Luttes sociales

Fin du RSTA : le plus grave coup porté aux plus démunis depuis des décennies

En pleine crise, grave décision du gouvernement

Manuel Marchal / 31 mai 2013

Dans la crise actuelle, le gouvernement retire 100 à 200 euros à des familles. Cette baisse de salaire est un coup porté sur les plus démunis à La Réunion, jamais le pouvoir n’avait pris une telle décision : faire baisser le salaire des travailleurs. De plus, le maintien du RSTA est une revendication soutenue par un large rassemblement à La Réunion, allant au-delà des appartenances syndicales ou politiques.

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Le RSTA a été obtenu grâce à la lutte, il est arrêté par un gouvernement alors que la crise s’aggrave : hausse du chômage et inflation à plus de 2%.

En 2009, le RSTA est le résultat de la lutte. En mars 2009, par dizaines de milliers, les Réunionnais avaient défilé pour soutenir la plate-forme du COSPAR. Ils avaient réussi à obtenir l’ouverture de négociations. L’État avait dû s’impliquer. Il s’est engagé à verser une prime de vie chère pour les plus bas salaires. D’un montant de 100 euros pour un emploi à temps plein, elle est destinée aux travailleurs qui gagnent moins de 1,4 SMIC. Attribuée à la personne et non à la famille, elle permet donc à deux conjoints de bénéficier d’un revenu supplémentaire de 200 euros.

Depuis 2009, la situation ne s’est pas améliorée. Le gouvernement a même reconnu cette dégradation. En effet, sa première préoccupation pour l’Outre-mer, c’est de faire une communication puis un projet de loi cherchant à créer de nouveaux outils pour faire baisser les prix.

Une économie sur le dos des pauvres

De plus, cette vie trop chère ne date pas d’aujourd’hui. Tous les gouvernements qui se succèdent à Paris le reconnaissent, car ils autorisent le versement d’une prime de vie chère aux agents de l’État. À La Réunion, le complément de salaire atteint donc 53%.

Le RSTA, c’est aussi une prime de vie chère payée par l’État, mais elle est réservée aux travailleurs qui sont les moins bien payés. Dans sa conférence de presse d’hier, l’Intersyndicale a rappelé que cette faiblesse des salaires est notamment liée à la difficulté de faire appliquer à La Réunion les conventions collectives. C’est pourquoi au moment de sa mise en œuvre en mai 2009, le RSTA a rencontré un grand succès. De longues queues se sont formées devant des centres créés spécialement pour accueillir les travailleurs ayant droit à ce dispositif.

Quatre ans plus tard, la crise a éclairci les rangs. Selon les données recueillies par les syndicats, entre 34.000 et 37.000 travailleurs touchent tous les mois les 100 euros du RSTA. Demain, ils verront donc leur salaire baisser de 100 euros. C’est la conséquence d’un choix politique : ne pas prolonger la durée de vie du RSTA, une prime de vie chère de l’État pour les bas salaires.

100 euros retirés en pleine crise

Cette décision du gouvernement intervient au moment où notre île vit une relance de l’inflation. Le dernier Indice des prix de l’INSEE annonce une hausse de 2,1% sur un an, mais bien plus dans l’alimentation. Cela signifie que la mesure emblématique du gouvernement, le bouclier qualité-prix, est déjà largement entamée par l’inflation. Mais quand les travailleurs vont constater que leur salaire a diminué de près de 10%, alors il ne restera plus rien du Panier Lurel.

Elle a lieu aussi en pleine période de négociation annuelle sur les salaires. Avec la crise, le dialogue social est encore plus difficile, et les grèves se multiplient parce que justement, les propositions patronales ne sont pas suffisantes. Avec 100 euros de moins sur la fiche de paie, la tension ne pourra que s’accentuer dans les entreprises.

Il faut remonter à bien loin pour espérer trouver la trace d’une décision aussi grave d’un gouvernement. La fin du RSTA, c’est le coup le plus grave porté contre les travailleurs les plus pauvres depuis des décennies.

M.M.


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