Luttes sociales

Créer des dizaines de milliers d’emplois pour faire reculer le chômage

Quelles mesures contre la précarité ?

Manuel Marchal / 15 janvier 2010

Alors que l’urgence sociale s’est aggravée cette année, c’est paradoxalement le domaine dans lequel les propositions du Conseil interministériel sur l’Outre-mer sont les moins ambitieuses. Pour sa part, La Réunion est riche d’initiatives en ce domaine, avec la création de deux grands services d’intérêt public dans l’environnement et l’aide à la personne. Cette revendication est portée par les élus, et par le milieu associatif. Le 25 octobre dernier à Cambuston, un collectif avait souligné que l’emploi de proximité peut libérer 50.000 Réunionnais du chômage.

Augmentation de 53% du nombre des dossiers de surendettement : la publication des dernières données de l’IEDOM relatives au surendettement (voir page 6) est un nouveau révélateur de l’ampleur de la précarité à La Réunion.
Lorsque le 19 mars 1946, le statut colonial est aboli, et les Réunionnais deviennent en droit les égaux de tous les citoyens de la République. Ceci leur donnait accès au 1er janvier 1947 à toutes les avancées démocratiques et sociales obtenues au sein d’un pays parmi les plus riches du monde. Mais la persistance de pratiques coloniales allait compromettre le règlement immédiat de la question de l’égalité. Il a donc fallu batailler pendant des décennies pour arracher peu à peu ce qui aurait dû être appliqué le 1er janvier 1947. L’égalité du SMIC est notamment obtenue en 1995.
Cette lutte a permis des avancées considérables. Ce sont des milliards d’euros qui ont été redistribués à tous ceux qui ont droit à la solidarité.
Mais pendant que se poursuivait cette bataille pour l’égalité, les choix opérés par les gouvernements qui se sont succédé à Paris, et par leurs relais locaux, ont débouché sur l’absence de développement du pays.

Arèt èk sa

En effet, en très peu de temps, La Réunion a évolué d’une société de plantation à une société de service, laissant de côté des dizaines de milliers de travailleurs. La réforme structurelle de la filière canne a ruiné 20.000 planteurs, la crise du géranium a provoqué la misère de milliers de travailleurs. Le chemin de fer était le principal mode de transport interurbain. Il a été démantelé alors qu’il était l’employeur de milliers de travailleurs.
Face à l’accroissement de la population active, les gouvernements parisiens ont d’abord tenté de régler cette question par l’émigration. Par le départ massif de jeunes Réunionnais vers les usines et les services en manque de main d’œuvre durant la fin des années 60 et les années 70 n’allait pas créer les conditions du développement nécessaires au plein emploi.
Dès 1974, le taux de chômage est supérieur à 25% selon un rapport présenté par le Conseil général. Cette pénurie d’emploi n’a jamais été résolue. Et aujourd’hui, plus de 125.000 Réunionnais sont à la recherche d’un travail.
Le manque d’emploi explique en grande partie la précarité, car cela se traduit par le chômage de masse ou par l’existence de nombreux emplois à temps partiels, où le revenu tiré du travail est un SMIC partiel.

Projets réunionnais

C’est une situation d’urgence sociale qui pourrait encore s’aggraver si des actions rapides et profondes ne sont pas mises en œuvre. Parmi les propositions formulées lors des États généraux de l’Outre-mer figure notamment pour La Réunion la création de deux grands services d’intérêt public dans l’environnement et l’aide à la personne. L’objectif est de répondre rapidement à l’urgence sociale en créant des emplois durables pour toutes celles et ceux qui ont déjà une expérience dans ce domaine. L’ARAST est d’ailleurs là pour souligner combien les besoins de ces services sont importants.

M.M. 


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