Luttes sociales

CGTR Fonctions publiques : le rapport Lebreton « ne répond en rien aux attentes de la population réunionnaise »

Politique de l’emploi

Témoignages.re / 18 décembre 2013

Dans un communiqué, la Fédération Fonctions publiques de la CGTR tire les enseignements du rapport du député maire de Saint-Joseph, Patrick Lebreton. Manifestement, l’examen approfondi du document montre qu’il est loin d’être à la hauteur de la situation. C’est ce qu’exprime de manière très claire la CGTR Fonctions publiques dans son communiqué reproduit ci-après, avec des inter-titres de Témoignages.

La remise au ministre Lurel du rapport Lebreton le 4 décembre dernier méritait bien de prendre le temps d’une lecture approfondie de la part des composantes de la CGTR-Fonctions publiques. En effet, la régionalisation des emplois est un sujet trop important à La Réunion pour se contenter de réactions « à chaud ».

Un premier constat s’impose : parmi les propositions du député, presque rien sur le secteur privé, presque rien sur la fonction publique territoriale avec ses 70% de précaires, presque rien sur la fonction publique hospitalière. A croire que seule la fonction publique d’Etat (FPE) est en mesure d’apporter des solutions pérennes au chômage massif des ultramarins. Compte tenu du faible volume de recrutement annuel dans les administrations de l’État à La Réunion, il s’agit là d’un « miroir aux alouettes » qui limite considérablement l’intérêt du rapport en terme d’emplois.

« Manque flagrant de connaissance de la réalité »

Le rapport affirme que les effectifs dans la FPE sont dimensionnés pour répondre aux besoins de la population, indiquant que ces derniers sont identiques à ceux de l’Hexagone. Cette affirmation comporte deux inexactitudes. Tout d’abord, compte tenu de la situation sociale catastrophique à La Réunion, les besoins de la population en termes d’accueil et de traitement des dossiers sont bien supérieurs à la moyenne nationale. Ensuite il est bien connu - et la CGTR-Fonctions publiques le dénonce depuis des années - que les effectifs des Administrations de l’Etat à La Réunion sont moindres que dans l’Hexagone par rapport au nombre d’habitants. C’est bien d’une augmentation significative du nombre d’emplois implantés dans la fonction publique dont nous avons besoin. Cet état de fait est totalement absent du rapport. C’est pourtant dans ce cadre là que pourrait s’inscrire la proposition 20 visant à régionaliser les concours administratifs, sans entraver le déroulement normal des mutations et le retour au pays des « exilés ».

Concernant les règles de mutations des agents de l’Etat, le rapport souffre d’un manque flagrant de connaissance de la réalité de chaque administration. L’analyse est plus que superficielle et le rapporteur aurait gagné à rencontrer davantage d’organisations syndicales dans l’ensemble de la FPE. En effet chaque administration met en œuvre ses propres règles (ancienneté de la demande ou ancienneté administrative, priorité aux originaires ou pas,...). A ce sujet et contrairement à ce qu’affirme le rapport, il n’y a aucune priorité aux originaires à la DGDDI (douanes). Pour la CGTR, il est primordial d’uniformiser les règles de mutations en instaurant la priorité au retour des originaires dans toutes les administrations de l’Etat.
La CGTR approuve la généralisation des centres d’intérêt matériels et moraux (CIMM) comme le pivot du droit de la fonction publique (proposition 15), à condition que les critères en soient parfaitement définis par décret et ne laissent la place à la moindre interprétation.

« Enfumage total »

La proposition 9 de créer une école supérieure des cadres d’outre-mer dans chaque DOM peut être une bonne idée, à condition qu’on lui donne les moyens publics de fonctionner, que les diplômes délivrés soient reconnus internationalement et que la mobilité des lauréats soit garantie.

En revanche certaines propositions (observatoire local de la régionalisation de l’emploi, institut régional de la statistique, agence régionale de la formation professionnelle, ...) relèvent de l’enfumage total. Autre tarte à la crème : la proposition 4, qui consiste à « définir une stratégie de développement économique dans chaque territoire ». On n’a pas attendu ce rapport pour aborder cette question depuis des années dans le cadre de multiples instances, et notamment le CESER (Comité économique, social et environnemental régional).

Certaines propositions concernent les policiers : les policiers d’outre-mer se sont fait entendre et leurs revendications sont légitimes. Le rapporteur les a entendues, et c’est tant mieux pour eux. Mais se faire le porte-parole des syndicats de la police nationale ne peut suffire à résoudre le problème de l’emploi ultramarin.

La proposition 16 : « instaurer la prise en compte de l’environnement local, dont la maîtrise de la langue, pour les mutations », constitue une véritable révolution dans le droit français ! Qui voudra aller en Bretagne devra parler breton, qui voudra aller en Alsace devra parler alsacien, etc... Avec de telles propositions aucun Réunionnais ne pourra aller travailler dans l’Hexagone. Et l’instauration de l’avis préalable des chefs de services d’accueil avant la CAP nationale ouvre la porte à tous les abus et copinages.

« Agrégat de propos collectés à l’emporte-pièce »

Tout ça commence à sentir mauvais !

Et que dire de la proposition 18 qui prévoit de limiter la durée des séjours outre-mer à 2 fois 2 ans pour les non originaires ?! Avec une gestion du « stock » (mot froid et inhumain employé par le député pour parler des non originaires déjà implantés) qui reprend des théories rappelant les périodes les plus sombres de l’Histoire et plus récemment les charters de Brice Hortefeux, ex ministre de l’intérieur et du funeste ministère de l’intégration et de l’identité nationale ! C’est inacceptable pour la CGTR, et là on est vraiment dans le nauséabond !

Pour la CGTR-Fonctions publiques, le rapport Lebreton n’est qu’un agrégat de propos collectés à l’emporte-pièce. Il est sans doute pavé de bonnes intentions et ouvre quelques pistes positives. Mais il est bâclé, superficiel, parfois dangereux, et surtout décevant au regard des espoirs qu’il a suscités.

Il ne répond en rien aux attentes de la population réunionnaise et domienne confrontée à de graves difficultés économiques et sociales. Il faut revoir votre copie Monsieur le Député !


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