Luttes sociales

Du slogan, passer à la revendication

Document d’orientation du 11ème Congrès de la CGTR

Témoignages.re / 20 novembre 2010

Après un bilan des quatre dernières années du mouvement social lors de l’ouverture avant-hier du 11ème Congrès de la CGTR, les perspectives d’actions étaient discutées hier lors de la présentation du document d’orientation. Voici quelques extraits de ce document essentiel :

L’évolution très rapide de la société réunionnaise confrontée à l’offensive ultralibérale qui touche une grande partie de la planète, la faiblesse des organisations syndicales et leur faible réactivité dans le temps et l’espace, la dévalorisation du Travail contribuent à la perte de repères politiques et syndicaux et à la confusion dans et des esprits, au doute quant à l’utilité du syndicalisme : qui sommes-nous ? Notre utilité ? Quelles sont nos valeurs et comment les transmettre ? C’est dire l’importance de l’information formation-action.
Face à l’évolution rapide de la société, la transformation profonde du salariat, le consumérisme important concomitamment à la « transition qui s’achève » de la CGTR dans cette situation en mutation, beaucoup plus accélérée à La Réunion, les nouvelles directions, et notamment le nouveau BC et la nouvelle CE se construiront à partir de la nouvelle génération de cadres syndicaux sur la base des acquis arrachés par les précédentes et aujourd’hui menacés. C’est dire, pour la CGTR, l’importance du renouvellement de sa Direction et de ce 11ème congrès. Plus généralement, la crise du capitalisme s’amplifie sans que des alternatives politiques crédibles se dessinent.
Cette crise engendre une instabilité dans le monde, marquée notamment par les guerres en Irak, en Afghanistan, au Proche Orient, par les crises systémiques provoquées, en grande partie, par la libéralisation des marchés favorisant la circulation rapide et hiératique des flux financiers et la spéculation financière, l’appauvrissement de plus en plus grand des Pays en Voie de Développement et surtout du continent africain qui se retrouvent prisonniers du carcan de la dette... qui s’entretient et s’accroît.
Elle génère des inégalités croissantes dans les pays industrialisés et une montée inquiétante du chômage/précarité.
Cette crise se traduit aussi par une augmentation effrénée des profits des grandes entreprises, alors même que le pouvoir d’achat des salariés diminue et que le chômage, le nombre de travailleurs pauvres, la précarité, le mal-être au travail, l’exclusion s’accroissent.
Cette situation est le résultat d’une politique néolibérale organisée au niveau mondial. Le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont des outils au profit des Sociétés transnationales (STN) qui s’imposent aux politiques économiques, budgétaires et sociales des Etats.
La crise est devant nous et la présente année en témoigne largement. Les licenciements sont légion et l’urgence sociale frappe à la porte. Les éléments de crise qui ont engendré la création du COSPAR en mars 2009 sont en grande partie toujours là. Pire, ils s’aggravent rapidement, et une fois de plus, le patronat a montré son égoïsme de classe.

Le démantèlement et la privatisation de services constituent une destruction de la solidarité nationale

La casse des services publics ôte à l’État les moyens d’une politique de cohésion économique et sociale dans le pays. Aujourd’hui, le démantèlement et la privatisation de ces services constituent une destruction de la solidarité nationale au profit des intérêts du patronat ainsi qu’un abandon de secteurs stratégiques par l’État.
L’Etat avait en charge de produire du droit social pour protéger les travailleurs du déséquilibre fondamental existant dans la relation contractuelle de travail. Ce système acquis par les luttes sociales est aujourd’hui remis en cause par le gouvernement et le patronat
Baisse du pouvoir d’achat, surprix et salaires et minima sociaux à la traîne, casse du droit du travail, des régimes de protection sociale, de la retraite par répartition, des services publics, politique fiscale accentuant les inégalités, voilà la réalité que notre organisation doit prendre en compte.
Le patronat local, national, régional ou international ne veut pas de syndicat et de syndicalisme indépendant, démocratique, de masse, de classe et unitaire. Il est évident qu’il ne peut, pour arriver à ses fins, pratiquer une politique d’interdiction pure et simple.
Sa stratégie est donc celle d’un contournement de ce syndicalisme. Le Politique n’est pas en reste sur ce point, notamment par le biais d’associations. Notre vigilance doit être de règle.
Le syndicat n’est en rien une organisation humanitaire. Sur lui repose la permanence du mouvement ouvrier et syndical. Il se construit tout au long des luttes à partir de l’expérience historique des travailleurs, de l’engagement militant.
L’institutionnalisation/bureaucratisation du syndicalisme est une autre stratégie patronale. Faire entrer les syndicats dans le “système” organisé par le capital, les faire progressivement gérer les conséquences engendrées par la mise en œuvre des politiques néolibérales. C’est alors le principe de l’indépendance syndicale qui est remis en cause. Car l’indépendance syndicale est un principe en ce sens, il est absolu. L’indépendance et la démocratie syndicales sont dialectiquement liées.
C’est cette question qui est constamment au cour du débat lorsque l’organisation est amenée à être représentée dans les institutions locales, nationales et internationales.

Pour un syndicalisme de proximité

La place du syndiqué-acteur, décidant dans le cadre des orientations de congrès, de ses propres outils en termes de structures et de fonctionnement est une question cruciale de notre Confédération.
La nécessité d’être au plus proche des lieux de travail plaide pour un syndicalisme de proximité s’entendant comme une politique de mise en place, partout où c’est possible, de structures infra fédérales (syndicats généraux et syndicat) et de redéploiement de nos forces sur les très petites entreprises.
C’est un point essentiel de nos travaux de congrès.
La convergence de nos actions professionnelles et interprofessionnelles et la complémentarité des nos instances doit être recherchées.
Le principe du fédéralisme démocratique en lien avec celui du confédéralisme de plus en plus nécessaire constitue une caractéristique essentielle de notre syndicalisme.
Un fonctionnement démocratique nécessite la formation des adhérents pour en faire des dirigeants, formation qui permet, par ailleurs, de mieux débattre en connaissance de cause de l’orientation de leur syndicat, ce fonctionnement exige aussi que les adhérents soient conscients de l’utilité de leurs cotisations et de l’utilisation qui en est faite, et exige une information des adhérents à tout moment, d’où l’importance de l’organisation, de la transparence.
La CGTR, en sa qualité de Confédération, a vocation à regrouper l’ensemble des salariés actifs stables ou précaires, retraités et privés d’emplois).
Elle doit aussi accompagner la mutation du salariat, prendre en considération l’évolution des différents secteurs professionnels ainsi que celle des différentes catégories socio-professionnelles de travailleurs, l’égalité des genres et en avoir une approche spécifique tant dans les démarches revendicatives, d’organisation.

La place des jeunes et des femmes au travail, un axe majeur

La place des jeunes et des femmes au travail (et aussi hors entreprise) doit être appréhendée pour constituer un axe majeur de notre activité syndicale. Elle doit s’approprier cette donnée fondamentale que constitue l’irruption sur le marché du travail des femmes, notamment au travers de la tertiarisation de notre économie. Le débat sur la parité homme/femme ne peut rester à la porte de notre syndicat ou n’y être présent que de façon académique. Il doit participer de la nécessaire et perpétuelle adaptation de notre syndicalisme.
La CGTR se fixe pour objectif l’émergence plus conséquente des femmes au sein de ses instances pour une prise en compte de la réalité sociale et de la représentativité des femmes dans le monde du travail actuel.
Elle doit ouvrir ses rangs plus que jamais aux travailleurs immigrés subissant les pires conditions de travail.
La question identitaire doit être appréhendée par la CGTR dans sa globalité. Cette problématique est une résurgence qui se pose de plus en plus avec acuité.
Toute notre bataille pour la dignité du Réunionnais constitue un acquis. Il nous faut maintenant aller encore plus loin dans la réflexion et prendre en compte l’ensemble des dimensions de la problématique identitaire : économique, sociale, culturelle. Du slogan, passer à la revendication.


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