Luttes sociales

Des pistes envisageables pour casser un monopole et baisser les prix

Jean-Hugues Ratenon, Alliance des Réunionnais contre la pauvreté

Geoffroy Géraud-Legros / 26 mai 2011

Comment expliquer des prix hors-taxes des carburants qui battent des records, et quelles perspectives pour la création d’une coopérative d’importation ? Éclairage de Jean-Hugues Ratenon, président de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté.

Pourquoi les prix des carburants sont-ils injustes à La
 Réunion ?

- Les prix des carburants à la Réunion sont exorbitants à cause des doubles marges pratiquées par les compagnies pétrolières. Rappelons quand même que les actionnaires de la SRPP sont aussi des concurrents sur le marché de la distribution, véritable paradoxe. Ils appliquent les marges à l’importation, à la distribution, mais des marges cachées existent aussi à travers le coût de stockage. Voilà des capitalistes qui gagnent à tous les coups et qui continuent à se plaindre.
Une autre raison de la cherté des prix sur la dernière période, c’est la surfacturation par le préfet via la taxe sur le certificat d’économie d’énergie payée par les consommateurs depuis le mois de février. C’est donc une perte du pouvoir d’achat pour l’ensemble des automobilistes qui voient leurs dépenses en carburants augmenter de façon artificielle à cause de la Préfecture.

Quels sont les moyens d’y remédier ? Où en est la
 mobilisation ?

- La première chose à faire c’est d’exiger des services de la Préfecture le remboursement immédiat de la surfacturation à la pompe. Rendez l’argent des Réunionnais car il est insultant d’organiser une épargne forcée. Les usagers doivent aussi continuer à s’organiser en comité. À ce jour, des regroupements ont lieu un peu partout dans l’île sous la forme de comités d’usagers et de contribuables de la route.
Leur objectif, c’est une baisse des carburants et du gaz pour tous. Mais remarquons aussi les prises de position d’autres collectifs et d’organisations syndicales, comme SOLIDAIRES notamment, qui pointent du doigt le monopole de la SRPP.

Les transporteurs ont annoncé la création d’une coopérative pour contourner le monopole. Pourquoi les consommateurs n’en feraient-ils pas autant ?

- Le préfet, pour faire face à la grogne des transporteurs, organise des rencontres pour explorer la piste de l’importation du diesel par les transporteurs eux-mêmes. Une coopérative est envisagée, cela démontre que la réflexion est possible. Des pistes sont donc envisageables pour casser la position dominante de la SRPP.
Le but est bien de contourner les marges des compagnies pétrolières, d’ailleurs le responsable aux affaires économiques de la Préfecture a longuement insisté là-dessus. Donc c’est l’aveu que la cherté des prix est avant tout le résultat d’abus au niveau des marges.
Cette solution nous paraît difficilement réalisable pour les autres usagers de la route, c’est à dire les particuliers.
Notre mouvement avait, dès 2009, émis l’idée d’une société régionale des produits pétroliers d’intérêt collectif. Le but c’est de faire baisser les prix et non de faire du profit comme c’est le cas actuellement. Pour nous, les carburants sont des produits de première nécessité, qui ne doivent en aucun cas être soumis à une situation de monopole.
Mettons la contribution publique au service de l’intérêt public, une façon comme une autre de rentabiliser l’argent des contribuables par la baisse structurelle des prix.


Les pétroliers face à leurs responsabilités ? Et l’État ?

« Les pétroliers proposent un prix au préfet, qui s’exécute ». Par ces quelques mots, l’Autorité de la concurrence dit en substance, dans un rapport paru en 2009, l’exact tableau de la communauté d’intérêts État-pétroliers à La Réunion. La Préfecture se montre aujourd’hui fort conciliante envers l’idée de coopérative des professionnels avancée par les porte-paroles des travailleurs de la route. On ne peut que s’en féliciter.
Mais l’usager, qui ne bénéficiera pas de la mise en place de cette structure, se réjouirait sans doute bien plus de voir les services du représentant de l’État s’acquitter de la tâche que lui confient les textes : assurer un juste prix des carburants pour tous ceux qui prennent la route dans notre île… et ne plus « s’exécuter » devant le monopole de l’or noir. Il ne faudrait pas que la toute nouvelle sympathie de la Préfecture envers les idées autogestionnaires lui fasse perdre de vue sa mission essentielle…

G.G.-L.


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