Luttes sociales

Désamorcer la bombe sociale : Jean-Yves Langenier fait des propositions concrètes

Luttons contre les monopoles

Geoffroy Géraud-Legros / 27 mars 2012

L’actualité brûlante a montré que le prix des carburants pouvait être le détonateur de crises sociales graves. S’inscrivant en faux contre les exploitations populistes d’un problème enraciné dans l’économie et la société réunionnaise, Jean-Yves Langenier a avancé des pistes vers des solutions concrètes.

Que sait-on du circuit qui mène les carburants du marché de Singapour, où ils sont acquis par les opérateurs présents sur le marché réunionnais, jusque dans les véhicules des particuliers et des professionnels, en passant par les cuves de la SRPP ? Que sait-on des mécanismes de formation des prix de cette précieuse matière ? La recherche de réponses se heurte au mur d’opacité édifié par les intérêts pétroliers et au poids exercé par ces derniers sur la prise de décision politique. Ainsi, nous précise Jean-Yves Langenier, la création à La Réunion de l’Observatoire des Prix et des Revenus, acquise grâce au travail parlementaire du député Elie Hoarau, était inscrite dans la LOOM du 13 décembre 2000. Il a fallu attendre 2007 pour qu’elle fasse l’objet d’un décret d’application…

Transparence absente, situation avérée

Si la lumière tarde à être faite sur les questions liées à l’acquisition et au prix des hydrocarbures, les constats relatifs aux bénéfices des grands groupes ne manquent pas. Ainsi, un rapport de la Haute autorité de la Concurrence consacré au prix des carburants dans les DOM, décrit un système bien rodé, qui a assuré entre 2007 et 2008 « une hausse vertigineuse des marges réalisées par les compagnies — 20% (Martinique), 45% (Guadeloupe), et 77% à La Réunion ».
En juillet 2010, note le maire du Port, la ministre de l’Economie Christine Lagarde saisissait pour avis l’Autorité de la concurrence. Dans son courrier, Mme Lagarde brossait un tableau sans équivoque des caractéristiques du marché local des hydrocarbures, relevant que « ses acteurs sont de fait en situation de monopole ou en situation d’oligopole restreint, ce qui limite la concurrence au sein de la filière. Leurs unités de raffinage ou d’embouteillage, de taille réduite, ne leur permettent pas de réaliser les économies d’échelle des unités de métropole ». En découle, selon elle, « la nécessité d’administrer les prix des produits concernés afin d’éviter toute hausse excessive de prix au détriment du consommateur, en attendant que des réformes de structure de la filière puissent être engagées ».
Monopole : le terme vise ici la SRPP (Société réunionnaise des produits pétroliers) qui, comme son homologue des Antilles (la SARA), maîtrise la totalité du stockage des carburants et, en relation avec deux autres compagnies, pèse d’un poids décisif sur leur acheminement et leur disposition.

Le cartel des compagnies pétrolières

Etablie depuis 1955, la SRPP est « détenue à parts égales par Shell et Total » comme l’indique un rapport du Conseil Général de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies réalisé en 2008, termes repris en 2011 par l’autorité de la concurrence. Ses cuves stockent la totalité des carburants importés tous les ans par quatre importateurs : Total Réunion, Libya Oil Réunion, aujourd’hui Tamoil, SRPP et Engen Réunion. Ces compagnies font « ensemble l’acquisition des hydrocarbures sur le marché de Singapour, lançant un appel d’offres annuel pour un contrat de 12 mois, le prix variant en fonction du marché tous les mois. Elles « achètent les carburants à un prix identique », lequel demeure largement inconnu de l’opinion… Mais, rappelons-le, ce prix serait, « excellent », et même « inférieur à celui des raffineries », selon les propos livrés par Philippe Bodilis, Président des importateurs d’hydrocarbures, à notre confrère le "Quotidien" du 24 mai 2011. Les importateurs « partagent les frais occasionnés par la flotte d’approvisionnement », précise le premier magistrat de la cité maritime, ce qui leur permet de « réduire les coûts ».

Que faire ?

Les constats ne manquent pas, de la dénonciation des « monopoles », des « oligopoles », à la mode Lagarde, à celle du caractère « malsain » de la proximité entre stockage et distribution, du « conflit d’intérêts » entre les deux secteurs — propos tenus par Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, en déplacement à La Réunion au mois de novembre 2011. Les recommandations, qui enjoignent de « séparer le secteur de la distribution de celui du stockage », de pratiquer un juste prix, d’« assigner un bon tarif » aux droits de passage, etc. sont tout aussi abondantes. Aucune n’a été véritablement suivie d’effet ; la simple volonté de transparence se heurte à la mauvaise volonté des intérêts considérés. Que faire ? Selon son habitude, Jean-Yves Langenier a mûrement pensé le problème. La colère des consommateurs, constate-t-il, est la sanction qu’apporte le corps social à des abus de moins en moins acceptés. L’absence de solution réfléchie pousse à des tentatives bricolées. Et, faut-il le rappeler, franchement démagogiques... Le dispositif imaginé par la Région Réunion, intervenue en faveur d’une baisse immédiate de 8 centimes d’euro financée par l’Octroi de mer, accroît l’injustice, puisqu’elle « grève la dépense publique — et donc la solidarité ». Elle constitue de surcroît un manquement démocratique, puisque c’est sans concertation que l’exécutif régional s’est permis de prendre position.

Appel à des solutions durables

Déjà, on annonce que les conquêtes « très réduites » des mobilisations du mois dernier seront battues en brèche par de nouvelles augmentations. Le risque est donc fort, de voir ces reculs réamorcer la bombe sociale. Dans ce contexte, Jean-Yves Langenier, candidat PCR aux élections législatives dans la IIe circonscription, voit dans l’élection présidentielle une opportunité « d’interpeller les candidats » sur des propositions concrètes. L’urgence est donc à « briser le monopole », en faisant appel à « la puissance publique ». Celle-ci, rappelle le maire du Port, est chargée de la « régulation des prix des carburants ». Partageant avec la haute autorité de la concurrence le constat d’un « échec » en la matière, imputable au cartel pétrolier, Jean-Yves Langenier pointe, documents en main, « l’inconstitutionnalité » de la structure monopolistique privée, contraire notamment à « l’alinéa 9 du préambule de la constitution de 1946, intégré à la Constitution en vigueur au titre du Bloc de Constitutionnalité ». Une analyse qui justifie une « appropriation par la puissance publique » de la structure. A cela, on peut ajouter que c’est l’argent public qui a financé l’installation de la SRPP… et que la collectivité prend déjà en charge les dépenses de sécurité et d’entretien qu’engendre cette structure. S’agissant de l’approvisionnement, le maire du Port a envisagé « l’appel à un marché public à de meilleurs coûts ». Un cours nouveau, qui permettrait toute la transparence refusée aujourd’hui au consommateur lors des achats à Singapour…

G.G.L.

Correspondant


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