Luttes sociales

Jeunes sans qualification : révélateur de l’impasse d’un modèle inadapté

Insee - Publication de “Économie de La Réunion”

Témoignages.re / 15 juin 2010

Le magazine “Economie de La Réunion” de juin 2010 a été présenté par les services de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) hier. La Direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, le Carif-Oref de La Réunion et l’Insee dressent dans cette publication un diagnostic des jeunes sur le marché du travail et ce qui est mis en place pour favoriser leur insertion. Selon ce nouveau numéro, La Réunion compte 232.000 jeunes de 15 à 34 ans, soit 30% de la population totale. Dès la fin de leur scolarité, un grand nombre rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle (avec un taux de chômage de 35% en 2009). Mais surtout, la forte proportion de jeunes sortant du système scolaire sans aucune qualification est préoccupante et constitue un « véritable handicap pour l’île ». En 2007, 12% des élèves du secondaire réunionnais qui ont arrêté leurs études n’avaient aucune qualification, soit deux fois plus qu’en métropole.

L’insertion professionnelle des jeunes constitue une préoccupation majeure à La Réunion. Un chômage élevé résultant d’une pression démographique forte et de contraintes économiques liées à l’insularité et à l’éloignement des marchés rend cette période de transition dans la vie des jeunes plus difficile ici qu’ailleurs. Un tiers des jeunes disponibles et sans emploi se disent découragés et n’entament aucune démarche de recherche d’emploi. Leur niveau de qualification de fin d’études est par ailleurs plus faible que celui des jeunes métropolitains.

Cependant, le niveau de formation des jeunes qui se présentent sur le marché du travail progresse sur l’île. Aujourd’hui, plus de la moitié d’une génération obtient son Bac. Outre le niveau d’étude, l’orientation joue un rôle majeur dans l’insertion professionnelle des jeunes. Les formations courtes professionnalisantes, ainsi que les formations en alternance, permettent, un peu plus facilement, de trouver un emploi, surtout dans les domaines de la production et du BTP. A la sortie des études, un bachelier de la filière professionnelle a plus de chances de décrocher un premier emploi stable qu’un bachelier de la filière générale.

A noter également la situation des jeunes femmes qui sont moins présentes sur le marché du travail. À diplôme identique, elles sont plus au chômage (à l’exception des plus diplômées).

Pour les jeunes sans emploi, les moins qualifiés, la Région organise des stages de formation professionnelle de remise à niveau, de remobilisation sociale mais également des formations qualifiantes. Parmi toutes ces formations, celles délivrant un diplôme ont permis à 37% des stagiaires de trouver un emploi six mois après son obtention. L’insertion est encore meilleure lorsque le stagiaire a suivi une formation technique ou spécialisée. Par exemple, sept stagiaires sur dix qui ont suivi un stage professionnel d’animateur socioculturel et sportif a trouvé un emploi six mois après la fin du stage. Ils sont pour la moitié en emploi après une formation en logistique et transport.

Depuis mi-2005, les jeunes en difficulté d’insertion professionnelle peuvent être accompagnés par les conseillers des quatre missions locales, dans le cadre d’un Contrat d’insertion à la vie sociale (CIVIS). Fin 2009, 3.600 jeunes Réunionnais bénéficiaient de cette aide. Globalement, un an après leur entrée dans le dispositif CIVIS, un quart des jeunes Réunionnais ont trouvé un emploi durable. Depuis octobre 2008, 552 jeunes résidant dans un quartier prioritaire ont signé un contrat d’autonomie.

Des dispositifs de formation en alternance (contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation) existent par ailleurs. Le Projet initiative jeune (PIJ), avec un volet création d’entreprise et un volet mobilité, compte parmi les dispositifs d’insertion. En 2004 et 2005, 1.400 jeunes ont reçu une aide en capital. Deux tiers des entreprises ainsi créées sont toujours en activité.

Les partenaires reconnaissent que « malgré la multiplication des dispositifs, cela ne permet pas de résorber les chiffres du chômage chez les jeunes ». « Nous notons des effets positifs, mais il faut être conscient que le volume de jeunes à entrer sur le marché du travail est énorme, d’autant plus que le marché s’est contracté ces dernières années. Derrière tout cela, il y a un problème de développement économique », insiste Jean-François Dutertre, directeur de la Direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle.


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