Luttes sociales

Jeunes Réunionnais poussés dehors, une richesse gaspillée

9 mois après le CIOM, où est le changement dans l’Éducation Nationale ?

Manuel Marchal / 19 août 2010

La nouvelle année scolaire débute comme les précédentes par un nouveau scandale. Alors que des Réunionnais ayant les compétences requises pour enseigner doivent quitter le pays, des centaines d’enseignants viennent d’autres Académies pour occuper les postes vacants. Tout cela est très loin des intentions proclamées par le Conseil interministériel sur l’Outre-mer, et confirme les inquiétudes du rapporteur de la mission sénatoriale sur la situation dans l’Outre-mer.

La rentrée scolaire 2010 est la première qui suit le Conseil interministériel sur l’Outre-mer (CIOM) et la concertation des États généraux qui l’a précédé.
Dans la perspective du CIOM, une mission sénatoriale s’était rendue dans notre île. Son rapporteur, Éric Doligé, a pu rendre publique une information très inquiétante suite à la visite des sénateurs dans notre île.
Il s’avère que le sénateur a affirmé que sur 1.000 embauches faites par l’Éducation Nationale dans notre île, elle ne recrute que 100 Réunionnais, et fait donc venir 900 personnes d’autres Académies situées à 10.000 kilomètres de notre pays.
Ce ne sont pourtant pas les compétences qui manquent dans notre île. Chaque année, de jeunes Réunionnais réussissent le concours de recrutement dans l’Éducation Nationale. Mais ils ne sont finalement pas tous affectés dans notre île.

Quelle place pour les jeunes dans leur pays ?

Cette question a été au centre des luttes lors de la dernière année scolaire. Des enseignants stagiaires ont manifesté et fait grève pendant plusieurs semaines pour demander leur mutation à La Réunion à la rentrée. Puis ce sont des professeurs nommés dans notre île depuis déjà plusieurs années qui ont appris trois jours avant les vacances qu’ils étaient mutés en France. Enfin, ce sont 64 stagiaires réunionnais ayant obtenu le CAPES pour qui l’administration ne prévoit pas de place à La Réunion. Pour la première fois, des stagiaires sont envoyés en France avant même leur titularisation.
La cause de ces scandales successifs va à l’encontre des orientations présentées par le Conseil interministériel sur l’Outre-mer.
Le mouvement social déclenché dans tout l’Outre-mer en 2009 avait montré combien il était difficile pour des jeunes de mettre leurs compétences au service du développement de leur pays. Cet état de fait a été reconnu par le président de la République, qui n’a pas hésité à comparer la représentativité des Ultramarins à des réunions de chefs de service en préfecture Outre-mer à une « caricature ». Quant au CIOM, il s’est donné comme mot d’ordre de promouvoir la place des Ultramarins dans les postes d’encadrement de la fonction publique Outre-mer.

Arrêter de gaspiller

Ce premier CIOM de l’Outre-mer a eu lieu au mois de novembre. Mais neuf mois plus tard, rien n’a changé. Il est toujours imposé à des Réunionnais le choix entre l’exil en France ou la démission de la fonction publique, tandis que des agents viennent d’autres régions par centaines pour occuper des fonctions que les Réunionnais sont capables d’assurer. La logique du CIOM prévoit en effet que la priorité soit donnée au Réunionnais à compétence égale, ce qui est donc un changement de fond par rapport aux règles actuelles.
Étant donnée l’urgence sociale, chacun aurait donc pu s’attendre à ce que le gouvernement et l’administration accélèrent la mise en œuvre de cette mesure. Force est de constater qu’il n’en a rien été. Ce sont donc des enseignants les plus à même à comprendre les élèves avec qui ils doivent travailler à qui le système éducatif impose un départ en France.
C’est un gaspillage éhonté de la richesse de notre jeunesse, et ce sont également des centaines d’emplois qui passent encore sous le nez des Réunionnais.

M.M.


Di sak na pou di

Tout ça pour ça…

Le rectorat vient de nous informer que le Ministère n’avait pas validé les mesures proposées par l’Académie concernant la révision de la carte de l’éducation prioritaire, au motif qu’une réflexion nationale, ainsi qu’une nouvelle expérimentation baptisée CLAIR (Collège et lycée pour l’ambition, l’innovation et la éussite) est menée sur cette question en métropole dès cette rentrée.
La conséquence de cette décision ministérielle est que l’ensemble des modifications proposées par le Rectorat concernant les entrées ou les sorties en RAR (Réseau ambition réussite) et/ou en ZEP sont annulées. La carte de l’éducation prioritaire reste donc la même que celle de la rentrée 2009.
Les collèges nouvellement entrés en RAR conserveraient cependant les moyens qui leur ont été attribués à ce titre cette année.
Quand on sait toutes les discussions, négociations, mobilisations des collèges qui revendiquaient légitimement leur classement en éducation prioritaire, déclenchées par cette initiative du rectorat, que de temps perdu, que d’énergie gaspillée pour finalement aboutir au statu quo.
Par ailleurs, les enseignants qui, cette année, avaient demandé leur affectation en zone prioritaire, découvriront lors de leur rentrée que l’établissement dans lequel ils ont été affectés n’est plus en réseau.
Il y a tout lieu de craindre que ce nouveau dispositif soit tout sauf CLAIR et que loin d’attribuer les moyens nécessaires à chaque établissement scolaire en fonction des caractéristiques de sa population, comme le demande le SNES, tout cela ne constitue qu’un nouvel écran de fumée destiné à masquer la baisse globale des moyens et un prétexte de plus à la déréglementation. 
Cette perspective est particulièrement inquiétante dans notre Académie où les vingt collèges classés RAR sont déjà en nombre insuffisant au regard de la situation réelle de difficulté des élèves dont témoignent les évaluations du primaire.

Pour le SNES Réunion

Michel Zerwetz

Secrétaire académique



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Messages






  • 250 000 réunionnais en Métropole..parmi eux, combien de profs en capacité d’exercer dans leur île via une mutation..?

    Sur 1000 postes proposés chaque année, combien ne reviendront pas si des titulaires sont nommés sur place...?

    la seule solution ? la seule affectation par voie de mutations, de réunionnais déjà partis en attente de retour. en clair, pas d’affectation locale pour des néo titulaires, sauf à ce que l’on ne trouve pas de réunionnais volontaire au retour au péi...

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    • C’est bizarre, mais c’est exactement le même argument qu’a utilisé la ministre de l’Outre-mer... soyons clair : est-ce que tous ceux qui réussissent le CAPES en France sont mutés à 10000 km de chez eux ? la réponse est non. Allons au bout de votre logique Nicolas, et militons pour que tous ceux qui réussissent le CAPES en France ne soient pas affectés en France : pas d’affectation locale pour des néo-titulaires, et tous pour un CAPES européen, pour que des enseignants de toute l’Europe viennent occuper les postes en France à la place de ceux qui ont réussi le concours, et surtout des enseignants de Roumanie, et que l’on envoie des profs faire le stage en Moldavie, et vous verrez la tête que feront les Français :-)

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    • c’est avec ce type de comparaison stupide que le débat n’avancera pas, et que chaque année, des réunionnais affectés en métropole et ayant accepté les règles à l’époque de leur nomination, se diront que d’autres réunionnais moins courageux leur "piquent" leur place.

      par ailleurs, on ne saurait comparer un département comme la Réunion avec le territoire nationale.

      partir pour mieux revenir, c’est ça qui importe et qui permettra de partager la richesse de son expérience.

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    • Je ne vois pas en quoi ma proposition d’obliger toutes les personnes ayant eu le CAPES en France à faire une année de stage à 10000km de leur pays soit plus stupide que d’obliger les Réunionnais à partir 10000km de chez eux pour les mêmes raisons. Partir pour mieux revenir, c’est pour tout le monde ou pour personne, et il n’est pas stupide de comparer la Réunion à la France, nou lé pa plis nou lé pa mwin. Car si la Réunion est une région de la République française, la France est un ensemble de 22 régions dans l’Union européenne.

      La France est dans l’Europe, donc pourquoi interdire à un Polonais ou un Roumain qui a l’équivalent du CAPES de venir prendre un poste de fonctionnaire en France car il a plus d’expérience qu’un Français qui sort de la fac, et pourquoi un Français ne doit-il pas être muté en Pologne ou en Roumanie (avec le salaire d’un prof polonais ou roumain qui débute) pour mieux partager la richesse de son expérience le jour (un jour ?) de son retour. Partir pour mieux revenir... imaginez la tête des Français quand ils seront obligés de passer par là. Vous comprendrez alors (peut être) la légitime indignation des Réunionnais.

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  • les français ne sont pas indignés de se faire soigner par des infirmières ou des médecins ayant des diplômes équivalent à ceux délivrés en France, et qui ne sont pas de nationalité française.

    partant de là, il n’y aura à coup sûr aucun drame à ce que des polonais ou autres, viennent enseigner en France ou à la Réunion.

    Pour ce qui concerne la mesure de la non affectation locale, elle part d’un principe évident, à savoir ne pas avoir la situation que j’ai décrite précédemment. Par ailleurs, cela évitera aussi bien des atermoiements inutiles comme ceux auxquels nous avons assisté ces derniers mois.

    Par ailleurs, je le redis, nou lé pa plu nou lé pas moins, ok , mais on compare ce qui est comparable. La Réunion n’en déplaise, unité départementale et régionale, ne se compare pas à une unité nationale !! un conseil socratitude, bouge de la Réunion, ouvre toi un peu plus au monde que par le simple clic de ta souris d’ordinateur.. faut pas avoir peur de sortir de la Réunion !

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    • Là tu es bien embêté Nicolas, car tu ne réponds pas au fond du problème, alors je répète : La France est dans l’Europe, donc pourquoi interdire à un Polonais ou un Roumain qui a l’équivalent du CAPES de venir prendre un poste de fonctionnaire en France car il a plus d’expérience qu’un Français qui sort de la fac, et pourquoi un Français ne doit-il pas être muté en Pologne ou en Roumanie (avec le salaire d’un prof polonais ou roumain qui débute) pour mieux partager la richesse de son expérience le jour (un jour ?) de son retour. Toute proportion gardée, c’est ce qui est imposé aux Réunionnais, alors imagine la tête des Français s’ils avaient à subir ça.

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  • Rien n’empêche un français d’aller enseigner sous couvert de correspondre en terme de formation et de condition d’accès à l’emploi, dans le pays qu’il souhaite, europe ou pas.

    Rien n’empêche un ressortissant étranger, sous couvert de correspondre en terme de formation et de condition d’accès, à l’emploi, dans le pays qu’il souhaite, dans la région du pays qu’il souhaite.

    Pour l’europe, c’est grâce à l’ouverture des marchés et la libre circulation des hommes (vive maastricht) que cela est possible.

    Maintenant, il me semble que tu considères le Réunionnais et la Réunion comme ne faisant pas parti de la France, au vu de la fin de ton post.. c’est là ta principale erreur.

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    • Le fond du problème, ce n’est pas "rien n’empêche", mais "tout oblige". Le Réunionnais est obligé de quitter la Réunion pour travailler car il est en concurrence avec des personnes qui habitent à 10000km et ne connaissent rien à son pays, mais qui viendront travailler ici et le Réunionnais devra dégager à 10000km.

      Rien n’oblige un jeune professeur ayant réussi le CAPES en France à aller en Roumanie ou en Pologne pour travailler car des enseignants roumains et polonais ayant plus d’ancienneté veulent travailler en France. Mais un Réunionnais, il doit dégager pour laisser la place à un autre. C’est ça le fond du problème.

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    • non.
      le fonds du problème, c’est l’impossibilité pour les instances paritaires, "d’autoriser" le retour de près de 1000 réunionnais chaque année.

      1) priorité aux réunionnais mutés en France pour retourner un temps ou tout le reste de leur carrière à la Réunion
      2) si pas assez de réunionnais, on prend des métros
      3) si pas assez de métros, on prend des locaux néo titulaires.

      Rien de tel qu’un réunionnais qui a vu du pays, pour enseigner, qu’un réunionnais qui ne fait que réclamer son dû sans avoir le courage de voir du pays.

      nous ne serons jamais d’accord..et je crains de ne pas avoir tort.

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