoins sont en effet très importants à La Réunion, notamment en termes de logements avec 22.000 familles inscrites sur la liste d’attente pour l’accès au parc social, et plus de 30.000 logements insalubres.

Rendez-vous était donnée au Jardin de l’État à 7 heures 30. Peu après 8 heures, une délégation était reçue au Conseil départemental pendant que plusieurs milliers de personnes patientaient à l’extérieur. Après la conclusion de cet échange et le dépôt d’une motion, le cortège s’est arrêté pendant plus d’une heure devant la Villa de la Région, rue de Paris, où l’Interprofession a rencontré Didier Robert, président du Conseil régional, pour lui exposer les revendications et déposer la motion.

Précédé par un camion transportant un cercueil géant recouvert en partie d’un drapeau de la France, le défilé derrière le mot d’ordre « le BTP à l’agonie » a ensuite parcouru la rue de Paris puis l’avenue de la Victoire avant de s’arrêter devant la préfecture où une délégation a été reçue et a également présenté sa motion.

À la suite de ces trois différentes rencontres, Bernard Siriex, président de la FRBTP, Cyrille Rickmounie, président de la CAPEB, Jacky Balmine, secrétaire général de la CGTR-BTP et Johnny Lagarigue, secrétaire général de la CFDT-BTP ont pris successivement la parole.

La Région tiendra-t-elle ses promesses ?

Un bilan est fait des différents entretiens par Bernard Siriex. Au Département, les demandes ont été entendues. Du côté de la Région, l’Interprofession a rappelé la promesse faite par Didier Robert le jour de la pose de la première pierre de la route en mer (20 décembre 2013 – NDLR) : 800 millions d’euros sur 10 ans pour la réhabilitation de logements. Le président de Région a annoncé une rencontre dans les jours qui viennent pour démarrer au plus vite les chantiers, à condition que les autres collectivités et l’État soient autour de la table. Un des objectifs étant de parler d’une seule voix auprès du gouvernement.

Concernant l’État, un travail sera fait sur les dossiers bloqués.

Un autre point important est la pérennisation de l’Interprofession. Représentants des salariés et des chefs d’entreprise se réuniront une fois par mois pour faire le point sur la situation. La priorité est une relance de l’activité dès le début de l’année 2018, faute de quoi de nouvelles actions seront à prévoir.

Cyrille Rickmounie, président de la CAPEB abonde dans le même sens, saluant l’écoute des différents interlocuteurs ainsi que l’importante mobilisation de la filière.

Après les paroles, place aux actes

Jacky Balmine, secrétaire général de la FRBTP, partage les conclusions faites de ces rencontres tout en restant sceptique. Il attend que les paroles se transforment en actes.

Un point de vue partagé par Johnny Lagarrigue, secrétaire général de la CFDT-BTP, qui rappelle les difficultés croissantes rencontrées par les salariés qui voient les périodes de chômage entre deux contrats de chantier s’allonger jusqu’à se compter en mois.

En conclusion, Bernard Siriex a rappelé la diminution de la Ligne budgétaire unique, une subvention directe de l’État pour la construction de logements sociaux. Elle est passée de 100 à 80 millions d’euros. Si le montant des propositions formulées dans la motion de l’Interprofession n’est pas précisément chiffré, il indique que beaucoup ne coûtent rien aux pouvoirs publics. Il a également insisté sur la réalisation du plan de sécurisation des radiers. La compétence en incombe essentiellement au Conseil départemental, mais l’État et la Région pourraient venir en soutien afin de concrétiser une mesure de sécurité publique. Un travailleur du BTP est d’ailleurs récemment décédé à la suite d’un accident de la circulation sur un radier.

Travailleurs et patrons du BTP ont réussi à s’unir autour d’une revendication : la bataille pour l’emploi. Cette union est partie pour durer. Se rassembler sur l’essentiel pour parler d’une même voix face aux pouvoirs publics et au gouvernement : voilà de quoi inspirer d’autres secteurs de la société réunionnaise.

M.M.



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  • Le BTP est a l’agonie...La Réunion entière est à l’agonie. Voilà pourquoi il faut tout mettre à plat et aller vers un projet innovant.

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  • Quand le bâtiment va tout va et quand le bâtiment ne va plus rien ne va plus . Mais pourquoi donc rien ne va plus ? On ne dirait pas vu les sommes énormes qui sont dépensées dans notre île dans le secteur du bâtiment et des travaux publics .
    La raison est peut être parce que l’on dépense trop là où on peut dépenser moins .

    D’une manière générale le bâtiment et les travaux publics coûtent beaucoup plus chers à la réunion qu’en métropole , cela est dû à notre éloignement de nos sources d’approvisionnement , à nos spécificités géographiques et notamment à un relief très pentu, des sols rocheux extrêmement difficile à travailler , mais aussi parce que le prix du foncier atteint ici des sommets inimaginables dans les campagnes françaises , mais également parce que les marges des entreprises de construction et de travaux publics sont très nettement plus élevées que celles de métropole ou d’autres pays comparables .

    C’est vrai que le BTP est un moteur pour notre économie .Mais peut être que le moteur est mal utilisé .Avions nous vraiment besoin de dépenser 3 à 4 milliards dans la nouvelle route sur la mer entre saint Denis et la Possession alors qu’avec 1,5 milliard on aurait probablement pu construire une route en hauteur ou un tunnel ; ce qui nous aurait permis de disposer de trois routes pour faire face au trafic de plus en plus important entre le nord et l’ouest de l’île :le CD 41 ; la route actuelle et une troisième route .

    Avec les deux milliards de trop qui seront dépensés dans la route en mer combien projets aurions nous pu financer ?
    L’agrandissement du port et de l’aéroport serait peut être commencés , d’autres zones industrielles seraient peut être ouvertes . Si tout va mal aujourd’hui ce n’est pas forcément de la faute des autres , et notamment du gouvernement qui ne voit pas bien dans quelle situation dramatique se trouve la Réunion par rapport aux départements métropolitains mais aussi par rapport aux autres terres d’outre mer . Chacun se défend comme il peut , mais j’ai l’impression que nous ne sommes pas les champions dans la compétition pour décrocher les meilleurs financements et pour financer les meilleurs projets dans les meilleures conditions pour notre île .

    Pourquoi choisir les projets les plus chers lorsque nous pouvons choisir les moins chers.? Pourquoi donner des marchés publics à des entreprises internationales lorsqu’ils existe à la réunion des entreprises capables de mener à bien nos projets de construction et de travaux publics . Surtout lorsque les entreprises internationales arrivent avec leur propre personnels , qui dépenseront le moins possible dans l’île avant de rentrer chez eux une fois leur chantier terminés .

    Les manifestant avancent les chiffres des pertes d’emplois , de la réduction du nombre de logement ou de chantiers . Il y a beaucoup d’argent dépensé à la Réunion dans le domaine de la construction et des travaux publics , mais évidement lorsque l’on paye plus cher ce que l’on fait on réalise moins de choses .

    ça ira mieux lorsque l’on commencera de dépenser le moins possible dans nos projets pour pouvoir en réaliser le plus possibles . Lorsque la vie coûte plus cher à la Réunion , on ne peut pas reprocher aux réunionnais d’aller dépenser ailleurs ce qu’ils pourraient dépenser à la Réunion et si on veut que l’argent des chantiers de construction et de travaux publics profitent à la Réunion il faut d’abord choisir des entreprises réunionnaises et embaucher des réunionnais pour les réaliser .

    De la même manière , si les commerçants , les artisans et les agriculteurs veulent que les réunionnais préfèrent leurs produits et leur services à ceux venus d’ailleurs il faut qu’ils les proposent à un prix moins chers .

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