Luttes sociales

Dockers : « Personne ne cassera notre mouvement »

Grève au port

Geoffroy Géraud-Legros / 14 mai 2011

Scénario classique au port, en ces temps où le patronat essaie souvent de tirer parti de la crise pour ne pas entendre les revendications des travailleurs.

D’un côté, la SGM, société de manutention qui a engrangé des profits considérables les années précédentes, et se dit aujourd’hui rattrapée par la crise. « Le patron peut pleurer », nous déclare Dario Ricquebourg dit Danio, représentant CGTR des docks du Port, « il met les travailleurs en chômage partiel ; c’est l’État qui paye, pas lui. Soi-disant, il n’a plus d’argent… mais il vient d’acheter Budget, un beau bijou de l’empire Caillé. On achète des bijoux quand on crie misère ? »

« Aujourd’hui, c’est la dernière chance »

Ce que les travailleurs demandent ? « Une hausse de salaire de 5%. Nous avons fait des propositions pour sortir de la crise, accepté de descendre à 4%. Mais en face, il y a un refus évident de discuter. Un refus de dialogue social. Le patron ne veut rien entendre… il en porte la responsabilité. Aujourd’hui, c’est la dernière chance. S’il n’y a pas un peu de raison côté patron, on risque d’aller vers une vraie crise, et la solidarité jouera à plein entre les travailleurs. Tout le monde est déterminé ».

« Ils cherchent à dresser l’opinion contre les travailleurs »

Danio dénonce aussi des tentatives d’instrumentaliser l’opinion contre mouvement. « On entend beaucoup de choses sur Freedom, d’un coup. Il y a des gens qui sont payés pour nous salir, pour dire n’importe quoi. Certains devraient voir honte, lorsqu’ils disent donne a moin la place, ou lé tro payé. Nous on touche notre dû, et on se bat pour améliorer nos salaires. Ça devient une habitude, ici, à La Réunion, pour le patronat : ils cherchent à dresser la population contre les travailleurs. Je conseille à ceux qui jouent à tirer les ficelles de l’opinion de ne pas trop rêver. Ils ne casseront pas notre mouvement. Nous, c’est des travailleurs créoles fiers. Nous c’est pas des gars qui courbent la tête. Et on se défendra, on défendra nos droits et ceux des travailleurs ». Montée en intensité du mouvement ou négociation loyale ? La balle est désormais dans le camp du patron…

Geoffroy Géraud-Legros


Explication de texte

Michel Séraphine, figure incontournable du syndicalisme réunionnais, s’esclaffe. Il vient de lire sur l’internet un article du magazine "Mémento", spécialisé dans les affaires économiques réunionnaises. On peut y lire, entre autres, qu’en ayant pour effet de réorienter les transports de marchandises vers l’île Maurice, la grève ferait ainsi « le jeu des Mauriciens ». « C’est tout de même incroyable », dit-il « de lire des choses pareilles sous la plume de quelqu’un qui est censé avoir une certaine culture économique ». Ici, explique-t-il, « ce n’est pas comme en France, la problématique n’est pas continentale ». Le transport de marchandises est, précise-t-il « captif » — c’est, nous explique-t-il, le terme technique. « C’est-à-dire », ajoute-t-il, « que personne ne pourra assurer ce transport par des moyens alternatifs, tels que le camion, ou le train, comme cela serait possible dans le cas d’un port continental ».
En clair : détournées vers Maurice, les marchandises devront néanmoins revenir par mer, et être déchargées sur le port de La Réunion, comme prévu. Aucun manque à gagner pour les travailleurs réunionnais. « C’est comique de voir des gens intelligents en arriver à raconter des choses dans ce genre ». Mais, ajoute-t-il, « que "le Memento” se rassure : nous nous concertons avec les mouvements des travailleurs mauriciens. Ils peuvent même se réjouir : nous aurons des conventions communes très bientôt. Le patronat a tort de croire qu’il est le seul à être mondialisé. Les travailleurs des ports sont en contact dans le monde entier, et ils le montreront ». À bon entendeur…


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