Luttes sociales

Il ne manque pas grand-chose pour que leur vie change

Personnes SDF

Jean Fabrice Nativel / 29 décembre 2010

Le travail accompli, tout le long de l’année et depuis des années, par des associations de bénévoles et d’employés en faveur des personnes sans domicile fixe et en situation de précarité (1) est à saluer. En cette période de fêtes, les actions se multiplient pour qu’elles puissent passer un moment agréable.
Pourtant des témoignages nous ramènent à leur dure réalité et nous interpellent comme celui de cet homme sur Réunion Première récemment. Il était venu chercher deux barquettes, dont une pour son père à un repas organisé par une association, c’était leur festin de Noël. Il a dit avec émotion qu’il ne pouvait offrir de cadeau à son enfant, du moins pour l’instant, mais qu’il pensait à lui ! Quel courage !
Le temps ne serait-il pas venu d’agir concrètement pour que ces personnes puissent vivre décemment, c’est-à-dire avoir un logement et un emploi — pour ceux qui sont encore en capacité. Est-ce trop demander ? On sait que le challenge est loin d’être facile. Pourtant, il ne manque pas de professionnels de l’accompagnement qui pourraient petit à petit les ramener à l’emploi, à la formation… et pour les plus âgées à une maison de retraite ! Il y a les beaux discours mais il y a aussi la réalité, elle est triste pour ceux et celles qui se trouvent dans la rue.
“Témoignages” est allé demander à des personnes leurs idées pour sortir les personnes SDF de leur contexte.

Jean-Fabrice Nativel

(1) On peut travailler et se trouver en situation difficile : dormir sous un pont, dans sa voiture ou temporairement chez des voisins, des amis, la famille.

Jean : bénévole

« Il y a tant de pistes à explorer »

« Avant de se retrouver à dormir dans la rue, les personnes sans domicile fixe que je connais avaient une vie familiale et professionnelle. Pour les plus âgées d’entre elles, il serait urgent que des structures spécialisées s’en occupent. Pour les autres qui ont encore toutes leurs facultés ou pas, pareillement. La Réunion compte bon nombre de professionnels bénévoles et salariés qui pourraient les aider dans leurs situations respectives. Après une période de formation, d’accompagnement individuel et collectif, etc., il serait intéressant par exemple de trouver avec elles toutes les ressources possibles pour la création d’une entreprise solidaire dont l’objet reste à définir ensemble. Il s’agit de faire quelque chose d’utile pour la société et pour elles. Il y a tant de pistes à explorer. Pourquoi ne pas le faire dès maintenant ? »

• Marie-Thérèse : militante associative

« Je fais ma part ! Si nous faisions tous la nôtre !!! »

« La période dite des “fêtes” m’amène à une profonde réflexion. La fin d’année c’est toujours pour moi l’occasion d’un bilan. Comme la fin de journée. Un bilan pour remercier la vie en premier, merci pour toutes les beautés que la Providence et nos efforts mettent sur notre chemin. La Réunion, avec ses forêts, sa faune, ses roches, ses cirques et son magma à fleurs de peau, avec ses habitants, tous ses habitants. Quel que soit le comportement d’un tel ou telle, je sais que chaque homme, femme de tous les âges est un cadeau. Il nous apprend toujours quelque chose sur soi, sur l’humanité, sur les choix qui se proposent à nous, à chaque instant.
Parmi ces choix, la relation mise en place avec la personne qui demande de l’argent dans la rue est très importante. Car elle est la plus démunie en liberté d’esprit, de comportement, en logement, en moyens financiers... « Ne donne pas de l’argent ; il va aller boire ! » « Oui mais s’il n’a pas à manger ? » Rien que cela me tourne le cœur. Que faire alors ? Je ne peux pas acheter un carry —trop cher — et les sandwichs plus raisonnables ne sont pas vraiment appréciés. Alors j’offre ma sincérité : un vrai bonjour et un sourire, un moment de chaleur humaine. Avec une profonde compassion même si elle est muette pour les chaînes qui accablent ces frères et sœurs du trottoir : les addictologies, les maladies ou déséquilibres psychologiques, les souffrances physiques et affectives de vies déchirées en 2 morceaux ou en lambeaux.
Avec une révolte constructive, à la façon de l’Abbé Pierre ou de militante associative culturelle et sociale, j’utilise ma parole, ma voix. En répondant à votre interview sans me mettre en avant car je suis qu’un maillon de l’immense chaîne d’amour et de justice qui déchaîne celle d’oppressions et d’indifférences. En interpellant aussi celles et ceux qui avaient le projet d’un centre d’hébergement, de soins et d’accueil pour les « SDF » à Saint Jacques avec plein de partenaires. En rappelant que chacun, chacune, avec un revers de vie, peut devenir celui et celle qui tombe, tombe, tombe, qui « sent si mauvais », qui est agressif ou suppliant. Sa présence est aussi là pour nous rappeler — telle une leçon de sagesse — que la situation économique, sociale et psychologique qui fait quémander n’est que le reflet de nos choix. Soit l’égoïsme, la domination ou la soumission, l’assistanat ou les « minimas sociaux » plutôt qu’un emploi, le racisme qui met en bas de l’échelle de la valeur humaine les SDF (avec ou en dessous des gens du voyage et des ex-prisonniers) ! Soit le partage (dont celui du travail, sans captation pour sa famille de sang ou politique, religieuse, ethnique…), la responsabilisation avec la générosité, le soin rééquilibrant de tous les handicaps et addictologies ! Ce, au local comme à l’international.
Une amie m’a raconté l’histoire du colibri. Venant de terres verdoyantes et des sources d’eau, un colibri apportait chaque jour le contenu de son bec pour arroser le grand désert que les hommes avaient créé, où se mourraient faune, flore, enfants et vieillards… À ceux qui se moquaient il répondait tout simplement : « Je fais ma part ! ». Si nous faisions tous la nôtre !!! ».

• Marie : bénévole

« Il serait tant que l’on s’unisse pour continuer à faire avancer les choses »

« Je tire un coup de chapeau aux femmes et aux hommes qui se dévouent à la cause des personnes sans domicile fixe. Ils sont— notamment — certains week-ends, jours fériés et jours de fête à leurs côtés. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir faire de telles actions.
Leur donner un repas, c’est très bien. Maintenant, il serait bon de travailler à une réinsertion progressive. Pour celles d’entre elles qui ont la capacité et qui le veulent, on pourrait mettre sur pied des ateliers solidaires. À travers ceux-ci, elles retrouveront une valeur à leurs yeux et elles pourront revendre leur production. À partir d’objet de récupération par exemple, elles pourraient confectionner des draps, des paniers — pour aller au marché forain —, etc. Des entreprises aussi peuvent avoir recours à elles pour un temps et une mission déterminés comme la récolte des fruits. Dans leur ré-insertion, elles pourront être soutenues par des parrains et marraines, et accompagnées par des professionnels bénévoles ou salariés dont on ne manque pas. Ainsi, on leur donne par l’activité d’autres perspectives d’évolution et on leur permet de retrouver une place active minime soit-elle. En bref, un rôle dans cette société. Il serait tant que l’on s’unisse pour continuer à faire avancer les choses ».

• Maryse Dache, présidente du Comité des chômeurs et des mal-logés du Port

La réalisation d’
« un suivi individualisé »

Cette bénévole souhaiterait « un suivi social individualisé — pour les SDF — car chaque personne ne rencontre pas les mêmes problèmes : rupture familiale, perte d’emploi… ce n’est pas pour autant qu’elles ont une quelconque addiction… comme cette personne qui a vécu très longtemps dans la rue suite à un divorce. Aujourd’hui, il a un logement, mais il continue malgré tout à dormir sur le trottoir. Pourtant, elle ne fume pas et ne boit pas. Ce n’est que le soir, il rentre chez lui pour dormir. Il a peur de la rue à ce moment-là. Tout ce qu’il a à faire, il le fait dans la rue : manger, la sieste… » C’est pourquoi, insiste-t-elle, « il est nécessaire que chaque personne ait un suivi individualisé pour reprendre confiance en elle, avoir une vie normale, de retrouver sa dignité… elle est comme tout le monde avec les mêmes droits ». En définissant, « ses vrais besoins », on pourra précise-t-elle « l’accompagner dans son projet de vie, c’est un travail sur le long terme avec l’installation d’une confiance mutuelle ».



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    L’association A.O.M. défend les intérêts moraux et matériels des chômeurs et exclus Réunionnais dans l’ouest Parisien. Nous sommes présents depuis plus de 20 ans. Nous avons suivi des compatriotes SDF. Nous leur avons apporté comme nous le faisons aujourd’hui à René de Saint Joseph qui mendie à la porte d’un grand magasin à Marly le Roi, nous leur apportons d’abord notre présence plusieurs fois par semaine. Nous échangeons dans notre belle langue, cette langue qu’ils n’ont pas entendu depuis des années. Nous leur apportons une part du carry fait pour la famille et leur part du repas de Noël. Nous essayons de les apprivoiser pour que demain nous leur proposions une solution humaine : un travail, un toït. Mais nous savons être patient.
    Nous avons aussi accompagné un compatriote de Saint Paul SDF depuis des années, à sa dernière demeure : la fosse commune d’Aubervilliers. Il était sans identité. Il nous avait tout simplement dit qu’il s’appellait BEGUE.
    Quelles propositions : Une mobilité humaine. Une mobilité qui est proche de ces jeunes qui "osent" venir en Métropole : un suivi,un respect de celle ou de celui qui traverse un moment difficile. Savoir être là quand il le faut ! Mais est-ce le programme des élus du conseil général de notre département ,institution responsable de la mobilité-3 000 à 4 000 jeunes Réunionnais viennent en Métropole chaque année.L’INSEE prévoit dans la perspective d’ici l"année 2040 que 330 000jeunes réunionnais qui viendront en Métropole.

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