Luttes sociales

Condamné à travailler toute leur vie ?

Témoignage d’un couple d’agriculteurs

Sophie Périabe / 11 septembre 2010

Arsène Bègue et Marie Thérèse Damour ont commencé à travailler à l’âge de 17 ans dans les exploitations familiales. Aujourd’hui, ils vivent à la Plaine des Cafres, au pied du volcan. Arsène Bègue a sa propre exploitation depuis 1981 et Marie Thérèse donne « un coup de main » pour entretenir les 90 vaches allaitantes.

Âgé de 62 ans, Arsène Bègue aspire enfin à une retraite bien méritée après des années de dur labeur. Sa compagne, âgée elle de 57 ans nous raconte : « si lu part à la retraite maintenant, lu nora que 242 euros. Comment y fé po vivre ? », demande-t-elle. Le couple songe donc à vendre leur exploitation pour en retirer un complément pour leur future retraite. « Si l’État y donnait au moins 800 euros pour not deux, lu noré pu aller à la retraite. Son fils noré pu aussi reprendre l’exploitation. Mais aujourd’hui lé pas possible », poursuit Marie Thérèse. En effet, le fils d’Arsène souhaitait reprendre l’exploitation familiale, il y avait même commencé à travailler avec son père. Mais, « nou la rendu à nou compte que té pas possible de tire deux salaires dans l’exploitation. Quand la fini paye toute, y restait que pour un salaire, donc son fils a arrêté ». Il s’est envolé en métropole il y a deux mois à la recherche d’un meilleur avenir.
« Si l’État y donnait une retraite convenable pou gagne vivre, nou noré pu partir pour laisser la place aux jeunes. Mais nou sera peut-être obligé de vendre l’année prochaine pour gagne vivre sur nos vieux jours ».
Après 45 et 40 ans de travail, Arsène Bègue et Marie Thérèse Damour continuent donc aujourd’hui à travailler 7 jours sur 7, de 7h du matin à 7h du soir, qu’il pleuve ou qu’il vente. « Ici, nou coné pas cyclone, nou coné pas la pluie. Si y faut aller en pleine nuit aider une vache à mettre bas, nou coné pas le froid non plus ».
Une chose est sûre, le couple souhaite aujourd’hui arrêter de travailler et se reposer, « nou pe pas faire une vie à travailler seulement », mais ont-ils le choix ?

Sophie Périabe


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