Luttes sociales

« Ce n’est pas juste, car il y a des postes libres ici »

Témoignage d’un jeune professeur stagiaire affecté à Créteil

Sophie Périabe / 13 août 2010

Après 5 ans en tant qu’emploi jeune au lycée de Bel Air à Sainte-Suzanne, un an au poste d’assistant d’éducation à Saint-André, et parallèlement 3 ans de préparation à l’IUFM, Léopold Payet est enfin reçu au CAPLP (Certificat d’aptitude au professorat en lycée professionnel) Math-Sciences cette année. C’est la fin d’un long parcours du combattant pour ce jeune homme de Sainte-Suzanne.
Mais le 30 juillet dernier, il apprend qu’il est affecté à Créteil. Le jeune homme tombe des nus. « Auparavant, les professeurs stagiaires effectuaient leur 1ère année de stage dans l’académie où ils ont passé le concours. C’est la première fois que des professeurs stagiaires d’ici sont affectés en métropole », nous explique Léopold Payet. « Ce n’est pas juste, car il y a des postes libres ici. À la prochaine rentrée scolaire, il y a 4 postes réservés aux profs stagiaires en Math-sciences, 20 postes pour les contractuels et encore 10 postes libres, qui seront comblés par des vacataires », poursuit le jeune lauréat.
Autrement dit, « des personnes titulaires d’une licence et sans aucune formation vont se retrouver devant une classe. À quoi sert notre concours alors ? ».
Bien sûr, il n’est pas question de « monter les uns contre les autres », mais les postes libres doivent être prioritairement attribués aux lauréats du concours.
Selon les syndicats, c’est uniquement une question de coûts. Les contractuels et vacataires coûtent beaucoup moins chers à l’État que des profs stagiaires, surtout à long terme. « Le contractuel va rester à 1.700 euros environ tout au long de sa carrière ».
Léopold Payet dénonce cette situation inacceptable, l’éducation ne doit pas être bradée.
Par ailleurs, le jeune homme se retrouve confronter à d’autres difficultés. « Aujourd’hui, je sais que je suis affecté à Créteil, mais dans quelles villes ? ». Du 13 au 20 août, les futurs professeurs stagiaires devront formuler leurs vœux, les résultats seront connus seulement le 20 août pour une pré-rentrée en métropole le 25 août prochain.
« En sachant que le 20 tombe un vendredi, il faudra attendre lundi 23 pour faire les démarches et être le 25 en métropole. Et si nous ne sommes pas là, cela peut être considéré comme une démission ». Alors il existe bien des aides pour ces jeunes profs stagiaires. Le CNARM peut prendre en charge le billet d’avion et un mois de loyer, « mais nous ne savons pas dans quelle ville nous serons. Il faut obligatoirement une adresse là-bas pour monter les dossiers ». La métropole n’est pas La Réunion, les distances ne sont pas les mêmes.
« Nous avons donc 2 jours pour trouver une adresse, un billet d’avion, monter les dossiers, etc. S’il faut vraiment partir, certains sont prêts à le faire mais dans de bonnes conditions », conclut Léopold Payet.

 Sophie Périabe 


Kanalreunion.com