Luttes sociales

Des avancées pour les jeunes emprisonnés

Retour sur l’audience

Témoignages.re / 27 mars 2012

Hier, 10 jeunes étaient jugés pour leur participation aux émeutes. Fin février, ils avaient demandé un délai pour leur défense, ils ont été jetés en prison pendant un mois en attente d’être jugé. Hier, l’audience a laissé apparaître quelques avancées pour les jeunes.

Hier, après midi, 10 personnes avaient été convoquées au tribunal pour être jugées. Cela fait un mois qu’ils sont en prison après avoir été arrêtées et maintenues en détention provisoire à la suite des manifestations sociales du mois de février.

Leurs parents, familles, amis, ou simples sympathisants étaient là pour les soutenir. Le comité pour leur libération était aussi présent. La salle était pleine. Les proches étaient angoissés car, pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’ils se retrouvaient là, devant une cour de justice. Avant même d’y entrer, des mères de famille ont commencé à pleurer ; d’autres étaient venus avec leur crucifix à la main ; elles étaient aussi anxieuses que révoltées par la situation dans laquelle se trouvait leur enfant. Ces familles avaient bien raison d’être inquiètes aux vues des premiers jugements prononcés au moment même des émeutes.
En détention depuis un mois, afin de pouvoir préparer leur défense mais aussi de comparaître dans un climat plus serein, les prévenus et leur famille n’avaient pas pu se revoir. Toutes les démarches effectuées sont restées vaines.
Ce sont tous des jeunes de 19 à 30 ans, inconnus de la justice pour beaucoup ou alors déjà condamnés à des courtes peines. Sans emploi depuis longtemps, travailleurs non déclarés, exploités par un employeur ou en formation, voilà le profil des personnes qui comparaissaient hier pour des faits allant du jet de galets, au lancement de cocktail Molotov ou de vol pendant les émeutes.

Juger dans un climat apaisé

Pour des personnes jusque-là inconnues de la justice, il était difficile d’expliquer les faits qui leur sont reprochés. Difficile aussi de s’en défendre quand c’est la parole du gendarme face à celle du jeune chômeur qui se trouvait au mauvais endroit et au mauvais moment.
Mais le procureur a donné le ton : il a apprécié que les jugements aient été repoussés sur demande des avocats. « C’est un droit de demander un délai pour préparer sa défense et c’est une bonne chose », a-t-il prononcé pour ouvrir les débats. « Cela permet de juger plus sereinement dans une situation qui parait apaisée ». Il a fait référence aux peines très lourdes qui ont été prononcées et disait être cette fois-ci dans une tout autre démarche.
Effectivement les peines requises par le procureur étaient bien en deçà de qui avait été proposé un mois auparavant. Et pour montrer sa bonne foi et son souci d’apaisement de la situation sociale, il est allé même jusqu’à demander de ne pas considérer la peine plancher pour l’un des prévenus.

La plus lourde peine est un an de prison ferme. Le fils de madame Técher qui avait remis un courrier à Mélenchon lors de son passage ce dimanche a lui été libéré le soir même.

Le comité se félicite de ce nouveau positionnement de la justice qui a décidément voulu montrer qu’il prenait acte de l’existence de facteurs déclenchants qui ont conduit ces personnes à agir comme elles l’ont fait. Le comité ne peut qu’être satisfait que la justice agisse désormais dans un souci d’apaisement et non de répression aveugle.

Nous devons interroger notre société.

Comment un jeune homme de 30 ans, père de deux enfants, et qui n’a eu jusqu’ici qu’une amende peut reconnaître avoir jeté un cocktail Molotov sur une voiture de police et atteindre le visage du fonctionnaire ? Le fait est d’une telle gravité, comment expliquer que cette personne jusque-là tranquille ait pu en arriver là ? « Notre communauté doit se poser la question sur ce passage à l’acte ».
Le tribunal n’est certes pas le lieu où doit se résoudre le malaise social mais il était important de pointer du doigt les responsabilités de notre société. Nous devons tous nous poser la question de ce qui a pu amener ces gens d’ordinaire sans problème à arriver à commettre des faits aussi grave.

« Où sont ceux qui ont appelé à l’émeute ? Que le tribunal ait le courage de la faire comparaître un jour. »

« Où sont ceux qui ont crié sur les ondes de la radio et qui ont appelé les gens à descendre dans la rue ? », « Où sont ceux qui aiment les caméras et qui incitent les gens à l’émeute ? », « ils sont où, ces faiseurs de pétitions à n’en plus finir ? », « ils sont où » a eu beau crier maître Saïd Larifou, mais ils n’étaient pas là ! Me Larifou, a demandé que le tribunal ait le courage un jour de faire comparaître aussi ceux qui poussent à la révolte ouvertement sur les ondes des radios ou à la télé et qui disparaissent après.
Cela est très juste car, quand on ne sait pas éteindre un incendie on n’allume pas la flamme. Certaines personnes par besoin de notoriété ou en vue d’élections ont scandé des appels à la manifestation mais ils ont disparu et ont laissé le mouvement sans leader ni contrôle. Aujourd’hui, ils se désolidarisent de ceux qui ont été arrêté suite à leurs appels.

Des jugements plus cléments

Mme Técher avait son fils en prison depuis un mois et elle n’avait jamais pu le voir malgré toutes ses démarches. Il est handicapé paralysé à la main droite et malgré tout on l’a enfermé pour jet de galet ! On se demande comment il a fait ? Cette femme courageuse, sûre de l’innocence de son fils a pu remettre un courrier en main propre à Mélenchon lors de son passage éclair à La Réunion. Hier soir son fils a été libéré ! Elle et sa famille sont bien sûr très contentes, mais il n’en reste pas moins qu’ils ont subi eux aussi une injustice.
La plus grosse peine est un an de prison ferme.

Remerciements

Le comité tient à remercier toutes les personnes qui ont apporté leur soutien aux familles par leur message de sympathie.

Pour le comité,
Julie Pontalba


Communiqué du Comité pour la libération des jeunes emprisonnés

Ce communiqué a été adressé hier à la presse :

« Le comité pour la libération des personnes emprisonnées lors des émeutes du mois de février était présent aux côtés des parents, amis et sympathisants des jeunes qui comparaissaient hier au tribunal de Saint Denis.
Dès le début de la séance, le procureur a voulu agir dans un souci d’apaisement et a expliqué avoir changé sa manière de voir les choses. Les avocats avaient demandé un délai pour préparer la défense des prévenus et c’est « une bonne chose » selon le procureur. « Cela permet d’apprécier et de juger sereinement une situation qui paraît apaisée ». Pour montrer sa bonne foi et sa volonté d’agir dans ce souci d’apaisement de la situation, il a même demandé au juge de ne pas tenir compte de la peine plancher dans certains cas. C’est assez exceptionnel pour le noter.

Le comité se félicite des nouvelles orientations très positives de la justice qui a résolument voulu montrer qu’il prenait acte de l’existence de facteurs déclenchants qui ont conduit ces personnes à agir comme elles l’ont fait. Le comité ne peut qu’être satisfait que la justice agisse désormais en faveur de la sérénité et non de la répression aveugle.
Le comité tient aussi à remercier toutes les personnes qui ont apporté leur soutien aux familles par leurs messages de sympathie.

Pour le comité,
Julie Pontalba »


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