Luttes sociales

« Je me sens toujours du côté des plus faibles, c’est ma fibre humaniste »

Brigitte Malet du Mouvement pour l’accès aux droits fondamentaux

Jean Fabrice Nativel / 13 janvier 2010

Brigitte Malet est sur plusieurs fronts. Le présent est celui de l’abolition de la pauvreté à La Réunion qu’elle mène au nom du Comité d’action populaire (CAP) avec le — récent — Mouvement associatif pour l’accès aux droits fondamentaux. Invitée à un repas citoyen en début d’année à l’adresse des personnes sans domicile fixe, elle nous dit « avoir vu tant de misère réunie mais aussi tant de dignité, d’envie, de politesse et de projets ». Malgré la difficulté dans laquelle elles se trouvent, ces personnes s’accrochent à la vie.

En quelques mots, rappelez-nous ce qu’est le CAP…
— Le Comité d’action populaire est né d’une volonté d’aider les Réunionnais et les Réunionnaises à faire valoir leurs droits. Avec le COSPAR et les manifestants, on a organisé des manifestations et des actions qui ont conduit à des mesures, notamment l’application du RSTA. Le CAP a servi de relais auprès de la population. Elle se posait des questions quant aux modalités de perception du RSTA : qui a droit ? Où s’adresser ? Auprès de qui s’adresser (la CAF, la mairie, la Sécurité sociale) ? Les personnes ne savaient pas vers qui se tourner. On a formé une équipe. Elle se tenait à la disposition d’interlocuteurs qui nous appelaient ou que l’on rencontrait lors de campagnes d’information de proximité.

… et le Mouvement associatif pour l’accès aux droits fondamentaux ?
— Ce mouvement est né aussi d’une volonté. Celle d’accompagner les personnes dans le besoin (logement, emploi…) à trouver les moyens de retrouver leur dignité, à l’exemple des personnes sans domicile fixe qui sont les premières à souffrir de la pauvreté. De plus en plus de gens sont touchés par la pauvreté : les personnes âgées à revenus faibles, le personnel intérimaire, les salariés sans emploi du jour au lendemain (les aides éducateurs, les ex-employées de l’ARAST…). Ce public est en survie car ses droits fondamentaux sont bafoués. Force est de constater que ces personnes n’ont plus les moyens de payer leur loyer, leur prêt (maison, voiture…). En effet, assurer le quotidien (se nourrir, se soigner…) est difficile. Dès lors, le loisir devient un rêve.

Qu’entendez-vous par droits fondamentaux ?
— Ce sont le droit de travailler, le droit à un toit, le droit à la formation, le droit de se nourrir. Sans ces droits, il n’y a plus d’existence sociale. Et les conséquences sont majeures : la rupture avec la famille, la violence intrafamiliale, la délinquance, voire les suicides et le suicide à petit feu (les personnes boivent de l’alcool, se droguent pour oublier la dureté de la vie). On arrive à un cercle vicié (1).

Au sein de ce mouvement, quel est votre rôle ?
— Le pas est pris, comme représentante du CAP, j’étais au côté des personnes sans domicile fixe de Saint-Denis à partager avec elles petit-déjeuner, jeux de société... Elles commençaient le premier jour de l’année avec un regard rempli d’espoir et de projets. Auprès d’elles, je me suis senti dans un autre monde, « les portes de l’enfer ». Cependant, l’espoir est bien là. Le désir de vivre, de s’en sortir est présent et flagrant. Lors d’une discussion avec un homme, il m’a parlé de sa cure de désintoxication, m’a appris le salut des rues. Une femme m’a confié son désir d’offrir des cadeaux à ses enfants. Elle a choisi parmi les dons ce qui pouvait convenir et plaire à ses enfants.

Que pouvez-nous dire des Réunionnais et des Réunionnaises qui, aujourd’hui, vivent encore dans la pauvreté ?
— J’ai cette impression d’être toujours les parents pauvres de la mère patrie. On sait que les droits existent, que des mesures sont prises… Pourtant, ils tardent à être appliqués dans l’île. Pour le RSTA, de nombreuses personnes sont encore dans l’attente de ce qui a leur été promis et qui leur est dû.

De quelle manière leur venez-vous en aide ?
— Je suis à leur écoute et me considère comme un lien. Lorsqu’elles formulent leurs doléances, avec elle je cherche des solutions, les personnes référentes. Je prends par ailleurs contact avec les services compétents, si besoin, je les informe de la suite. J’estime que ce sont des êtres humains à part entière. Ils ont besoin d’être entendus, guidés dans leurs démarches. À mes yeux, ces personnes ont une grande importance. Je me sens toujours du côté des plus faibles, c’est ma fibre humaniste.

En cette période de vœux, quels sont les vôtres ?
— Je compte trouver des solutions pérennes, réalistes et aider les gens à dire que la pauvreté n’est pas une fatalité. À tout moment, la vie fait des miracles. Je crois en les valeurs de la vie, c’est-à-dire l’entraide, l’amitié, le courage, la dignité, l’amour universel, le respect, le partage… Ce sont des valeurs fondamentales pour l’accès aux droits fondamentaux de tout être humain et toute forme de vie.

Propos recueillis par Jean-Fabrice Nativel

(1) – adj. Impur, pollué. P. 1065 “Le Petit Larousse illustré 2OO9”.


En 2009, un milliard de personnes victimes de la faim

L’abolition de la pauvreté, à La Réunion comme dans le monde, est la PRIORITÉ. En 2009, un milliard de personnes sont victimes de la faim ! Et en 2010 ? On prête aux banques — aux riches — pour se remettre en route et, du coup, éviter la banqueroute. On offre des parachutes dorés — pour mauvaise gestion. Mais quand il s’agit des pauvres, on ne prête pas. On préfère des "mesurettes".
Pendant ce temps, le nombre de pauvres croît à La Réunion, en France… En un mot, partout dans le monde. Dans les pays pauvres comme dans les pays riches, l’exploitation de l’Homme par l’Homme est de rigueur, à l’exemple du Bangladesh où des enfants, pour des salaires de misère, confectionnent des ballons pour les fêtes européennes de fin d’année. En France, des sans papiers travaillent…
Quand est-ce que l’on arrêtera d’agir de la sorte, d’exploiter l’Homme, la Terre, pour rendre plus riches les riches et plus pauvres les pauvres ? Le moment n’est-il pas venu d’opter pour un autre monde, une nouvelle façon de voir l’Homme, l’environnement ? Un monde juste sans pauvreté n’est pas une utopie, mais bel et bien un réel enjeu pour ce 21ème siècle.

J.-F. N.


Samedi 16 janvier
9 heures

Grand rassemblement
Parc du 20 décembre à Saint-Leu

L’urgence sociale : abolissons la pauvreté !


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