Luttes sociales

Etudiants et élus contre la suppression des filières au campus Sud

Université

Sophie Périabe / 13 mai 2011

Le 19 mai prochain, la suppression des filières Lettres modernes et Histoire sur le campus du Tampon sera soumise au vote du Conseil d’administration de l’Université. L’UNEF, résolument contre cette mesure, s’entoure désormais des élus pour obtenir de l’État les moyens financiers nécessaires au bon fonctionnement et développement de l’Université.

Le combat des étudiants de l’UNEF Réunion contre la suppression annoncée des filières Lettres modernes et Histoire au campus du Tampon prend une tournure politique. En effet, des élus de l’Alliance et du PS ont rejoint les étudiants pour demander au président de l’Université de renoncer à cette mesure lourde de conséquences pour les étudiants les plus défavorisés.
Argument avancé par le président de l’Université : le manque de moyens financiers. Vu l’éloignement géographique, l’Université de La Réunion aurait besoin de 3,7 millions d’euros supplémentaires. L’UNEF a déjà écrit à la ministre de l’Enseignement supérieur et a demandé audience auprès de Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, qui sera en visite dans notre île le 19 mai prochain. Coïncidence de calendrier, ce sera également la date à laquelle le Conseil d’administration de l’Université votera, sauf coup de théâtre, la suppression de ces filières.

Abandon des études ou orientation par défaut

Réunie hier au campus du Tampon, l’UNEF, entourée de trois élus (Béatrice Leperlier, Aline Murin-Hoarau et Jean-Jacques Vlody), a rappelé la nécessité d’organiser un moratoire sur la carte des formations à La Réunion. Un groupe de travail qui réunira, cette fois, tous les acteurs concernés, et en premier lieu les étudiants.
Stéphane Maillot, président du syndicat UNEF, déplore l’annonce faite par le président de l’Université et déjà adoptée au CEVU (Conseil des études et de la vie universitaires). « Cette mesure aura des conséquences dramatiques sur la vie des étudiants. 203 lycéens, futurs étudiants, se sont déjà inscrits en Histoire au Tampon », indique-t-il.
Si la mesure est votée, dès la prochaine rentrée universitaire, 230 étudiants en Histoire et Lettres modernes seront contraints d’aller à Saint-Denis et 150 étudiants en Géographie devront étudier au Tampon. Quand on sait que le nombre de chambres universitaires est de 85 au Tampon pour 2.000 étudiants, les conséquences sont dramatiques.
Jean-Jacques Vlody, administrateur de l’Université et représentant du Conseil général, partage le point de vue des étudiants. « On ne peut pas dire à un étudiant qui s’est engagé dans un cursus universitaire au Tampon qu’il devra aller sur Saint-Denis du jour au lendemain. Cela demande une organisation familiale, génère de l’inquiétude, de l’angoisse, c’est ne pas respecter l’étudiant », s’indigne Jean-Jacques Vlody.
Une des conséquences de ces suppressions sera « l’abandon des études ou un changement d’orientation par défaut. Or, à La Réunion, l’orientation par défaut, c’est 2.600 titulaires du Master au RSA », rappelle le conseiller général.
Selon ce dernier, « il est possible aujourd’hui à budget constant de maintenir ces filières telles qu’elles existent ».
Si l’élu se dit pour une polarisation des sites universitaires à moyen terme, il précise que cela doit se faire de façon programmée, « pour que les étudiants et leur famille se préparent ».

« Il faut arrêter de parler des jeunes sans les jeunes »

Pour Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale du groupe Alliance, l’application du plan de rigueur gouvernemental est lourde de conséquences dans l’Éducation nationale. Dans notre île, « les suppressions de postes sont inadmissibles, incompréhensibles et injustifiées. L’école de Jules Ferry ne doit pas former des illettrés, mais doit rester une école solidaire avec des moyens qui ne baissent pas ».
Etudiante et élue au Conseil régional, Béatrice Leperlier déplore l’absence des élus du Tampon, « commune dont le poids est important dans l’Université de la ville. On voit bien la différence entre les discours et les actes ».
Des contradictions qui se traduisent par l’investissement important sur le campus, « le gymnase et le terrain de foot ont été refaits, la nouvelle cafétéria va être livrée cette année, nous avons de nouveaux amphis, aujourd’hui cette mesure de suppression de filières au campus du Tampon va à l’encontre de tout ce qui a déjà été fait », dénonce Béatrice Leperlier.
La jeune conseillère régionale est toutefois consciente des problèmes à l’Université, mais « les décisions ne se font pas dans la concertation. Il faut arrêter de parler des jeunes sans les jeunes », martèle-t-elle.
Un moratoire semble donc nécessaire, selon l’UNEF, pour que « chacun puisse s’exprimer sur un projet qui répond aux attentes et aux besoins des étudiants et de la population du Sud ». La question centrale du financement sera au cœur des revendications lors d’une éventuelle rencontre avec la ministre de l’Outre-mer. « On espère que la ministre ne se dérobera pas et nous apportera des réponses », conclut Stéphane Maillot.

 Sophie Périabe 


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