Luttes sociales

EDF et FSB Holding veulent-ils concurrencer les Réunionnais en produisant à Maurice ?

Bientôt un mois de grève à Giordano, filiale d’EDF

Manuel Marchal / 7 juillet 2014

Deux grèves importantes touchent des entreprises largement bénéficiaires de la défiscalisation : Giordano et la CILAM. Giordano est une filiale d’EDF et de FSB Holding ; des licenciements y sont prévus et les travailleurs résistent à une délocalisation de la production à Maurice. A EDF, c’est le silence alors que les dirigeants de cette entreprise ne semblent pas s’émouvoir du licenciement de travailleurs réunionnais.

Les énergies renouvelables et en particulier le photovoltaïque devraient être des gisements d’emplois pour La Réunion. Mais contrairement à toute logique, ce secteur connaît des difficultés. C’est en 2010, après l’élection de Didier Robert à la Région, que la France a donné un coup d’arrêt au développement du photovoltaïque en changeant les règles fiscales, avec effets rétroactifs.
4 ans plus tard, un nouveau séisme ébranle le secteur de l’énergie. C’est le conflit social à Giordano. Des travailleurs craignent que des licenciements annoncés ne soient que le prélude à une délocalisation de la production vers Maurice. Cela signifierait à terme la fin de l’usine de production, Giordano n’étant plus alors qu’un importateur de chauffe-eau solaires.
Giordano Industries est une entreprise crée voici 40 ans à Aubagne dans le Sud de la France. Elle compte parmi ses actionnaires un des plus puissants groupes français, EDF. Sa filiale EDF Energies nouvelles détient 25% du capital de Giordano.

Jusqu’à 10 millions investis à Maurice

Un autre acteur de cette affaire est une société dont le siège social se situe à Paris et les activités en Outre-mer. Les 40 ans de Giordano ont été l’occasion de présenter officiellement un nouveau partenariat. FSB Holding, par l’intermédiaire de sa filiale Solar Prod Environnement, est entré dans le capital de Giordano à hauteur de 25%. Or, FSB Holding compte s’impliquer dans le projet Maurice Ile durable soutenu par le gouvernement de nos voisins.

Un article paru dans Capital Publications du 13 mai dernier révèle que FSB Holding est prêt à mettre jusqu’à 10 millions d’euros sur la table pour financer la construction d’une usine de chauffe-eau solaire, de climatiseurs hybrides et solaires.
La société parisienne est déjà implantée dans notre île via plusieurs filiales. Solar Prod lui permet de commercialiser des produits liés aux énergies renouvelables.

Le 10 juin dernier éclate un conflit social à Giordano. Les travailleurs se mobilisent contre des licenciements. 18 sont annoncés. Face à l’absence de réponse de leur direction, ils se sont mis en grève. Cela fait plus de trois semaines que la situation est bloquée, et pas de perspective de sortie de crise. Pour les grévistes, la direction prépare la délocalisation de la production. Cette menace n’est pas sans rappeler la fermeture de la SIB cette année. La Société industrielle de Bourbon était une usine de production appartenant à Colgate Palmolive. Le groupe américain a décidé de fermer l’usine réunionnaise et d’importer la production depuis la France pour augmenter les profits des actionnaires.

Silence dans les rangs à EDF ?

Lorsque l’on constate qu’un actionnaire de Giordano veut investir jusqu’à 10 millions d’euros dans une usine de chauffe-eau solaires à Maurice, les travailleurs ont manifestement de quoi être inquiets.
En effet, rien n’empêchera ces chauffe-eau produits à Maurice d’être importés et vendus à La Réunion. Ils concurrenceront ainsi ceux qui sont fabriqués dans notre île, et les emplois qui vont avec.
Dans cette affaire, un acteur est bien silencieux, c’est EDF.
Si l’opération dénoncée par les grévistes de Giordano se fait, alors EDF sera aussi complice de la fermeture d’une usine réunionnaise pour augmenter ses profits d’actionnaire. Nul doute qu’une telle attitude ne manquera pas d’être dénoncée par les salariés d’une entreprise qui se vante d’avoir une fibre sociale. Pour le moment, les travailleurs de Giordano résistent. Gageons que la situation puisse évoluer à EDF avant qu’il ne soit trop tard pour les travailleurs de Giordano. Car après la SIB, les Réunionnais ne comprendraient pas que les dirigeants de sociétés françaises s’entendent pour mettre des Réunionnais au chômage et concurrencer d’autres travailleurs réunionnais en organisant l’importation depuis des pays où les salaires sont beaucoup plus faibles qu’à La Réunion.

M.M.

EDF et énergies renouvelables


EDF, actionnaire de Giordano, a une stratégie à La Réunion. Elle détient le monopole du transport de l’électricité et elle a d’abord fixé à 30% la part maximale des énergies intermittentes dans le mix énergétique. La justification, c’était la menace d’une possible panne du réseau. La conséquence, c’est de limiter le développement du photovoltaïque, de l’éolien et de l’énergie de la houle.
EDF avait ensuite vivement contesté une étude de l’Agence régionale de l’énergie Réunion. L’ARER avait prouvé qu’il était possible de remplacer avantageusement la centrale thermique projetée au Port par les énergies renouvelables et une meilleure gestion de la consommation. L’entreprise française avait obtenu que l’ARER ne puisse plus faire de telles études. L’arrivée de Didier Robert à la Région grâce au soutien des dirigeants socialistes a réglé le problème : l’ARER a été dissoute. Ces éléments montrent qu’à La Réunion, EDF a une stratégie différente de celle de l’autonomie énergétique. Les Français se retranchent derrière l’idée que dans un contexte insulaire, le thermique a encore de beaux jours devant lui. D’où l’investissement de 500 millions d’euros dans la construction d’une centrale thermique qui fonctionne avec des carburants importés, dont les Réunionnais ne fixent pas le prix.