Luttes sociales

Emploi des Réunionnais dans l’Éducation nationale : rien n’est réglé

La jeunesse diplômée massivement exclue d’un gisement d’emploi

Témoignages.re / 20 août 2011

gouvernement, au détriment de la jeunesse réunionnaise » par les syndicalistes réunionnais, le recteur a employé un discours que les Réunionnais connaissent bien. Depuis déjà bientôt deux ans, le président de la République s’est engagé à changer les règles pour favoriser la prise de responsabilité des Réunionnais au sein de la fonction publique exerçant dans leur territoire. Deux ans après, toujours pas de « solution miracle », et les jeunes Réunionnais diplômés sont massivement exclus d’un gisement d’emplois.

Dans cette interview publiée hier dans le "Journal de l’île de La Réunion", le recteur de l’Académie de La Réunion a expliqué que « si un Réunionnais est candidat pour un poste d’enseignant à La Réunion, un métropolitain n’a aucune chance de l’obtenir ». Cette affirmation doit être mise en perspective d’une autre soutenue par le rapporteur de la mission sénatoriale de 2009, « l’Éducation nationale procède à environ 1.000 embauches par an : mais 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole ».

Les mensonges faits aux Réunionnais

Face à cette réalité révélée à la tribune du Sénat, et aux difficultés de La Réunion, Nicolas Sarkozy avait annoncé, le 6 novembre 2009 au Palais de l’Élysée, lors du Conseil Interministériel de l’Outre-mer, que « la sacro-sainte règle de la mobilité administrative n’ayant aucun sens quand sa mobilité, on va la faire à plusieurs milliers de kilomètres de sa famille, ce n’est pas du tout le même contexte qu’en métropole ». Sept mois plus tard, en juin 2010, une vingtaine de jeunes avait manifesté devant le rectorat et la Région pour demander à être affectés à La Réunion, et non en France.
Sur la base des déclarations faites par le chef de l’État, ces enseignants avaient le droit de rester à La Réunion. Mais l’administration et le gouvernement ont refusé de respecter ce droit.
Outre la question de la mobilité des enseignants titulaires de leur premier poste, une autre toute aussi importante concerne le choix annoncé de privilégier, à compétence égale, la candidature d’un fonctionnaire issu de La Réunion pour occuper un poste à La Réunion.
Lors du Conseil Interministériel de l’Outre-Mer, Nicolas Sarkozy avait en effet déclaré ceci : « Je ne vois pas pourquoi des Ultramarins de catégorie A (enseignants titulaires du CAPES—NDLR) ne seraient pas affectés en plus grand nombre à des postes à responsabilité Outre-mer. Je vous annonce donc la constitution d’un ‘‘vivier de talents ultramarins’’, qui sera interministériel et aura pour vocation de proposer, à chaque fois qu’un poste Outre-mer sera vacant, au moins un candidat ultramarin s’il en a les compétences ».

Un « vivier de diplômés » apte à travailler à La Réunion

Tenant le même discours, Moustafa Fourar atteste que les Réunionnais ne sont pas lésés dans le recrutement. Gilles Leperlier, président de l’AJFER, rappelle pour sa part en substance des propos tenus voici moins de deux ans au Sénat, « pendant les travaux de la mission commune, le recteur de La Réunion a indiqué que, chaque année, sur les 1.000 personnes recrutées par l’Éducation nationale, car tel est le turn-over pour cette administration, 900 venaient de métropole, alors que l’île compte suffisamment de diplômés de niveau ‘‘bac+5’’ qui souhaitaient devenir enseignants ».
Ce que le rapporteur Doligé proposait pour inverser cette tendance, c’est d’imposer la maîtrise de la langue créole pour tout nouvel agent de l’Éducation nationale. Aux dernières nouvelles, cette maîtrise préalable au recrutement n’est pas exigée pour travailler dans ce service public cette année. Sachant que le parlementaire affirmait que dans l’état actuel, il n’existait pas de « solution miracle ».
Et effectivement, cette « solution miracle » n’a pas été trouvée puisque les chiffres annoncés hier posent comme clé un bonus de 1.000 points attribué en fonction du lieu de naissance. Ce bonus existait déjà en 2009, quand le sénateur Doligé a fait état de la politique d’importation de 900 fonctionnaires de France pour occuper 1.000 postes créés à La Réunion.
À partir de là, il est évident que l’argumentation du rectorat reste la même : les enseignants réunionnais qui doivent partir seraient donc ceux qui n’ont pas de poste dans leur discipline. L’an dernier, les enseignants du collectif Prof974 avaient démontré qu’il était possible pour eux de rester ici, et que contrairement au discours de l’administration, il existait des postes disponibles. Ils n’ont pas été écoutés, et la réponse du gouvernement avait été de monter les Réunionnais d’ici contre les Réunionnais émigrés qui font le vœu de retourner au pays, sur la base de l’application des règles existantes.
À La Réunion, les jeunes diplômés restent toujours massivement exclus des emplois de l’Éducation nationale, alors que les besoins de notre île en terme d’enseignants notamment sont énormes.


Qui dit vrai ?

Quand il rend compte de la mission du Sénat en outre-mer, son rapporteur, Éric Doligé membre du groupe UMP, affirme que requérir la maîtrise de la langue créole pourrait permettre d’éviter que le taux de recrutement des Réunionnais dans l’Éducation nationale à La Réunion dépasse 10%. Comme la maîtrise de la langue créole n’est pas la condition pour travailler dans l’Éducation nationale à La Réunion, comment expliquer cette étonnante contradiction ?

• Le recteur
« Si un Réunionnais est candidat pour un poste d’enseignant à La Réunion, un métropolitain n’a aucune chance de l’obtenir »
(Source : "JIR" d’hier).

• Le rapporteur de la mission du Sénat dans l’outre-mer
« Le recteur de La Réunion nous a indiqué que l’Éducation nationale procède à environ 1.000 embauches par an : mais 900 des 1.000 candidats retenus viennent de métropole , alors que le territoire ne manque pas de diplômés. Il est vrai que la sur-rémunération de 1,53 attire les métropolitains ; et les jeunes sur place, qui ont moins d’ancienneté, voient ces arrivants passer devant eux... Nous n’avons pas la solution miracle mais nous avons des pistes, exiger la maîtrise de la langue créole par exemple ».
(Source : compte-rendu analytique de la séance du 20 octobre 2009 au Sénat).


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