Luttes sociales

Hausse des salaires : la conséquence du refus d’une solution réunionnaise à la crise

Blocage autour de l’extension d’un accord salarial

Manuel Marchal / 28 juillet 2009

Hier, plusieurs organisations patronales ont fait part de leur opposition à l’extension de l’accord MEDEF-COSPAR à toutes les entreprises de La Réunion. Ces organisations estiment qu’elles ne pourront pas augmenter les salaires de 50 euros. Le 28 mars dernier, le COSPAR avait proposé un accord salarial qui aurait permis d’éviter cette situation. Il proposait d’intégrer le RSTA et une contribution variable des entreprises en fonction de leurs effectifs à un fonds commun qui aurait permis de garantir à tous les travailleurs en dessous de 1,4 SMIC la même augmentation de salaire. Proposition réunionnaise répondant à une situation réunionnaise, elle a été refusée par le représentant de l’État. Quatre mois plus tard, c’est toujours l’impasse alors que la modulation pouvait tout débloquer.

Lorsqu’au début du mois de février, le COSPAR se crée, il fixe dans ses premières revendications une augmentation des bas salaires. Dans sa plate-forme de propositions, il propose une hausse de 200 euros pour les travailleurs qui ont un salaire mensuel en dessous de 1,4 SMIC. Le succès des manifestations du 5 et du 10 mars amène l’ouverture de négociations entre le COSPAR, le patronat et l’État. Dès le départ, le préfet souhaite imposer l’application à La Réunion de "l’accord Bino" signé en Guadeloupe selon lequel cette augmentation salariale est financée à hauteur de 50 euros par les entreprises, de 50 euros par les collectivités et de 100 euros par l’État.
Les collectivités annoncent d’emblée qu’elles ne veulent pas s’impliquer dans le financement d’un accord salarial régional, tout en rappelant qu’une telle demande émanant de l’État est sans précédent dans toute l’Histoire de la République. Le préfet annonce donc que les discussions ont désormais comme base une augmentation de 150 euros par mois pour les bas salaires se composant de cette façon : 100 euros financés par l’État avec la création du RSTA sur les crédits qui aurait permis l’application du RSA dès cette année, 50 euros par l’entreprise. Cette augmentation est proportionnelle au temps de travail, et elle est temporaire et ne doit durer que trois ans.

Concentration et inégalité

Soutenu par le préfet et le MEDEF, cet accord suscite très rapidement l’unanimité contre lui. Le 18 mars, dans une conférence de presse commune, Nassimah Dindar, présidente du Département, et Paul Vergès, président de la Région, avaient souligné toutes les difficultés qu’allait entrainer l’application d’un tel accord. Si les petites entreprises n’ont pas les moyens d’augmenter les salaires de 50 euros, alors il faut s’attendre à une cascade de licenciements et de faillites, avaient précisé les présidents des collectivités. Ils appelaient également à ne pas aggraver les inégalités dans la société réunionnaise et donc à prendre en compte l’impact d’une augmentation de 200 euros des minima sociaux, soit 330 millions d’euros par an.

Modulation acceptée par le patronat

Car le nombre de Réunionnais dépendant d’un minimum social pour survivre est de 141.000, soit davantage que le nombre de travailleurs concernés par l’accord salarial régional. L’autre aspect concerne la pérennité. Qu’adviendra-t-il au bout des trois ans, quand l’État mettra fin à son soutien ?
Le COSPAR a quant à lui travaillé à la proposition d’un accord capable d’emporter l’adhésion des travailleurs et de toutes les entreprises. Présenté le 28 mars, ce projet prend en compte la réalité économique de La Réunion, marqué par un nombre très important de TPE-PME. Le COSPAR propose de globaliser la subvention de l’État et la contribution des entreprises dans un fonds qui est ensuite redistribué à part égale entre les travailleurs concernés par l’accord. La cotisation des entreprises à ce fonds est proportionnelle à leur effectif, propose tout d’abord le COSPAR, ce afin que chacun puisse contribuer en fonction de ses possibilités. Trois jours plus tard, le préfet refuse la modulation et claque la porte des négociations, affirmant que le RSTA n’est pas modulable alors que le patronat affichait son intérêt pour la proposition du COSPAR.

Aujourd’hui l’impasse ?

Le 2 avril au Sénat, lors de l’audition du préfet Richard Samuel, coordonnateur des États-généraux, Gélita Hoarau rappelait la proposition réunionnaise « qui (…) n’a pas été rejetée par le patronat, a l’avantage de faire jouer la solidarité des grosses entreprises pour les plus petites, tout en permettant à tous les travailleurs à bas revenus de bénéficier de la même augmentation de 150 euros par mois ». « Je ne comprends pas pourquoi l’État a refusé un tel accord. Car c’est une proposition réunionnaise à une situation réunionnaise », soulignait-elle.
On voit aujourd’hui où conduit le refus par le représentant de l’État de cette proposition réunionnaise. Un accord a été signé entre des syndicats et une organisation patronale, et cet accord peut être étendu à toutes les entreprises en imposant à chacune la même contribution, quelle que soit ses moyens. Cela amène à s’interroger sur les motivations qui ont poussé à refuser une initiative réunionnaise permettant de trouver une issue positive à une crise sociale au moment où débutaient les États-généraux de l’Outre-mer.

Manuel Marchal



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Messages






  • Ah les pauvres patrons, que diront-ils le jour où une grève générale nationale, du genre 1936 ou mai 68, leur imposera un smic net à 1500 euros mensuels ! C’est devenu une mode aujourd’hui de dire que ce sont les salaires et les "charges" salariales qui sont responsables de la faillite des entreprises. Les salaires n’ont pas augmenté spécialement cette année et pourtant certaines entreprises, comme tous les ans d’ailleurs,ont fermé leurs portes.
    Alors il faut aller chercher les raisons des difficultés des entreprises ailleurs : dans l’anarchie du système actuel, dans la concurrence que se livrent les capitalistes entre eux, dans les abus de biens sociaux du patrons, mais pas à cause des salaires "trop élevés" !

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  • ce n’est pas parce que le préfet a refusé d’appliquer une solution "réunionnaise" à la crise que l’accord sur les salaires n’est pas appliqué dans les entreprises.C’est parce que les patrons ne veulent pas toucher à leurs profits.
    exemples pour concrétiser mon propos : vous allez faire réparer votre voiture chez le garagiste. Combien le patron vous facture-t-il l’heure de travail du mécanicien ? Combien paie-t-il l’heure au mécanicien ? Allez cherchez encore, vous allez trouver la solution pour augmenter les salaires à la Réunion, c’est la même que partout ailleurs : prendre l’argent dans la poche des patrons !

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    • il est certains que des patrons ont les moyens d’augmenter leurs salariés de 200 euros voire plus. mais à La Réunion, il est aussi certains que d’autres ne peuvent pas augmenter de 50 mais de 10 ou de 20. la modulation, c’est faire que celui qui ne peut donner que 10 voit ses salariés augmentés de 50, parce que celui qui peut donner plus que 50 va mettre plus dans le pot commun. a-t-on vu pareil projet ailleurs qu’à La Réunion pour régler la question du pouvoir d’achat sans menacer l’emploi ?

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  • Les patrons auront les moyens d’augmenter leurs salariées quand les politiciens arrèteront d’augmenter des taxes qui ne servent qu’a payer des salaires à certains fonctionnaires qui ne travaillent pas.

    Pour un salaire versée, un patron en verse un autre à l’état.
    Qui lui, se doit, de fournir des prestations dignes de ce nom aux entreprises et aux salariées.

    Qu’en est il ?

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    • pas d’accord, depuis la LOOM et peut-être même avant, les entreprises des DOM ont un tas d’exonérations. côté profitasion, le privé ce n’est pas mal (parachutes dorés, retraites chapeau, stock options....) mais n’oublions pas qu’à La Réunion, beaucoup de patrons ont créé leur entreprise pour ne plus être au chômage. tout n’est pas si simple.

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