Luttes sociales

Forum social mondial 2015 dénonce « une crise de civilisation »

Déclaration des organisateurs du FSM 2015 de Tunis

Témoignages.re / 24 mars 2015

Voici la déclaration des organisateurs situant le contexte du FSM 2015. Ils précisent notamment que « La revendication d’une justice climatique, et au-delà, d’une justice environnementale, n’est que l’expression d’une remise en cause d’un système de production et de consommation qui n’a pas d’avenir et d’une relation de prédation de l’environnement par l’homme.De plus en plus de mouvements sociaux et d’intellectuels à travers le monde interprètent cette crise non pas seulement comme une crise financière ou comme un dysfonctionnement du capitalisme, mais plus profondément comme une véritable crise de civilisation tant les fondements même du système économique, social, environnemental culturel et politique sont remis en cause par une large partie de l’humanité qui les considèrent comme la source de l’injustice économique, sociale et politique dans le monde, et comme la source des dommages causés à la terre ».

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La décision du Conseil International d’organiser l’édition du Forum Social Mondial de 2015, à nouveau en Tunisie a été prise lors de la réunion de Casablanca en novembre dernier. Elle répond à une demande formulée par les mouvements sociaux régionaux et internationaux. Après évaluation des impacts du Forum 2013 en Tunisie, ils ont estimé qu’il était encore nécessaire :

- de consolider les dynamiques de changements issus de la révolution tunisienne et des mouvements démocratiques dans la région,
- d’approfondir les débats sur la crise du modèle libéral et la crise civilisationnelle
- d’approfondir les débats sur les enjeux géopolitiques nouveaux
- de promouvoir des alternatives qui respectent le droit des peuples, et qui soient fondées sur la paix et la justice sociale.

Dans la région Machreq-Maghreb, l’issu des révolutions et des mouvements démocratiques, ne semblent encore déboucher sur les alternatives tant revendiquées par les peuples pour plus de justice, de droits et de dignité. En plus de la crise politique qui perdure, la région est encore incapable d’offrir aux jeunes les emplois qu’ils revendiquent, aux femmes l’égalité à laquelle elles aspirent, et aux mouvements sociaux la justice sans laquelle aucun avenir n’est possible.

De surcroit, de la Syrie à la Lybie, en passant par l’Iraq la violence extrême s’est renforcée du fait d’une part des groupes extrémistes qui veulent imposer un projet de société que les peuples refusent, et des Etats accrochés à leur pouvoir et incapables d’imposer des alternatives politiques viables, et d’autre part des intervention directes des Etats Unis, de l’Europe, de la Turquie et des pays du Golfe, tous en lutte pour renforcer leur pouvoir politique, économique et énergétique dans la région.
Cette situation rend aléatoire toute perspective de solution juste à la question palestinienne et donne à Israël la latitude de renforcer son emprise sur les territoires occupés et sa domination sur la région.

Au-delà de la question palestinienne, c’est bien l’existence des Etats nations eux-mêmes qui est en cause. Qu’il s’agisse de la Syrie ou de la Lybie, le risque est grand de voir définitivement éclater les équilibres historiques qui ont fondés l’existence de ces Etats, et de voir émerger des territoires autonomes sur des bases religieuses ou ethniques, sujet à toutes les manipulations par les grandes puissances et par les puissances régionales du moment.
 
L’Egypte, grande nation qui a toujours contribué à structurer l’espace régional, en dépit des élections semble entrer dans une période ambigüe de ‘clarification’ politique dont l’issu démocratique est incertaine, mais qui est aussi emprunte de violence et de tentative de domination extérieure.

En Tunisie, pays d’où sont parties les contestations populaires, bien que la transition politique semblent en voie de s’achever, la crise économique et la violence des groupes extrémistes constituent des menaces sérieuses à l’instauration tant souhaité par la population, d’un système politique démocratique et d’institutions qui garantissent les droits économiques et sociaux et la liberté.

Sur le Continent africain les enjeux à débattre ne sont pas moins cruciaux et déterminants pour les peuples africains et pour le monde. Devenu une source principale de matières premières et présenté comme étant la « nouvelle frontière » économique, en raison de la croissance économique qu’il connait depuis quelques années, le Continent est lui aussi frappé de plein fouet par la violence extrémiste, le pillage de ces ressources, la violence dévastatrice des programmes d’ajustement et la militarisation généralisée de ces territoires. Cette croissance n’a d’égale que la croissance vertigineuse des inégalités sociales et de l’appauvrissement, et du recul des droits économiques, sociaux et politiques.

Dans le Monde, la fin des certitudes néolibérales et de la mondialisation capitaliste ne finit pas de se manifester par un Etat de crise économique permanente et par des protestations populaires.

L’Europe s’enfonce dans des politiques d’austérité et de désendettement injustes et anti démocratiques qui contribuent à renforcer l’extrême droite et à remettre en cause l’existence même des institutions européennes.

En Amérique Latine, le Brésil, après avoir été l’élève modèle de la social-démocratie libérale, et l’une des forces motrice des pays émergents, son modèle social fait l’objet d’une grande contestation par les mouvements sociaux qui revendiquent plus de justice dans la répartition des richesses et un fonctionnement plus démocratiques des institutions du pays.

En Asie, le modèle chinois et indien de croissance accélérée et d’exportation semble s’essouffler et des revendications pour plus de justice et de droits sociaux et politiques s’expriment tous les jours d’avantage venant des paysans pauvres ou spoliés et des travailleurs migrants sans droits. Les nouvelles tensions dans cette région du monde sont alimentés par des luttes d’hégémonies régionales et mondiales et par des compétitions pour l’accès aux ressources naturelles et le contrôle des marchés sont porteuses de menaces globales pour la planète autant que de menaces sur les droits des peuples et des mouvements sociaux.

La crise économique, financière et écologique que connait le monde s’est donc aggravée par les politiques mises en œuvre pour y faire face, qui n’ont été qu’une série de politiques antisociales, de court terme laissant de côté les promesses de renouvellement des bases de l’économie par la promotion de politiques environnementale nouvelles.
Les politiques antisociales et anti environnementales menées ont engendré tout le long de ces dernières années et à travers la planète de puissants mouvements sociaux et écologiques qui revendiquent des politiques alternatives de justice sociale et environnementale, de nouveaux droits et le respect de la dignité.
 
La revendication d’une justice climatique, et au-delà, d’une justice environnementale, n’est que l’expression d’une remise en cause d’un système de production et de consommation qui n’a pas d’avenir et d’une relation de prédation de l’environnement par l’homme.

De plus en plus de mouvements sociaux et d’intellectuels à travers le monde interprètent cette crise non pas seulement comme une crise financière ou comme un dysfonctionnement du capitalisme, mais plus profondément comme une véritable crise de civilisation tant les fondements même du système économique, social, environnemental culturel et politique sont remis en cause par une large partie de l’humanité qui les considèrent comme la source de l’injustice économique, sociale et politique dans le monde, et comme la source des dommages causés à la terre.
Elle révèle un besoin fondamental de l’humanité, de redéfinir les bases du contrat qui lie ses composantes entre elles, et le type de lien nécessaire avec la terre et les êtres vivants. De même, elle révèle les limites fondamentales des valeurs et dogmes hégémoniques qui ont été imposés par la violence, l’esclavage, et l’oppression depuis plusieurs siècles.


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