Luttes sociales

Goodyear : les travailleurs lancent un avertissement à tous les patrons voyous

Pour des indemnités de licenciement justes : entre 70.000 et 180.000 euros

Manuel Marchal / 8 janvier 2014

Lundi, les salariés de l’usine d’Amiens ont décidé d’assigner dans l’établissement le directeur de production et le directeur des ressources humaines. Ils demandent des indemnités de licenciement à hauteur du préjudice subi, soit entre 70.000 et 180.000 euros. La direction ne propose que 20.000 euros. Les travailleurs ont donc décidé de maintenir ces deux chefs à l’usine dans l’attente de l’ouverture de négociations.

La direction de Goodyear a décidé de licencier tous les travailleurs d’une usine, ils sont plus de 1.000. Pour acheter la paix sociale, elle propose 20.000 euros par personne. Les travailleurs estiment justement insuffisante cette somme par rapport au préjudice subi. Ils demandent entre 70.000 et 180.000 euros par salarié au titre d’indemnités. Face au refus de la direction, les travailleurs ont donc décidé de retenir le directeur de production et le directeur des ressources humaines. Ils ont expliqué à la télévision que les deux gestionnaires seront assignés à l’usine tant que les négociations ne s’ouvriront pas.

Le DRH accusé d’avoir préparé la faillite

Le DRH a été nommément accusé d’avoir eu comme tâche principale de préparer la fermeture de l’usine. Quant à l’autre directeur, il n’en menait pas large, parlant de séquestration.

Les salariés ont démenti cette accusation, expliquant que les deux dirigeants ont tout loisir pour communiquer avec l’extérieur. Ils sont nourris gratuitement. Ils sont mis au même régime que les travailleurs : l’assignation dans l’usine.

Depuis le mois de novembre, les salariés de l’usine ont décidé de bloquer le stock de pneus. Ils considèrent que ces marchandises sont déjà une première garantie pour le paiement des compensations qu’ils demandent.

La fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens ne signifie pas que le fabricant de pneus a des difficultés. Bien au contraire, avec la mondialisation ultra-libérale, il a la possibilité de faire fabriquer les mêmes produits dans des pays où les salaires sont beaucoup moins élevés, tout en continuant à les vendre en France, sans doute au même prix. Cela permet donc au patron d’augmenter considérablement son bénéfice. Pour cela, il est prêt à licencier plus de 1.000 personnes.

Un préjudice considérable

Les travailleurs estiment désormais qu’il n’est plus possible de sauver l’usine. Ils savent aussi qu’ils seront sans travail dans un pays où le taux de chômage est de 10%. Ils pensent qu’ils auront d’importantes difficultés à retrouver un travail et ils demandent donc une indemnisation à la hauteur du préjudice subi.

La particularité de ce conflit tient dans sa médiatisation. Pour annoncer leur action, les travailleurs ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle les deux dirigeants pouvaient répondre aux questions des journalistes. Ils ont ainsi lancé un avertissement solennel à tous les patrons voyous.

Ce fait témoigne de la tension qui existe dans un pays où le taux de chômage est à 10%. Cela donne une idée de ce qui peut survenir à La Réunion avec près de 30% de chômage.

 M.M. 

Hier dans "l’Humanité" : « Goodyear : la CGT change de braquet »


Les salariés de l’usine d’Amiens-Nord retiennent deux cadres de l’entreprise. Ils réclament l’ouverture de négociations. La direction du site de Goodyear à Amiens-Nord pensait sans doute s’en tirer à peu de frais face aux salariés de l’usine condamnée, venus réclamer l’ouverture de vraies négociations. Pari perdu. L’entrevue a duré plus longtemps que prévu.

« Nous avions rendez-vous avec le directeur du site [lundi] matin à 10heures, mais nos questions sont une nouvelle fois restées sans réponse », raconte Franck Jurek, élu CGT et secrétaire adjoint du comité d’entreprise de Goodyear. À 10h30, les 200 salariés de l’équipe de nuit présents sur le site n’ont laissé repartir ni le directeur de la production Michel Dheilly ni le directeur des ressources humaines Bernard Glesser. « En un an, nous avons perdu près de 14procédures en justice. À la suite d’une réunion de bureau samedi, on a décidé, avec les ouvriers, qu’il fallait qu’on change de braquet », explique Franck Jurek. Les deux cadres du site d’Amiens-Nord « sont bloqués dans une des salles et ne seront pas relâchés tant que nous n’aurons pas de réponses », poursuit le syndicaliste.
Promise à la fermeture depuis janvier dernier, l’usine de pneumatiques Goodyear d’Amiens-Nord laisse sur le carreau 1173salariés, déterminés aujourd’hui non plus à sauver leurs emplois mais « à partir dignement, c’est-à-dire avec plus que les 20000 euros que nous propose la direction », précise Franck Jurek. En clair, entre 70000 euros et 180000 euros par salarié, selon les termes du plan de départs volontaires initial.
[Lundi], la CGT a donc décidé de jouer le tout pour le tout, pour « que la direction revienne à la table des négociations », parce qu’« il n’y a plus rien à perdre et qu’on ne gagne plus rien ». En milieu de journée, rejoints par les équipes de l’après-midi, ils étaient plus de 350 salariés à se relayer dans la salle auprès des deux cadres de l’entreprise. « Ils ont à boire et à manger, on est allé chercher des sacs de couchage, on dormira ici et on est parti pour quinze jours s’il le faut », explique Franck Jurek.
« La direction de GDTF (Goodyear-Dunlop Tires France) ne participera à aucune réunion avec les représentants des salariés tant que deux de ses dirigeants seront séquestrés », a indiqué, sans plus de précision, la direction de l’équipementier en France. Le PDG de Titan International, Maurice Taylor, s’est à nouveau fendu de déclarations tout en outrance : « Aux États-Unis, on appellerait ça un kidnapping. Ces gens seraient arrêtés et poursuivis. C’est un crime très sérieux, vous risquez la prison à vie. Mais en France, votre gouvernement ne fait rien, ça paraît fou ». « Pourquoi ne vont-ils pas masqués, faire un hold-up dans une série de banques françaises ? Ainsi, ils pourraient racheter Goodyear »


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