Luttes sociales

Grève très suivie au Pôle Emploi

Dégradation des conditions de travail dans un service public

Témoignages.re / 30 octobre 2009

A l’appel de huit organisations syndicales, les employés du pôle emploi Réunion Mayotte ont démarré une grève illimitée, ce jeudi 29 octobre 2009. Ils étaient plus de 70 grévistes reçus dans le bureau de la direction générale, en fin de matinée, pour exposer leurs revendications et témoigner des problèmes psychologiques engendrés par les nouvelles conditions de travail du pôle emploi. Cette réunion a été suivie par une rencontre des délégués syndicaux avec la directrice du cabinet et le directeur du travail de la préfecture. Pour l’heure, une reconduction de la grève est prévue pour lundi.

« Pôle emploi en panne », pouvait-on lire sur les T-Shirts et bannières des salariés grévistes du pôle emploi Réunion Mayotte. « Marre d’être agressé et menacé par les demandeurs d’emplois », lance un gréviste. Suite à la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC en janvier dernier, les salariés n’ont de cesse de critiquer la réorganisation des bureaux et des emplois. L’annonce d’une dizaine de suicide de salariés combinée aux nombreux témoignages de dépressions ont conduit huit syndicats (FO, CFDT, CGTR, SNAP (syndicat interne au pôle emploi issu de l’ANPE), SNU-FSU, UNSA, CFE-CGC) à mener ce mouvement de grève. Ils sont 403 agents à avoir répondu à l’appel et 13 sites, sur les 16 de l’île, ont fermé.
La direction régionale et nationale conteste l’importance du nombre de suicides annoncés par les agents du pôle emploi. « Il est vrai que dans la situation actuelle, avec la crise qui s’est développée ces derniers mois à la Réunion et dans le monde, il y a plus de chômeurs que prévus et cumulé avec la réorganisation de la fusion, cela pose des problèmes. Certains usagers sont plus agressifs que d’habitude notamment », admet Didier Clergeau, directeur régional adjoint du Pôle Emploi Réunion Mayotte.

13 sites sur 16 fermés

Une plate-forme spécifique a alors été mise en place afin de répondre aux 10.000 appels qu’ils recevaient tous les jours. 11 personnes ont été embauchées et formées pour cela. Aujourd’hui, la situation s’est un peu calmée, et ils recoivent entre 5.000 et 6.000 appels par jour selon la direction régionale. « Et nous nous efforçons également de former nos agents afin qu’ils puissent répondre le mieux possible aux demandes des usagers. Mais c’est un travail de longue haleine », continue le directeur régional adjoint. Or, la formation est une des revendications (voir encadré).
Les grévistes réclament la mise en place d’une cellule régionale concernant les risques psychosociaux avec, au préalable, une expertise sur ces risques. « Nous avons prévu un plan de prévention des risques psychosociaux qui devait être présenté au comité d’hygiène et des conditions de travail mardi dernier (ndlr : le 24 octobre) mais finalement le rendez-vous a été annulé. Il sera présenté prochainement », explique le directeur régional adjoint. Ce plan prévoit notamment la mise en place d’un groupe pluridisciplinaire pour l’application des mesures prévues par ce plan, qui ne sont pas encore publiques. Un groupe pluridisciplinaire composé de représentants de la direction, de la médecine du travail, d’assistantes sociales et de représentant du personnel.
Les grévistes réclament également une expertise sur les salaires au pôle Emploi Réunion Mayotte, la valorisation des nouvelles compétences ainsi qu’une rencontre immédiate entre la Direction Générale et les organisations syndicale du Pôle emploi Réunion Mayotte pour inventorier les thèmes d’une négociation spécifique régionale avant la signature de la Convention Collective Nationale.

Rencontre avec l’État

Lors de leur rencontre avec les délégués syndicaux, les représentants du préfet, se sont engagés à faire le point avec la direction nationale et ont assuré qu’ils allaient trouver des réponses concrètes à toutes leurs problématiques, selon le porte-parole de l’intersyndicale.
Un rapport d’expertise a, en outre, déjà été effectué quant aux conditions de déploiement des sites mixtes. Ses conclusions préconisent notamment les demandes formulées par les grévistes et recommande qu’une expertise concernant les risques psychosociaux soit réalisée afin d’établir les mesures nécessaires à l’amélioration des conditions de travail des employés du pôle emploi Réunion Mayotte.
Ce vendredi 30 octobre au matin, le Pôle emploi sera ouvert. Les salariés ont décidé de se rassembler sur leurs lieux de travails respectifs afin de faire un point sur le mouvement de ce jeudi avant de reprendre leur grève ce lundi 2 novembre, devant le Pôle emploi du Tampon, le premier site de l’île à avoir été unifié et « où beaucoup de problème d’accès aux locaux et d’agression ont été notés. Une collègue est en arrêt depuis plusieurs semaines suite à une agression verbale violente. Elle a notamment menacée », regrette le porte-parole de l’intersyndicale.


Pour une meilleure formation

Parmi les revendications, le problème de la formation figure en bonne place. Les grévistes demandent « une formation qualifiante dont la durée et les contenus devront être en rapport avec les formations initiales pratiquées auparavant à l’ASSEDIC et à l’ANPE. La formation de 3 jours qui nous est proposée ne convient pas aux besoins des agents », déclare le syndicaliste Jérôme Payet, porte-parole de l’intersyndicale. « Ce n’est qu’une première étape qui permet de répondre aux questions basiques et d’avoir une première idée du métier que les agents ne connaissent, en effet, pas encore », répond Didier Clergeau. D’ajouter : « Nous ne pouvons raisonnablement pas former nos 900 agents pendant 10 jours. Logistiquement, ce serait monstrueux et nous devons continuer à assurer notre mission de service public. Nous sommes en cours d’élaboration de la deuxième étape ». Une expérimentation est en cours dans la région Centre de France. La première étape de la formation de tous les agents du pôle Emploi Réunion Mayotte devrait se terminer en fin d’année 2009 et la deuxième étape devrait être mise en place courant 2010.


Le problème des conditions d’accueil des usagers

L’une de leur revendication principale consiste ensuite à arrêter immédiatement le déploiement « imbécile et inutile » des sites mixtes et la négociation « d’un calendrier réaliste et sérieux » de déploiement de la fusion. Les usagers doivent rencontrer deux agents, l’un issu de l’ANPE, l’autre de l’ASSEDIC, afin de mettre leur dossier en route. « Les salariés regrettent de ne plus pouvoir accueillir correctement le public dans leurs nouveaux locaux », explique Jérôme Payet. « A terme, notre objectif est bien de mettre en place des sites uniques. Le fait de travailler sur des sites séparés ne peut pas durer des années. Mais nous couvrons 16 communes. Nous sommes obligés d’attendre de trouver les locaux adaptés dans chacune d’entre elles pour pouvoir avancer », explique la direction. Un premier site unique a déjà été crée au Tampon,-un site contesté par les salariés-, deux autres devraient voir le jour d’ici à la fin de l’année et d’autres encore sont en projets pour 2010, mais ils ne sont pas concrétisés. Le plan prévoit la mise en place de la totalité des sites uniques au plus tard pour 2012. Mais pour Jérôme Payet : « travailler dans des locaux provisoires pendant trois ans ce n’est pas tenable ».



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Messages






  • Or cet article n’évoque ni "l’offre raisonnable d’emploi, ni le "suivi mensuel obligatoire", ni les radiations ou le RSA, qui va fabriquer des travailleurs pauvres. Mais la dégradation des conditions de travail des agents découle pourtant des objectifs et de la logique même du travail auquel on veut les contraindre : précariser.

    Ils doivent eux aussi être soumis à la pression managériale afin de considérer comme normal ce qu’on leur fait faire à l’encontre des chômeurs.

    Le sort fait aux usagers est un facteur de violence, violence contre soi, comme c’est le cas parmi les agents du Pôle qui dépriment, tentent de se suicider, mais aussi agressivité envers les agents auxquels ils ont affaire, lorsque c’est possible (le 39 49 sert de filtre et met à distance les usagers).

    Divers collectifs de chômeurs et de précaires s’organisent pour défendre des droits sociaux toujours plus menacés. Certains ont soutenu les grève des agents du Pôle et proposent plutôt une alliance pour faire face au management taylorien, à l’imposition de normes qui n’ont rien à voir avec les intérets des chômeurs.

    Voir la Lettre ouverte de quelques précaires aux conseillers de Pôle Emploi.

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