Luttes sociales

Gilmée Vochré, 1ère maire du Conseil municipal des pauvres

Comité de l’Appel de l’Ermitage

Cinthia Fontaine / 8 août 2013

Rencontre avec Gilmée Vochré qui a été élu maire de Saint-Paul lors du premier Conseil municipal des pauvres. Cette élection est un symbole des conditions dans lequel vivent de nombreux Réunionnais, un autre maire sera réélu dès le prochain conseil. Mme Vochré ne parle pas le français, ne sait ni lire, ni écrire. Malgré ses appels à l’aide, elle se retrouve aujourd’hui comme hier dans une situation difficile.



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Gilmée Vochré nous montre les tuyaux d’eau.

Gilmée Vochré vit dans des conditions que l’on peut qualifier de misérables. Cette fatalité de la pauvreté dont parlait Victor Hugo, elle la connaît sans avoir besoin connaître l’auteur de cette vitrine de la pauvreté française. Si selon Jean — Marc Ayrault, la pauvreté n’est pas une fatalité, pour Gilmée comme pour les 52% de la population vivant sous seuil de pauvreté, elle est un fardeau transmis de génération en génération.

Sa case, un ensemble de petits bâtiments construits avec les moyens du bord en dur et en tôle, abrite entre 6 et 8 personnes, 3 générations se côtoient sous le même toit. Construite comme souvent à La Réunion autour de la cour où l’on trouve la pierre à laver et une varangue, le lieu de vie.

Le mari de Gilmée est handicapé, à eux deux, ils gagnent moins de 900 euros, dont 700 euros de pension d’invalidité de son conjoint, mais elle ne dispose que d’environ 350 euros pour nourrir toute la famille et payer les factures. Le 20 du mois bien sur, il n’y a plus rien.

Elle et son mari sont propriétaires du terrain où ils vivent, mais ils rencontrent des problèmes pour régulariser auprès du notaire, car tous les papiers n’ont pas été faits au cours des héritages.

Avec sa petite fille, elle a essayé de faire réhabiliter son lieu de vie, au vu de son habitation elle y aurait droit comme d’autres, mais on l’a renvoyée de bureau en bureau, du Conseil général à la mairie et retour. « Nous ne savons plus à qui nous adresser explique sa descendante, c’est difficile, nous ne connaissons pas nos droits du coup, on ne sait pas quoi faire. Des personnes nous ont bien parfois proposé une aide lors de campagne électorale ou même des associations, mais ce n’était que des paroles jamais suivies d’actes ».

Porter la parole des plus pauvres

Au début ce qui a amené Gilmée Vochré auprès du Comité de l’Appel de l’Ermitage c’est un problème d’eau. En effet, la compagnie des eaux de sa commune lui réclame une facture qui oscille entre 4.000 et 8.000 euros. Avec ses revenus, c’est pratiquement impossible de régulariser cette facture, même avec l’arrangement lui permettant de payer 100 euros par mois. Quand on fait le calcul, 100 euros de moins sur ses 350, il ne lui reste plus que 250 euros pour tous le reste. De plus, cette facture gigantesque étant due à une fuite, tant qu’elle ne sera pas réparée la facture continuera d’augmenter. Mais Gilmée n’a pas les moyens ni la capacité de casser la dalle de béton sous lequel passe son tuyau. Au début explique-t-elle, je n’ai pas osé parlé de mon problème, mais une fois lors d’une réunion, plusieurs participants ont parlé de même problème. Quand, ils ont vu ma facture, ils m’ont soutenue dans ma démarche et ça m’a aidé moralement déjà.

Avec le Comité de l’Appel de l’Ermitage, elle a trouvé un moyen d faire entendre sa voix et celle de tous les pauvres. Elle n’est pas là pour défendre ceux qui ont, mais ceux qui n’ont pas, les pauvres comme elle. « J’ai vécu beaucoup de moments forts », souligne-t-elle. « J’ai fait partie de la délégation qui a rencontré le préfet, il y avait des policiers et nous avons été escorté dans le bureau du président (préfet). C’était impressionnant, j’étais fière d’être là ».

« Au premier conseil municipal des pauvres, j’ai été élue maire. Quand j’ai entendu mon nom, je n’y croyais pas. J’ai toujours voté, même si je n’ai vu d’amélioration de mes conditions de vie. Je suis très fier d’avoir été choisie ». « Grâce au comité, nous allons pouvoir porter haut la voix des pauvres. Pour nous, c’est important », souligne sa petite fille « de mener ce combat, car en tant que jeune à La Réunion, il est parfois difficile de garder l’espoir ».

  CF


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