Luttes sociales

Des policiers réunionnais : « nous vivons en exil »

Retour des fonctionnaires ultramarins dans leurs départements d’origine

Témoignages.re / 1er août 2012

Les fonctionnaires ultramarins travaillant en métropole en ont ras le bol et ont décidé de le faire savoir. Beaucoup d’entre eux estiment en effet vivre « un exil » et aimeraient retourner s’installer dans leur région natale, mais leurs demandes de mutation sont souvent rejetées. Résultat : ils sont bien souvent condamnés à l’exil pendant une bonne dizaine d’années. Pour changer cette situation, ils ont décidé de se mobiliser, et demandent la réforme du système de mutation qui les défavorise. Ils envisagent par ailleurs d’organiser des rassemblements, en métropole comme à La Réunion, pour sensibiliser les élus sur leur situation.

Idriss est gardien de la paix en région parisienne depuis neuf ans. Réunionnais d’origine, il fait partie de ces Ultramarins qui espèrent, chaque année, faire leur retour dans leur région d’origine, mais dont les demandes de mutation sont sans cesse rejetées. « On est plusieurs à être installés en métropole depuis une dizaine d’années et on ne parvient pas à se faire muter à La Réunion », explique Idriss. « Le problème, c’est que le système se base sur l’ancienneté administrative au lieu de se baser sur l’ancienneté sur la demande. C’est comme ça qu’on voit des collègues métropolitains, souvent proches de la retraite, se faire muter à La Réunion, tandis que nous, on ne peut pas rentrer chez nous », poursuit-il.

« On vient en métropole en connaissance de cause », précise-t-il tout de même. « On sait qu’on part pour un certain temps. Mais on ne s’attend pas à rester là pendant dix ans, voire douze ou treize ans pour certains », continue Idriss. Il souligne que l’éloignement est souvent difficile à vivre : « On est à 10.000 km de notre île, l’ambiance est différente, les mentalités sont différentes, le climat est différent. Pour quelqu’un qui a vécu toute sa vie à La Réunion et qui n’a pas de proches en métropole, la situation n’est pas évidente ».

Désagréments familiaux

Installé en région parisienne depuis bientôt dix ans, Idriss ajoute que, comme lui, « beaucoup de Réunionnais vivent mal leur exil ». « On se sent détaché par rapport à sa famille. De nombreux événements se passent à La Réunion alors qu’on est absents. Parmi les plus heureux, on a les baptêmes, anniversaires, mariages, cérémonies religieuses… Parmi les plus malheureux, il y a les maladies et décès de personnes qui nous sont proches », souligne Idriss. « Ça fait mal de rater tout ça », confie-t-il. « Et c’est pas comme si on pouvait être chez nous en moins de trois heures, grâce au train. Non, nous, on doit prendre un billet d’avion et faire onze heures de vol avant d’atterrir à La Réunion », poursuit Idriss.

Le policier explique par ailleurs que l’éloignement génère aussi des désagréments dans la vie de couple. « Dans le cas où les compagnes sont aussi originaires de La Réunion, il arrive forcément un moment où elles ressentent elles aussi le besoin de revenir sur l’île. Certains couples finissent par se séparer à cause de ça », indique-t-il. A cela s’ajoutent d’autres problèmes. « J’ai des collègues qui enchaînent dépression sur dépression », annonce Idriss.

Nécessité d’une réforme du système de mutation

Lui, comme de nombreux fonctionnaires de police ultramarins, souhaite une réforme du système de mutation, et espère une réaction de la part des élus. « On nous parle sans cesse de continuité territoriale. Alors, certes, c’est bien de partir, mais quand il s’agit de revenir, y a plus personne pour nous aider », déclare Idriss, qui estime que « la mobilité devrait se faire dans les deux sens ».

A La Réunion, une réunion a eu lieu lundi 30 juillet 2012 à Saint-Paul, en présence de la députée-maire Huguette Bello et du syndicat Unité SGP Police. Pour l’un des fonctionnaires présents à cette réunion, c’est l’occasion de « tirer la sonnette d’alarme » sur les problèmes de mutation. « C’est une petite avancée », dit-il. « On a un nouveau gouvernement, j’espère que les choses vont changer pour nous », ajoute ce policier qui aimerait rejoindre femme et enfants à La Réunion pour raison médicale. « On a parfois l’impression qu’il n’y a plus de côté humain », déplore-t-il.

Il émet par ailleurs quelques réserves sur les syndicats. « Je n’ai plus confiance en eux, ils sont censés nous défendre, mais ne font rien pour nous. On est toujours victimes de discrimination », regrette ce fonctionnaire, actuellement en vacances dans l’île. « Ce qu’on leur demande, c’est de la transparence dans les recrutements », souligne-t-il.

Pour sensibiliser tout un chacun sur leur situation, les fonctionnaires ultramarins se mobilisent depuis un certain temps via la création de groupes sur les réseaux sociaux tels que GPX 974 sur Facebook. Ils ont également décidé d’organiser des rassemblements. Le premier aura lieu dès ce week-end, le dimanche 5 août 2012, au parc de Vincennes en métropole. A La Réunion, un rassemblement du même genre devrait aussi avoir lieu un dimanche après-midi au mois d’août. Il s’agira de réunir tous les fonctionnaires rencontrant des difficultés dans leurs mutations, ainsi que leur famille, leurs amis, mais aussi les élus et les médias.

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