Luttes sociales

D’où vient le RSTA ?

Revenu temporaire supplémentaire d’activité

Témoignages.re / 27 mai 2013

Le 5 mars 2009, de grandes manifestations rassemblent des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Saint-Denis et de Saint-Pierre. La hausse des prix des carburants avait participé à une inflation record : en janvier 2009, l’inflation atteignait 2,6%. En février 2009, elle était toujours proche de 2%, avec plus de 5% dans l’alimentation. Étouffée par cette vie chère, la population s’est levée, dans un vaste mouvement qui touchait les Antilles, la Guyane et l’Océanie.

Les principales revendications portaient sur la baisse des prix, avec la nécessité de faire la transparence, et sur la hausse des revenus. La plate-forme du COSPAR demandait « 200 euros mensuels nets sur les bas salaires, les basses retraites, les minima sociaux, les bourses des étudiants ». Après les manifestations vint le temps de la négociation.

Le COSPAR avait proposé un plan réunionnais, avec une globalisation des sommes prévues par l’État pour participer à la création d’un supplément de revenu de 200 euros. La part des entreprises était modulée en fonction de leur capacité à contribuer. Une solidarité entre patrons était donc proposée, les plus riches finançant une partie de l’augmentation de salaire des travailleurs des petites entreprises. L’objectif, c’était de créer les conditions de la pérennisation de cette majoration de salaire au bout de trois ans, par une aide dégressive versée aux entreprises.

Au lieu d’en faire la sienne, l’État refusa cette proposition, et décida d’autorité d’affecter 100 euros pour chaque travailleur au salaire inférieur à 1,4 SMIC, c’était la création du RSTA versé par l’État. Il laissait les partenaires sociaux se débrouiller pour trouver le complément, c’est ainsi que fut signé l’accord salarial régional prévoyant un bonus de 50 euros, la prime COSPAR financée par les entreprises. En agissant de la sorte, l’État créait les conditions pour rendre bien plus difficile la pérennisation du RSTA, surtout quand la crise économique s’aggrave.

Au bout de trois ans, la question s’est donc reposée. Il a fallu que Paul Vergès intervienne au Sénat pour que les deux dispositifs puissent être prolongés. Au lieu des trois ans demandés, l’État n’accorda qu’un an. Grâce à une nouvelle mobilisation l’an dernier, le bonus COSPAR a pu encore être prolongé jusqu’au 31 décembre. Mais pour le RSTA, l’État n’a pas donné de rallonge supplémentaire.

Une mesure liée à la vie chère


Le préambule de la plate-forme revendicative revient sur ce qui a amené à la création du RSTA : des salaires trop faibles pour faire face à des prix bien plus élevés qu’en France. La revendication sur les revenus, c’était : « 200 euros mensuels nets sur les bas salaires, les basses retraites, les minima sociaux, les bourses des étudiants ».

L’exaspération de la population réunionnaise se justifie par un faisceau d’éléments objectifs qui concourent à une dégradation du pouvoir d’achat et des conditions de vie de nos concitoyens. En matière de prix on constate que sur la période 1997 à 2007 les prix à la Réunion ont augmenté de 37% alors que dans le même temps ils n’augmentaient que de 30% dans l’Hexagone. Les politiques d’exonération fiscale se sont traduites par un tassement des salaires. L’État a sa part de responsabilités, notamment par la fixation du SMIC et les politiques d’aides.

- 52% de la population est en dessous du seuil de pauvreté, contre 18% en

métropole

- 50% de la population avait en 2006 un revenu inférieur à 690 euros

- 10 % des revenus les plus bas étaient inférieurs, en 2006 à 390 euros

On constate par ailleurs une inégalité salariale inacceptable entre les hommes et les femmes : une travailleuse réunionnaise gagne en moyenne 90% du salaire de son homologue masculin.


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