Luttes sociales

Hausse du chômage 10 fois plus importante à La Réunion qu’en France

Plus de 125.000 demandeurs d’emploi fin novembre

Manuel Marchal / 29 décembre 2009

Si les statistiques du chômage disent qu’en France la situation s’est relativement stabilisée, ce n’est pas le cas à La Réunion : 0,2% de hausse en France en novembre, 2% à La Réunion sur la même période. Autrement dit, si en France des mesures prises commencent à produire des effets positifs, la situation est différente à La Réunion.

125.374 demandeurs d’emploi à La Réunion, tel est le nombre officiel relevé par les services de Pôle emploi au 31 novembre. Cette donnée révèle encore une fois la gravité de la crise. À l’intérieur de ce nombre figure celui des travailleurs qui ont été privés d’emploi durant le mois. C’est la catégorie A. Elle sert de valeur étalon pour qualifier l’évolution de la pénurie d’emploi. En France, les journaux insistent sur une "bonne surprise". Le nombre de travailleurs inscrits dans cette catégorie A a, en effet augmenté de 0,2%. C’est une augmentation relativement faible par rapport à la casse des mois précédents. Pour les médias de France, c’est peut-être le début d’une décrue du chômage.
Face à l’aggravation de la situation, Paris a pris depuis plusieurs mois des mesures pour lutter contre la hausse du chômage. Cette relative stabilisation est sans doute l’indice que ces mesures commencent à produire des effets positifs.

Plus de 35 ans de chômage de masse

Mais à La Réunion, le rythme de l’augmentation du nombre de travailleurs inscrits en catégorie A reste le même : +2% au mois de novembre. Avec une hausse de 24% sur l’année, l’augmentation de novembre se situe donc dans le rythme de l’aggravation. En d’autres mots, les effets positifs relevés en France sont absents à La Réunion. Donc cela souligne que les mesures décidées à Paris n’ont pas les mêmes effets selon qu’elles soient appliquées en France ou à La Réunion. Cela n’est guère étonnant, car la situation est totalement différente. À La Réunion, le chômage de masse existe depuis les années 70, quand a commencé à être mise en œuvre la réforme structurelle de l’agriculture. Des dizaines de milliers de planteurs ont été ruinés, ils ont émigré vers les villes où les emplois n’étaient pas en nombre suffisants.
Dès 1974, le taux de chômage était de 30%. Il est toujours à ce niveau 35 ans plus tard. Cette situation rappelle combien la situation de notre île est spécifique, et qu’à ce titre, ce sont des mesures à la hauteur de la gravité de la situation qui doivent être prises.
En effet, aucune région de France n’a un taux de chômage de 30% depuis plus de 30 ans. Cela veut donc dire que les mesures décidées par Paris ont toutes les difficultés du monde à prendre en compte la réalité de la pénurie d’emploi à La Réunion, puisque les lois votées sont destinées d’abord à régler les problèmes d’un pays qui a un taux de chômage pouvant quelques fois dépasser 10%, mais jamais approcher les 30%.
À La Réunion, des propositions ont été faites pour relancer l’emploi à partir de projets réunionnais. C’est ainsi que les forces vives se mobilisent pour accélérer la réalisation des chantiers notamment. Et il apparaît clairement que la pénurie d’emploi ne pourra disparaître qu’avec des changements profonds et adaptés à la situation de notre île.
La hausse du chômage du mois de novembre vient en tout cas rappeler l’urgence d’agir en ce sens.

M.M.


Kanalreunion.com