Luttes sociales

Et les jeunes en formation ?

Projet tram-train à la trappe

Témoignages.re / 30 mars 2010

Aucun rail n’est posé. Mais le projet Tram-train a tout de même suscité de l’espoir chez les jeunes, avec ses milliers d’emplois. Au point que certains ont planifié des stages dans de grandes entreprises de transport ferré, comme la SNCF, la RATP et Colas Rail. Et maintenant ?

Tram-train. Se fera, se fera pas ? “Kèl trin !”, seraient tentés de dire certains jeunes qui ont bâti leur formation dans la perspective de ce projet structurant et pourvoyeur d’emplois pour La Réunion. Car il y en a, des jeunes, qui se préparent depuis longtemps à l’arrivée du tram-train. Ils n’ont pas attendu la première session de formation avec le Carif-Oref, qui aurait dû commencer cette année, ni l’engagement du groupement Tram Tiss de réserver 10.000 heures de formation à la jeunesse réunionnaise pour se qualifier. Non, ces jeunes ont anticipé afin de mettre toutes les chances de leur côté le moment venu et obtenir un emploi. C’est le cas de Raphaël*, en Bac Pro Maintenance Équipements Industriels, ainsi qu’une dizaine de ses camarades de classe. Mais sa motivation en a pris un coup avec la remise en question du projet Tram-train.

Dans quelques jours, il doit en effet partir avec sa classe pour un stage d’un mois à la SNCF, à la RATP et à Colas Rail. De grandes entreprises spécialisées dans le transport ferré. C’est l’aboutissement de deux ans de travail et de préparation pour ces lycéens. « Nous avons monté un dossier basé sur le projet Tram-train et nous avons obtenu le soutien financier de la Région. Mais pendant deux ans, nous avons aussi mené des actions, comme la vente de tee-shirts, l’organisation de dîner-dansant pour financer notre voyage », explique Raphaël. Il y a quelques jours encore, Raphaël était très enthousiaste à l’idée de ce stage, maintenant il l’est moins. « Quelle sera l’utilité de ce stage quand on sera de retour à La Réunion ? », s’interroge-t-il désormais. Certes, l’expérience sera de toute manière enrichissante, mais elle perd un peu de son sens.

Raphaël ne croit pas vraiment en l’efficacité des 2.000 bus en plus sur les routes de l’île, avec les embouteillages. Au-delà des considérations politiques, il a le sentiment que l’on joue avec son avenir dans un contexte déjà difficile. Le lycéen ne pense pas faire comme la majorité des jeunes de sa classe : s’arrêter après le Bac Pro et rechercher un emploi. En tout cas, pas dans l’immédiat. Il va certainement poursuivre en BTS et prendre le temps de réfléchir à son avenir professionnel.

La première tranche du tram-train aurait du créer 4.000 emplois pour la construction et 300 emplois pour le fonctionnement. 25% de ces emplois auraient été réservés à des jeunes diplômés. La balle est désormais dans le camp de la nouvelle majorité régionale pour offrir des perspectives à la hauteur des espérances de la jeunesse.

EP

* prénom d’emprunt


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