Luttes sociales

Hausse des prix : un répit de six mois grâce à la mobilisation de la population et du COSPAR

La résistance des Réunionnais à l’aggravation de la situation

Manuel Marchal / 4 février 2010

Lors de la campagne électorale et au moment de son élection, Nicolas Sarkozy affirme qu’il sera le président du pouvoir d’achat. Au bout de deux ans et demi, cet engagement ne s’est pas vérifié à La Réunion. Or, l’État a la main sur deux leviers importants de ce pouvoir d’achat. C’est en effet l’État qui fixe le prix du carburant duquel découle le prix de tous les produits consommés à La Réunion. C’est aussi l’État qui fixe les revenus de la majorité de la population à La Réunion, les salariés privés d’emploi, les travailleurs qui ont un salaire calculé en fonction du SMIC et les retraités.

La publication hier par l’INSEE de l’indice des prix à la consommation a confirmé la reprise de l’inflation entamée en septembre dernier. Début septembre, le représentant de l’État décide d’interrompre le gel des prix des carburants obtenus par la mobilisation de la population et du COSPAR. C’est une hausse qui est décidée. Dans le contexte réunionnais, la hausse des prix des carburants a des conséquences beaucoup plus importante qu’en France par exemple, puisque toutes les marchandises achetées dans un magasin dans notre île sont transportées sur le lieu de vente par un véhicule qui fonctionne avec du super ou du gazole.
Une hausse, si faible soit-elle, est répercutée par le transporteur sur son client et en bout de chaine, c’est le consommateur qui paie. Or à La Réunion, 52% des consommateurs vit en dessous du seuil de pauvreté. Et pour un consommateur sur dix, le revenu est même inférieur à 400 euros !
Quand Nicolas Sarkozy est élu président de la République, il fait face à une crise de confiance à La Réunion, puisque 60% des électeurs ont voté contre lui. Il se présente comme le président du pouvoir d’achat. La reprise de l’inflation à La Réunion au moment où le président de la République entame son second mandat amène à analyser la manière dont cette volonté politique a été mise en œuvre à La Réunion. Car dans notre île comme dans les autres départements d’Outre-mer, les représentants du pouvoir central disposent d’un levier important et spécificique pour agir sur les prix : l’administration des prix des carburants.

La population fait baisser les prix

Les prix des carburants atteignent des sommets début novembre 2008, avec un litre de gazole à 1,25 euro. Cela fait pourtant plusieurs semaines qu’un collectif d’associations informe la population sur cette surprenante situation : alors que le prix de la matière première -le baril de pétrole- est moins élevé que 12 mois auparavant, le prix de vente des carburants est au contraire plus élevé que 12 mois auparavant. Et le collectif de constater qu’une marge de manœuvre existe pour baisser le prix des carburants de 20%, ce qui aura des répercussions positives pour tous les Réunionnais puisque le coût du transport des marchandises diminuera.
Mais au lieu de 20%, c’est une baisse de 10 centimes qui sera appliquée, à laquelle s’ajoutera une baisse supplémentaire de 5 centimes en décembre.
Mais, la baisse de décembre n’est pas entièrement répercutée au consommateur, à qui il est demandé de faire un effort pour rembourser les compagnies pétrolières qui avait consenti une diminution de leurs marges.
Tout cela est très nettement insuffisant. D’autant plus que malgré le coup d’arrêt à la progression des prix des carburants, dans l’alimentation les prix sont toujours en hausse, sur la lancée de la période 2007-2008.
En mars 2009, des dizaines de milliers de Réunionnais descendent dans la rue et obtiennent aussitôt une baisse des prix des carburants, à laquelle s’ajoute un gel des loyers des logements sociaux, et une baisse du prix de 254 produits de première consommation. Un accord régional sur les salaires finit par être signé, précédé par l’annonce par l’État de la décision de mettre en place des compléments de revenus. C’est le début du RSTA.

Où est passé le pouvoir d’achat ?

La mobilisation populaire réussit alors à inverser la tendance. A partir d’avril les prix commencent à baisser. C’est une autre dynamique, et c’est à partir des luttes de la population que le mot d’ordre de l’augmentation du pouvoir d’achat a pu être effectif à La Réunion. Cette bouffée d’oxygène sur les prix était d’autant plus bienvenue que la crise faisait des ravages, provoquant la suppression de milliers d’emplois, et autant de réduction de revenus.
Mais au mois de septembre, le représentant de l’État cède aux revendications des pétroliers. Après six mois d’accalmie, le prix des carburants repart à la hausse, entrainant un retour de l’inflation.
Prenant acte de l’aggravation de la situation depuis plusieurs mois, le Conseil interministériel sur l’Outre-mer décide de toutes une série de mesures afin de donner de nouveaux leviers pour faire baisser les prix : réforme du calcul des prix des carburants, nouveaux moyens et nouvelles compétences à l’Observatoire des prix et des revenus, et nouveaux moyens pour les services de l’État afin de lutter contre les abus sur les prix entre autres. À ce jour, aucune annonce officielle n’a été faite sur l’application de ces décisions.
Conclusion : le mot d’ordre lancé par le président de la République en début de mandat n’a pas été appliqué à La Réunion, alors que l’État a entre les mains des leviers stratégiques pour agir.

Manuel Marchal


Augmenter le prix des carburants pousse l’inflation à la hausse

Concernant les prix dans à La Réunion, que constate-t-on alors dans notre île ? Entre août 2007 et novembre 2008, le prix du gazole et l’indice des prix de l’alimentation suivent des courbes parallèles. Autrement dit, il existe un lien entre l’augmentation des prix des carburants et la hausse des prix dans l’alimentation. Or, la fixation des prix des carburants est décidée par le représentant de l’État après consultation des informations fournies par les compagnies pétrolières. Il s’avère que parmi les sociétés qui fournissent les données au représentant de l’État figurent des compagnies qui ont été lourdement condamnées par le Conseil de la concurrence parce qu’elles ont surfacturé Air France.
Il est également affirmé par plusieurs rapports parlementaires, ainsi que par l’Autorité de la concurrence, que le système est opaque, et qu’il garantit des rentes de situation pour les compagnies pétrolières.
Sur la base de ces faits, et considérant que le préfet représente un État dirigé par un président qui veut relancer le pouvoir d’achat, tout le monde s’attendait à ce que la fermeté la plus stricte soit appliquée à l’égard des revendications de quelques compagnies privées.
Or, entre le mois d’août 2007 et novembre 2008, chaque trimestre est marqué par une concession supplémentaire aux compagnies pétrolières. Et chaque fois que le préfet cède sur une augmentation des prix des hydrocarbures, cela a des conséquences générales sur les prix qui ont été poussés à la hausse.


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