Luttes sociales

Colgate-Palmolive décide de fermer la Société industrielle de Bourbon

Conséquence de la vente du patrimoine industriel réunionnais à des groupes extérieurs

Manuel Marchal / 22 novembre 2013

La Société industrielle de Bourbon est menacée de disparition, elle emploie 32 travailleurs. La SIB est sous le contrôle d’un groupe extérieur à La Réunion, Colgate-Palmolive. Un chargé de mission de Colgate-France a été missionné pour annoncer la nouvelle hier matin aux salariés.

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Photo Toniox

Depuis plusieurs années, les capitalistes réunionnais sont en pleine faillite. Les grandes entreprises du pays se sont construites grâce à la sueur de plusieurs générations de travailleurs. Le patronat réunionnais a donc pour mission de conserver ce capital dans notre pays, pour que les décisions stratégiques puissent être prises par des Réunionnais, à La Réunion.

Mais le patronat réunionnais a failli à sa mission historique et a vendu des pans entiers du patrimoine industriel réunionnais. Des groupes extérieurs ont pris peu à peu le contrôle de l’économie. Les plus grandes entreprises du BTP sont des filiales de Colas, Vinci ou Bouygues. Dans l’énergie, ce sont EDF et les compagnies pétrolières qui font la loi.

C’est pareil dans les monopoles développés par les transferts publics. Dans la grande distribution, ceux qui dominent sont un groupe antillais, Hayot et un groupe français, Casino. Dans l’automobile, c’est encore Hayot qui est devant, tandis que Foucque a été racheté par un groupe contrôlé par des Japonais, et que la marque haut de gamme BMW est désormais distribuée par des Mauriciens.

Même l’industrie sucrière est passée sous la coupe d’un groupe extérieur : Tereos a pris le contrôle des deux dernières usines.

Dans tous ces cas, quand des décisions stratégiques sont prises en compte, elles prennent en compte d’abord le centre d’intérêt du groupe, qui n’est pas à La Réunion.

32 travailleurs

C’est ce qui se passe aujourd’hui pour la Société Industrielle de Bourbon. Elle est une filiale du groupe Colgate-Palmolive.

Hier matin, les travailleurs ont reçu la visite d’un envoyé du siège de la filiale française à Paris. Il a annoncé la fermeture de l’usine. Cette annonce a surpris les travailleurs. Un de leurs représentants a constaté qu’au cours de ces dernières années, les dividendes des actionnaires ont augmenté. « Ils veulent toujours gagner plus au détriment des employés ». L’usine produit pour La Réunion, et exporte également. Elle est spécialisée dans la fabrication de produits d’entretien de la gamme Colgate-Palmolive.

Il est difficile de croire que des marques comme Ajax, la Croix, Soupline, Paic ne soient plus distribuées à La Réunion. Si les produits ne sont plus fabriqués dans notre île, ils seront importés de France, c’est ce qu’écrit en toutes lettres la direction de la SIB dans un communiqué adressé à la presse. Pendant ce temps, une usine employant 32 travailleurs aura fermé.

Des importations de France pour remplacer

Si cette fermeture devenait vraiment effective, alors ce serait un nouvel avertissement pour tous les travailleurs. Cette décision brutale n’a pas été prise à La Réunion. Le siège de Colgate-Palmolive est à New-York.

Lors des dernières grèves des planteurs, le même problème s’était posé. Les dirigeants des usines doivent se référer à la maison mère qui n’est pas à La Réunion.

Pour la SIB, la justification invoquée est le coût de production. Cela signifie que pour Colgate-Palmolive, il est plus rentable de vendre à La Réunion des marchandises fabriquées en France plutôt que de les produire à La Réunion. Pour augmenter ses profits, un groupe extérieur décide de sacrifier une société réunionnaise dont il avait pris le contrôle. C’est une conséquence de la faillite des capitalistes réunionnais, qui n’ont pas su être à la hauteur de leur mission historique : préserver des convoitises extérieures les richesses accumulées par des générations de travailleurs réunionnais.

M.M.

Colgate-Palmolive : 3,8 milliards de dollars de profits

Fondé en 1806 à New-York, Colgate-Palmolive emploie 38.000 personnes dans le monde. Ce groupe a vendu pour plus de 17 milliards de dollars de marchandises dans le monde l’an dernier, pour un bénéfice de 3,8 milliards de dollars, en hausse par rapport à l’année précédente.

En 2012, les dividendes des actionnaires ont augmenté de 7%.

Dans son Conseil d’administration présidé par Ian Cook figurent notamment un vice-président de Google, le directeur exécutif de Kreaft Food, la PDG de CARE-USA, ou le directeur de Novartis. C’est dans ce conseil qui siège à New-York que se prennent les décisions qui sont ensuite appliquées par une direction de 150 membres, dont un représentant pour la filiale française.

La SIB apporte sa contribution à l’enrichissement des actionnaires de ce groupe, mais sans pouvoir de décision.

En 2011, elle avait réalisé plus de 3 millions d’euros de chiffres d’affaires, pour un résultat de 375.000 euros.


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