Luttes sociales

Créons d’urgence des emplois à La Réunion

J-7 avant les grandes manifestations contre la réforme des retraites

Manuel Marchal / 31 août 2010

L’Assemblée populaire de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté a appelé à la mobilisation la plus large le 7 septembre prochain dans les défilés contre la réforme des retraites. Elle a aussi demandé à tous les parlementaires réunionnais de voter contre le projet du gouvernement. Cette réforme ne fera qu’aggraver une situation réunionnaise déjà dramatique. C’est pour que cette situation soit enfin prise en compte que le 19 juillet dernier, le Parti communiste réunionnais a demandé à François Fillon l’envoi d’une mission d’expertise dans notre île.

L’accroissement des inégalités entre Réunionnais et entre La Réunion et la France, c’est la conséquence inévitable d’une application mécanique de la réforme des retraites telle qu’elle est voulue par le gouvernement.
En effet, notre île est caractérisée par une pénurie d’emplois qui dure depuis des décennies. Déjà en 1974, un rapport du Conseil général établissait le taux de chômage à 25%, avec 50% de chômage chez les moins de 30 ans notamment.

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En 1974, le Conseil général établissait que le taux de chômage à La Réunion était de 25%.

36 ans plus tard, cette situation s’est aggravée. A la pénurie d’emplois, contre laquelle aucun gouvernement n’a été capable d’agir, s’ajoute désormais le prix de décisions politiques visant à casser le secteur du BTP. À partir de la démolition du projet de la rocade du Tampon par Didier Robert, d’autres grands chantiers ont été stoppés : Pôle océan, Zénith, tram-train, Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, nouvelle route du littoral. À ces décisions prises par des élus réunionnais se sont additionnés les atermoiements du gouvernement concernant la réforme de la défiscalisation. Les incertitudes persistantes sur le devenir de ce moyen capable de faire entrer du capital à La Réunion ont fini par faire fuir les investisseurs, provoquant l’arrêt brutal du secteur de la construction.

Quelle retraite pour qui ?

La première conséquence de cette aggravation de la crise, ce sont 136.458 Réunionnais inscrits à Pôle Emploi, soit parce qu’ils sont privés de travail ou soit parce que leur emploi est tellement précaire et mal payé qu’ils sont condamnés à en chercher un autre.

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36 ans plus tard, le taux de demandeurs d’emploi est de 37%. Parmi ces 136.458 Réunionnais à la recherche d’un travail, combien seront-ils à avoir droit à une retraite décente si la pénurie d’emplois continue ?

La seconde conséquence, c’est de plonger encore davantage dans la précarité une société déjà caractérisée par le fait qu’au moins 52% des Réunionnais vit en dessous du seuil de pauvreté. Parmi ces 52% se trouvent des retraités condamnés au minimum vieillesse, mais également des travailleurs qui enchaînent les longues périodes de chômage avec quelques mois de contrats aidés. Cette situation, c’est le résultat de la pénurie d’emplois. Comment, dans de telles conditions, peut-il être possible d’avoir droit à une retraite décente ?
La réforme proposée par le gouvernement ne fera qu’aggraver cette situation dramatique. Mis à part les fonctionnaires d’État, et à condition que ces derniers continuent à bénéficier du fait que pour 3 années de travail, ils cotisent 4 années, quels seront les Réunionnais qui seront assurés d’avoir droit à une retraite décente ?

Des mesures spécifiques nécessaires

La situation est d’une telle gravité à La Réunion qu’elle impose donc des mesures qui n’ont rien à voir avec ce qui est proposé pour la France. Construit à partir de l’intégration par l’assimilation, le modèle mis en place au lendemain de l’abolition du statut colonial atteint ces limites, il démontre chaque jour son incapacité à proposer des solutions à l’impasse dans laquelle s’enfonce notre pays.
Depuis 1946, la situation a changé totalement, sous la pression de la combinaison de plusieurs facteurs. La population réunionnaise a été multipliée par trois, et sa jeunesse nombreuse atteint désormais un niveau de formation comparable à celui d’un pays développé. L’économie réunionnaise a été intégrée dans celle de la France, puis dans l’ensemble européen. Le résultat a été la suppression de nombreuses industries, et la délocalisation en France de dizaines de milliers de jeunes ouvriers réunionnais. Aujourd’hui, c’est l’intégration dans le marché unique mondial qui attend La Réunion, avec autour d’elle des pays où les coûts de main d’œuvre sont très nettement inférieurs. Cette perspective n’est en rien comparable avec la situation de la France, et en plus de cela, La Réunion est confrontée depuis des décennies à la pénurie d’emplois.

Pour une mission d’expertise

Pour que les décideurs prennent véritablement conscience de la situation de notre île, le Parti communiste réunionnais a adressé un courrier demandant au Premier ministre et au Parlement l’envoi d’une mission d’expertise chargée de se rendre compte de l’impact sur La Réunion des politiques mises en œuvre en tenant compte d’un contexte qui n’est pas réunionnais.
Voici 25 ans, le Parlement européen avait répondu favorablement à une initiative de ce type portée par Paul Vergès, alors député à Strasbourg. La venue d’une mission du Parlement européen avait été une étape décisive dans la reconnaissance de La Réunion en tant que Région ultrapériphérique (RUP). Sans ce statut de RUP, notre île n’aurait pu bénéficier de la sorte des programmes européens qui ont permis de concrétiser d’importants investissements dans les infrastructures et la formation.

Manuel Marchal

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En 1985, à l’initiative de Paul Vergès, une délégation de députés du Parlement européen était venue se rendre compte de la situation de La Réunion, notamment dans les bidonvilles. Cette mission a été une étape dans le classement de La Réunion en tant que Région ultrapériphérique, ouvrant la possibilité à des politiques européennes adaptées. Ce qui a été accepté par l’Europe, pourquoi ne le serait-il pas par un de ses États membres ?

« Prendre en compte toutes les spécificités de la situation réunionnaise »

À l’occasion de la présentation de la lettre adressée au Premier ministre, Maurice Gironcel avait, au nom du PCR, tenu les propos suivants :

« Nous réaffirmons la nécessité de prendre en compte toutes les spécificités de la situation réunionnaise caractérisée par de criantes inégalités et qu’aucune solution ne peut être apportée sans être globale et concertée. C’est pourquoi nous réitérons la demande, que nous avons exprimée auprès du Premier ministre, d’envoi d’une mission d’expertise sur la situation sociale à La Réunion ».


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