Luttes sociales

Fonctionnaires ultramarins : « La lutte continue »

Pour mettre fin aux injustices

Céline Tabou / 10 octobre 2012

Depuis plusieurs années, des fonctionnaires ultramarins ont élevé la voix contre le mode de recrutement dans l’Éducation nationale et de mutation dans la Police nationale. Cette année, la mobilisation des fonctionnaires ultramarins dans la Police nationale a donné lieu à une série d’actions à La Réunion et en France.

Soutenu par l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion (AJFER), le collectif "Fonctionnaire ultramarin" a pu au lendemain de la mobilisation à la préfecture, le 12 août, rencontrer un certain nombre de parlementaires et responsables politiques, afin de les informer de la situation des policiers réunionnais en France.

« Priorité à l’embauche des Réunionnais »

Au fait du dossier, "Témoignages" a pris contact avec Gilles Leperlier, président de l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion. Ce dernier a expliqué qu’avant 2002, « l’ordre de priorité pour obtenir une mutation dépendait du nombre de demandes que le policier avait effectuées ». Mais depuis, cet ordre a été modifié au profit de l’ancienneté administrative et non de l’ancienneté de la demande. « Ainsi, un Réunionnais qui a 15 ans de service et qui a déjà fait 10 demandes passera après un métropolitain qui a 20 ans de service et qui fait sa première demande », a expliqué le jeune homme.

Qualifiée d’injuste et de frustrante par les représentants du collectif, Idriss Rangassamy (administrateur de "GPX 974"), Fabrice Boucher, Freddy Tayo (gestionnaire de l’association "Les Fonctionnaires Ultramarins") et Ruddy Damour, cette modification pèse sur le moral des fonctionnaires réunionnais en France. « C’est un sentiment d’injustice et une certaine frustration qui se voient chez les Réunionnais en attente de mutations, car le temps d’attente s’est considérablement allongé au point où ils ne peuvent pas savoir aujourd’hui le temps qu’il leur sera nécessaire avant de revenir sur l’île. L’absence de certitudes concernant l’avenir, de repères temporels est souvent créatrice de mal-être » a ajouté le président de l’AJFER.

Autres difficultés pour les policiers réunionnais, le dispositif des venues dites « sous contrat ». Il s’agit d’un contrat de trois ans, renouvelable une année, avec la possibilité, selon certains critères, d’obtenir une mutation définitive, appelée « fidélisation ». Ce dispositif ne concerne pas les Réunionnais, bien que « les venues sous contrats et les fidélisations représentent aujourd’hui la grande majorité des mutations qui ont lieu vers La Réunion ». Une autre démarche est refusée aux policiers réunionnais, la demande de mutation à caractère dérogatoire pour des motifs sociaux et/ou médicaux. « Force est de constater que les demandes des Réunionnais ne sont pas véritablement prises en compte alors que les motifs sont avérés », a expliqué Gilles Leperlier.

Un système injuste et frustrant

L’AJFER pointe également du doigt « la question des différences de traitement des fonctionnaires ultramarins selon le ministère dont ils dépendent ». En comparaison avec l’Education nationale, « les Réunionnais bénéficient d’une bonification, les fameux 1.000 points qui contribue à un retour sur l’île dans de plus brefs délais. Pourquoi les autres fonctionnaires n’ont-ils pas droit ? », s’est interrogée L’Alliance des Jeunes.

Face à cette situation, le collectif, accompagné de l’AJFER, a rencontré un certain nombre de dirigeants. « Une série de rencontres ont eu lieu entre les Fonctionnaires ultramarins et les dirigeants politiques, parfois en présence de l’AJFER », a expliqué le président de l’AJFER. Parmi les parlementaires rencontrés, le sénateur PCR Paul Vergès, les députés Ericka Bareigts (PS), Thierry Robert (Modem), ainsi que la présidente du département Nassimah Dindar, mais également la conseillère du Ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, et d’autres responsables politiques, afin d’exposer les problèmes rencontrés par les Réunionnais souhaitant rentrer dans leur île. « Aujourd’hui, au-delà de la connaissance prise du dossier, nous voyons que la grande majorité des élus sont favorables à un changement sur ce dossier. En tout cas, à ce jour, nous n’avons pas eu de retours négatifs de la part d’un(e) élu(e) aux revendications qui été posées » a indiqué Gilles Leperlier.

De retour en France, les fonctionnaires ultramarins qui avaient manifesté le 12 août aux côtés de l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion, ont tenu un rassemblement au parc de Vincennes à Paris, le 30 septembre 2012. Réunissant plusieurs centaines de personnes, le mouvement en faveur de l’amélioration des conditions de mutations des ultramarins dans leur île d’origine s’est intensifié. En effet, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a indiqué « avoir pris bonne note ». Ce dernier a annoncé qu’il allait demander à ses services « d’examiner la question et les possibilités envisageables » et tenir les parlementaires informés de la « suite susceptible d’être réservée » à ces interventions.

« C’est un minimum, mais il est clair que nous attendons des solutions concrètes et dans des délais corrects. Il faut savoir que la commission paritaire en charge des mutations se réunit en moyenne deux fois par an et que la prochaine ait lieu en décembre » a noté l’Alliance des Jeunes. « La balle est désormais dans le camp des dirigeants, même si nous continuons la mobilisation » a conclu Gilles Leperlier.

 Céline Tabou  

Première organisation de soutien aux policiers réunionnais


En janvier 2011, l’AJFER à travers une lettre ouverte a apporté son soutien aux Réunionnais en lutte dans la Police nationale, notamment le groupe GPX974, qui a alerté l’opinion publique sur Internet des « injustices » vécues par ces derniers lors des mutations. Un an plus, l’organisation de jeunesse a pris contact avec le collectif "Les fonctionnaires ultramarins". « Le système est complexe, nos rencontres ont été l’occasion de bien éclaircir la situation et de voir ensemble les possibilités d’actions pour que le débat soit porté sur la place publique, que des revendications claires soient posées et que les choses avancent » a expliqué Gilles Leperlier, président de l’AJFER.

Par la suite, une campagne de sensibilisation et d’information a été lancée dans l’opinion et auprès des responsables politiques afin de « dire les choses pour qu’aucun dirigeant ne puisse dire je ne savais pas ».

Après une mobilisation réussie devant la préfecture, le 12 août, le collectif et l’AJFER ont rencontré des parlementaires qui « disent travailler sur un projet de loi ». Mais pour l’heure, la mobilisation s’intensifie et « dans les semaines à venir, des rencontres sont prévues en France avec la ministre de la Fonction publique, mais également à La Réunion, où l’on envisage de demander audience au nouveau Préfet ainsi qu’à la Sous-préfète de Saint-Paul, en charge de la fonction publique. Nous travaillons également à d’autres actions comme celle qui a eu lieu au mois d’août à La Réunion » a conclu Gilles Leperlier.



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  • Tienbo ensemble, largue pas ! zot revendication lé légitime. c’est vrai que zot la choisi la fonction publique, zot la fé le choix de quitte zot l’ile mais en sachant qu’un jour vous pouriez rentré au pays et non pas condamné à l’exil loin de la famille. Aujourd’hui avec le système mutation en place lé pas bon, lé devenu difficile de retourne la reunion si ou la point au moins 20 ans dans la police, lé pa normal ça, moralement lé dur.

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