Luttes sociales

Chômage : le plus dur de la crise est devant nous

Conséquence de l’intégration

Témoignages.re / 17 juillet 2013

Il ressort d’un nouveau rapport de l’OCDE que le chômage devrait rester élevé dans les pays de l’OCDE en 2014, notamment chez les jeunes et les travailleurs peu qualifiés. Les perspectives sont tellement négatives qu’une organisation comme l’OCDE appelle à une revalorisation des minima sociaux. Voici le communiqué présentant sa dernière étude "Perspectives de l’emploi 2013".



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Selon les prévisions de l’OCDE, la situation ne s’améliorera pas en France l’année prochaine, malgré les promesses liées à l’inscription dans la loi de l’accord national interprofessionnel inspiré par le MEDEF.

« D’après les Perspectives de l’emploi 2013 , les taux de chômage ne devraient reculer que légèrement au cours des 18 prochains mois, passant de 8.0% en mai 2013 à 7.8% fin 2014, ce qui représente environ 48 millions de chômeurs dans les 34 pays membres de l’OCDE.

 Le rapport met en évidence des écarts importants et croissants entre les pays. Aux États-Unis, le chômage devrait diminuer de 7.6% en mai 2013 à moins de 7% fin 2014. En Allemagne, le taux de chômage devrait diminuer de 5.3% à moins de 5%. Mais dans le reste de l’Europe, il restera stable, voire augmentera dans de nombreux pays. D’ici fin 2014, le chômage devrait tout juste dépasser les 11% en France, être d’environ 12.5% en Italie, et s’approcher des 28% en Espagne et en Grèce. 

« Les cicatrices sociales de la crise sont loin de s’effacer » , a estimé M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, lors de la présentation du rapport à Paris. « Nombre de nos pays membres sont toujours confrontés à un chômage élevé et persistant, notamment chez les jeunes. C’est pourquoi l’engagement récent des ministres de l’OCDE à redoubler d’efforts pour aider les jeunes, ainsi qu’il est rappelé dans le Plan d’action de l’OCDE pour les jeunes, est essentiel dans notre lutte contre le fléau du chômage ».

Jeunes et pauvres les plus touchés

 

La crise ne touche pas tout le monde de la même façon, selon le rapport :

 

- Dans de nombreux pays de l’OCDE, les pertes d’emploi et de revenus concernent plus souvent les ménages modestes et peu qualifiés que ceux à hauts revenus et hautes qualifications. Dans les grandes économies émergentes, l’emploi a été moins affecté par la crise mais de nombreux travailleurs restent piégés dans des emplois précaires et faiblement rémunérés, avec une protection sociale faible.

- Le taux de chômage des jeunes se situe toujours à des niveaux sans précédent dans de nombreux pays : il dépasse 60% en Grèce, 52% en Afrique du Sud, 55% en Espagne et 40% environ en Italie et au Portugal.

- Les personnes en contrat précaire et de courte durée, en particulier les jeunes et les travailleurs peu qualifiés, ont souvent été les premiers à être licenciés lorsque la crise a débuté et ont depuis de sérieuses difficultés à retrouver un emploi.

- Les travailleurs plus âgés s’en sortent mieux pendant la crise, puisque leur taux d’emploi augmente ou ne baisse que légèrement. Ils sont nombreux à partir plus tardivement à la retraite pour de multiples raisons, notamment un meilleur état de santé, la fin des plans de préretraite, mais aussi pour des motifs financiers. Les nouvelles données présentées dans les Perspectives montrent que cela ne se fait pas au détriment des jeunes. L’OCDE estime que le rétablissement de plans de préretraite ou l’assouplissement des règles applicables aux prestations d’invalidité ou de chômage des travailleurs âgés constituerait une erreur coûteuse.

« Renforcer le revenu minimum »

Face à la crise de l’emploi, les pouvoirs publics devraient allier des politiques macroéconomiques à des réformes structurelles afin de renforcer la croissance et favoriser la création d’emplois. Au cours des dernières années, plusieurs pays, dont l’Espagne, la Grèce, l’Italie, le Mexique et le Portugal, ont engagé des réformes ambitieuses visant à réduire les écarts existant en matière de protection de l’emploi entre les travailleurs temporaires et permanents. Ces réformes, si elles sont pleinement appliquées, peuvent favoriser un marché du travail plus inclusif et un meilleur partage des ressources, avec à la clé une amélioration de la productivité. 

 

Un nombre croissant de personnes ayant été longtemps au chômage pendant la crise risquent de perdre leurs droits aux allocations chômage et de devoir se contenter d’une aide sociale moins généreuse. Il sera peut-être nécessaire de renforcer les prestations de revenu minimum afin d’aider les familles en difficulté, en particulier là où le chômage de longue durée reste très élevé.

 

Soutenir davantage les demandeurs d’emploi

Les Perspectives soulignent également que les politiques d’activation doivent être renforcées dans l’ensemble des économies de l’OCDE et des grandes économies émergentes, afin d’aider et d’encourager les chômeurs et autres groupes d’inactifs à trouver des emplois gratifiants et productifs. En particulier, des moyens adéquats doivent être alloués aux politiques actives du marché du travail, telles que l’aide à la recherche d’emploi et la formation, tout en veillant à ce que ces initiatives bénéficient de financements suffisants. Les dépenses consacrées aux chômeurs ont nettement diminué depuis le début de la crise – de près de 20% par chômeur en moyenne dans l’OCDE, à mesure que les tensions s’accumulent sur les budgets publics. »

Prévisions de l’OCDE sur l’évolution du taux de chômage

Mai 2013 Fin 2014
Allemagne 5,3% 4,7%
Grande Bretagne 7,7% 7,8%
France 10,9% 11,2%
Italie 12,2% 12,3%
Grèce 26,8% 28,2%
Espagne 26,9% 27,8%
L’OCDE et la situation de la France

L’OCDE ne voit pas d’amélioration pour cette année et l’année prochaine en France. Elle considère qu’au-delà de la crise actuelle, le problème est structurel. Dans sa logique capitaliste, l’OCDE demande d’aller vers davantage de déréglementation, tout en estimant que les emplois d’avenir et les contrats de génération sont un premier pas.

Pas de redressement en 2014

« Plus de cinq ans après le début de la crise financière mondiale, la demande globale reste atone en France et devrait, selon les estimations de l’OCDE, continuer de faiblir en 2013 (recul prévu de -0.3% du PIB). Dans ces conditions difficiles, le marché du travail français peine à se redresser : le déficit d’emploi, qui mesure la baisse conjoncturelle de l’emploi par la différence entre l’emploi effectif et l’emploi potentiel, s’est accru de 1.2 point de pourcentage entre le début de la crise et le dernier trimestre de 2012. Selon les estimations de l’OCDE, ce déficit devrait encore augmenter, en France comme dans la quasi-totalité de la zone euro, pour atteindre 2.3 points de pourcentage en France fin 2014. »

Contrats d’avenir et de génération ne suffisent pas

« L’OCDE préconise dès lors que les gouvernements adoptent une stratégie qui permettrait d’améliorer les perspectives d’emploi aussi bien des jeunes que des seniors. (…) Les emplois d’avenir et les contrats de générations, dispositifs ciblés sur les jeunes et les seniors, sont une première avancée en ce sens mais appellent à des réformes plus structurelles permettant d’améliorer durablement les taux d’emploi à tous les âges. »

2,5% des salariés licenciés tous les ans

« Le chapitre 4 indique que la fréquence des licenciements s’est amplifiée pendant la crise : en 2009 et 2010, 2.5% des salariés français ont perdu leur emploi chaque année en raison du ralentissement de l’activité économique ou d’un changement structurel, contre 2.1% entre 2000 et 2008. (…)

Contrairement à la majorité des autres pays étudiés, les jeunes français peinent à retrouver un emploi après une suppression de poste. Ces éléments viennent appuyer les recommandations de l’OCDE en faveur de mesures ciblées sur les jeunes et les seniors ».


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