Luttes sociales

Calendrier scolaire, mascarade académique et déni de démocratie.

FCPE

Témoignages.re / 12 juillet 2010

« Par arrêté en date du 07 juillet 2010, le recteur de l’académie de La Réunion a arrêté le calendrier scolaire pour les 3 prochaines années scolaires. Après l’avis du CAEN favorable au calendrier B, l’autorité académique a cru bon choisir le calendrier A, correspondant au calendrier métropolitain ainsi faisant un pied de nez au vote démocratique des élus de l’instance académique et se conforter derrière l’échantillonnage d’un sondage réalisé par l’Académie dans les établissements scolaires pour prendre la décision.

Un peu d’histoire :


- L’instruction a été rendue obligatoire en 1882.

- A partir du Front Populaire en 1936, la notion de vacances est associée à celle de temps libre.

- A la fin des années cinquante, les pouvoirs publics prennent en compte le nécessaire équilibre entre périodes de travail et de repos. Pour mémoire, une circulaire de 1956 recommande la suppression des devoirs du soir.

- En 1959, un texte officiel prône le développement harmonieux de l’intelligence et de la santé morale et physique des enfants. Un objectif certes, noble et généreux, mais qui concrètement impose une répartition plus juste entre les trois trimestres de classe : on augmente donc les vacances intermédiaires, en plus des coupures de Noël et de Pâques, les coupures de la Toussaint et de février sont étoffées. Au total, quand nous étions écoliers dans les années soixante, nous avions 3 mois et demi de vacances dans l’année.

- Les années soixante, c’est l’apogée des trente glorieuses : croissance économique maximale, démocratisation et massification du tourisme. Le calendrier scolaire n’est plus un enjeu politique et moral (catéchisme) mais un enjeu économique pour les industriels du tourisme.

- En 1962 : à la demande de certains (transports, tourisme) la France est divisée en 2 zones dont les vacances d’été débutent avec dix jours de décalage.

- En 1967 : le zonage est appliqué aux congés de février (c’est normal, les Jeux de Grenoble se profilent à l’horizon).

- En 1969 : plus de cours le samedi après midi, la semaine de classe passe de trente à vingt sept heures.

- En 1972 : le traditionnel jeudi est remplacé par le mercredi.

- En 1976 : le zonage est étendu aux congés de Pâques.

- En 1980 : C’est l’apothéose, chaque Académie fixe elle même ses dates de vacances. Résultat : pas d’étalement des départs, pagaille gigantesque sur les routes et dans l’organisation des colonies de vacances. L’expérience est vite abandonnée.

- A partir de 1980, la réflexion et la recherche s’orientent sur les rythmes quotidiens et hebdomadaires des enfants. En mai 1980, un rapport du Conseil Economique et Social établit que la France est le pays où la durée des grandes vacances est la plus longue alors que la journée scolaire est la plus chargée. Des études médicales montrent que les enfants sont particulièrement fatigués à deux périodes de l’année : octobre/novembre et février/mars. Il faut au moins dix jours de vacances pour qu’elles soient réparatrices. Pour une fois, les pouvoirs publics suivent ce constat.

- En 1986 : instauration d’une périodicité de sept semaines de travail suivies de deux semaines de repos. C’est le fameux rythme 7/2 du calendrier Chevènement. L’année s’achève avec deux mois de vacances l’été. Un simple examen arithmétique du projet nous montre que cela ne peut marcher qu’avec un territoire partagé en deux zones. Mais les lobbies du tourisme et des transports (SNCF en tête) imposent le maintien de trois zones. Donc impossible que chaque zone fonctionne selon le rythme 7/2.

- En 1990, une tentative de revenir à deux zones mais échec.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’histoire de la mise en place du calendrier nous démontre une fois de plus que le calendrier n’est pas fait pour les élèves mais bien pour certains adultes soucieux de leur bien être et de leurs vacances aussi bien que dans l’hexagone qu’à la Réunion.

Le calendrier est toujours fixé pour le monde économique et touristique loin de la problématique des rythmes scolaires qui fait débat à l’heure actuelle. L’Académie de médecine, les chronos biologistes, les associations de parents d’élèves, les syndicats d’enseignants sont unanimes pour dénoncer cela. Bien que la FCPE soit attachée au Calendrier Climatique, le calendrier B offrait une transition avec une possibilité de maintenir les rythmes scolaires et ne pas faire travailler les élèves pendant une partie des périodes de chaleur. […] L’occasion était donnée pour mettre en place une politique d’économie d’énergie non négligeable dans les établissements scolaires et de promouvoir le développement durable pour l’avenir de nos enfants, des élèves et la planète.

La FCPE demande aux collectivités en charge du bâti scolaire de bien vouloir mettre en œuvre des conditions d’apprentissage adéquates sur les périodes de grande chaleur en toute équité et égalité des élèves de l’hexagone. Notre fédération ne saurait tolérer un traitement différent pour nos enfants au vu du classement catastrophique de l’Académie au plan national et au vu des évaluations du primaire de ces 2 dernières années.

La FCPE demande que les décideurs travaillent dans les mêmes conditions d’apprentissage que nos élèves pendant les périodes de chaleur en arrêtant les climatisations dans les bureaux par respect et par solidarité pour nos enfants ».

Jean Odel OUMANA,
Chargé de communication du CDPE-FCPE 974


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