Luttes sociales

Gramounes : la colère et la détresse

Minimum vieillesse payé tardivement

Témoignages.re / 14 janvier 2010

De nombreuses personnes âgées ont manifesté hier matin devant le siège de la Sécurité sociale à Saint-Denis. Les gramounes sont venus réclamer que le minimum vieillesse (plafonné à environ 600 euros par mois) leur soit versé le 1er du mois et non plus entre le 10 et le 16. La Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) a répondu qu’elle n’avait légalement aucun moyen d’intervenir sur les dates de paiement.

« Les loyers, l’eau, toutes les factures doivent être payées entre le 1et et le 10 de chaque mois. Hors les retraites sont versées entre le 10 et le 16. La position des gramounes n’est pas tenable. Surtout pour ceux n’ayant pas de famille pour les soutenir », remarque Fabrice Tandrayen, président de l’Association réunionnaise des personnes âgées (ARPA). La structure regroupe 90% des clubs de 3ème âge de l’île.
« On nous dit que la loi interdit de verser les retraites plus tôt dans le mois. Pour palier le problème, le Conseil général s’est engagé à avancer 22 millions d’euros tous les mois à la Sécu afin de lui permettre de payer les pensions vers le 1er, sans attendre le versement des fonds par la caisse nationale d’assurance vieillesse », souligne Nassimah Dindar, présidente du Conseil général. La collectivité a compétence pour gérer la politique d’aide sociale.
« Si la Sécu ne veut pas accepter cette avance, qu’elle accepte de nous soutenir dans le démarches que nous allons entreprendre pour obtenir une modification législative du calendrier de versement des prestations », ajoute Fabrice Tandrayen.
Ces deux propositions ont été émises par la délégation de personnes âgées et de leurs représentants lors de la réunion qu’ils ont eu en milieu de matinée avec les dirigeants de la CGSS. Nassimah Dindar, Monica Govindin, conseillère générale, et Gélita Hoarau, sénatrice, ont participé à l’entretien.
« Nous réitérons notre proposition de mettre 22 millions d’euros à votre disposition tous les mois », a commencé la présidente du Conseil général en montrant un chèque factice établi à l’ordre du directeur de la Sécu. « Nous ne sommes que prestataires de service en matière de versement des retraites et la réglementation nous interdit d’accepter une avance. Nous ne pouvons pas aller contre la loi », a répondu Philippe Doki Thonon, président de la Sécu. « Nous ne pouvons pas non plus changer le calendrier de versement des prestations établi par une circulaire ministérielle de 1986 », a-t-il ajouté.
Un débat d’une heure s’en est suivi sur le fait de savoir si la loi interdisait véritablement à la Sécu de percevoir une avance de trésorerie. Nassimah Dindar affirmant que ses services juridiques n’ont pas trouvé trace de ce texte, Jean-Paul Phelippeau, directeur de la CGSS et Philippe Doki Thonon répétant « c’est la loi ». La question n’a pas été tranchée.
Fabrice Tandrayen a alors demandé à la CGSS de s’engager à co-signer un courrier demandant pour, La Réunion, une dérogation au calendrier de versement des prestations. Après plusieurs échanges, parfois vifs — Jean-Paul Phelippeau a parlé « d’exploitation politique » du dossier —, Philippe Doki Thonon a accepté l’engagement.
À la sortie de la réunion, une brève bousculade a opposé le service de sécurité de la CGSS et une partie de manifestants qui voulait monter dans les étages. Les choses se sont rapidement calmées. Une demande d’audience va être faite auprès du préfet pour exposer le problème. Une proposition d’amendement législatif devrait également être rédigée par des parlementaires.
En attendant les gramounes continueront à recevoir leur retraite entre le 10 et le 16 de chaque mois ; environ 36.000 personnes sont concernées par le problème à La Réunion. C’est la première fois que les personnes âgées de La Réunion descendent dans la rue.


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