Luttes sociales

Jeunesse réunionnaise dans la dynamique de la responsabilité

Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion

Manuel Marchal / 16 novembre 2009

Samedi, l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion a donné sa position par rapport aux annonces faites par le président de la République en conclusion du Conseil interministériel sur l’Outre-mer le 6 novembre dernier. Constatant des manques importants dans le domaine social, l’AJFER note aussi des points positifs. Elle appelle chacun à prendre ses responsabilités afin de proposer des mesures tenant compte du nouveau cadre fixé le 6 novembre par le président de la République. L’AJFER annonce également qu’elle va demander à tous les élus réunionnais de se positionner sur une Charte pour l’emploi et la formation de la jeunesse. Un grand rassemblement de la jeunesse réunionnaise est prévu le 6 décembre à Saint-Denis.

Eddy Dijoux, Fanny Maunier, Yannick Payet, Gilles Leperlier et Camille Mayot ont présenté samedi la position de l’Alliance pour la formation et l’emploi à La Réunion suite aux mesures annoncées par le Conseil interministériel sur l’Outre-mer (CIOM) présidé par Nicolas Sarkozy. Ce premier CIOM a eu lieu le 6 novembre dernier à l’Élysée.
Après le rappel, par Eddy Dijoux, des actions menées par les jeunes pour faire entendre leurs propositions aux ateliers des États généraux, Fanny Maunier précise que les mesures qui concernent les jeunes touchent de nombreux domaines. Mais ces dernières appellent à un bilan contrasté eu égard à la situation particulière de la jeunesse réunionnaise.
Yannick Payet relève en effet de nombreux oublis dans les conclusions du CIOM. L’AJFER constate en effet l’absence de prise en compte de l’urgence sociale. « La jeunesse est oubliée, rien n’est là pour celle qui cherche de l’emploi, pour la "zenès sou piéd’mang", aucune annonce directe ». Aucune précision non plus concernant le rôle des services publics : « qui va lutter contre l’illettrisme, public ou privé ? ». Yannick Payet indique aussi des manques dans le logement social. Les mesures du CIOM n’annoncent rien dans ce domaine pour la jeunesse étudiante, où sont les cité U nécessaires aux besoins considérables des étudiants réunionnais ?

« Il faut des mesures concrètes »

Sur le pouvoir d’achat, l’AJFER juge les annonces trop frileuses. Pourquoi faire de nouvelles études alors que le constat de la vie trop chère est déjà fait, dit en substance Yannick Payet. « Il faut des mesures concrètes », affirme-t-il, et pas se contenter d’appliquer ce qui a été signé voici 6 mois entre le COSPAR et la grande distribution. Le problème du coût d’accès aux TIC reste posé, « où sont les mesures concrètes » pour aller vers les mêmes tarifs qu’en France pour l’utilisation d’Internet ?
Au-delà de cette clarification demandée par les jeunes, Gilles Leperlier souligne que dans ce débat, « la jeunesse a pris ses responsabilités ». Car même si les jeunes représentent au moins le tiers de la population réunionnaise, « ils ont du mal à s’exprimer et ne sont pas une priorité » pour Paris.
L’AJFER note que « le chef de l’État donne les orientations, pas les modalités d’application ». Il est donc essentiel que dès maintenant, « les acteurs prennent leurs responsabilités ». « La porte est entrouverte, à nous de nous y engouffrer », ajoute Gilles Leperlier. L’AJFER présente donc des propositions pouvant s’inscrire dans le cadre fixé le 6 novembre par Nicolas Sarkozy. Deux domaines sont pour le moment cités : la formation et l’emploi.

Priorité à l’embauche des Réunionnais

Il cite l’exemple de la formation en médecine. Le président de la République annonce une augmentation du numerus clausus. Maintenant, il est important d’adapter ce numerus clausus aux besoins de l’île.
L’annonce d’un plan de lutte contre l’illettrisme est un autre exemple. Outre les interrogations sur la nature du ou des opérateurs chargés de mettre ce plan en œuvre (public ou privé), se pose la question des moyens et de la méthode. « La lutte contre l’illettrisme passe par un renforcement de l’encadrement à La Réunion, et sur la place du créole à l’école ».
Concernant l’emploi, l’AJFER demande que la défiscalisation apporte des garanties pour la création d’emplois.
Sur le recrutement dans la fonction publique et la priorité à l’embauche réunionnaise, le président de la République « reconnaît que la situation n’est plus durable et fait des annonces concrètes pour les cadres B et C, même si, selon nous, c’est surtout dans le cadre A qu’il existe des difficultés », ajoute Gilles Leperlier. Le fait que le président de la République dise cela « légitime notre discours au plus haut niveau de l’État », indique l’AJFER qui relève un consensus sur la priorité à l’embauche réunionnaise : Didier Robert a même évoqué une proposition de loi, tandis qu’Albert Ramassamy juge cela « révolutionnaire ».

Des emplois à la place des heures supplémentaires

L’AJFER propose donc de faire un état des lieux dans toute la fonction publique, et demande que dès aujourd’hui, la décision soit prise de ne plus faire venir des enseignants d’autres académies occuper des postes que de jeunes Réunionnais peuvent obtenir à La Réunion. Cette année, sur 1.000 postes ouverts, 900 l’ont été par des enseignants de l’extérieur. « On a perdu 18.000 emplois en 20 ans, si l’on ne fait rien, on en perdra encore 18.000 les 20 prochaines années », ajoute l’AJFER.
L’AJFER propose une mesure créatrice d’emplois qui ne coûterait pas un centime pour l’État : transformer les heures supplémentaires en emplois. Rien que dans l’Éducation nationale, 700 postes pourraient ainsi être créés pour 700 jeunes Réunionnais au chômage.
Dans la perspective du grand rassemblement de la jeunesse le 6 décembre à Saint-Denis, l’AJFER indique qu’elle va présenter à tous les élus une Charte pour l’emploi et la formation de la jeunesse.

Manuel Marchal


« Nous voulons prendre en main notre avenir »

Eddy Dijoux rappelle la dynamique dans laquelle s’inscrit l’AJFER. Le mouvement de la jeunesse est né en 2008 par des mobilisations contre les réformes que le gouvernement a tenté d’imposer dans le système scolaire et universitaire. Appliquées dans la situation réunionnaise, ces mesures ne pouvaient avoir qu’un impact désastreux, précise Eddy Dijoux.
Les jeunes ont tenu un rôle important dans le COSPAR, nombreux dans les manifestations. Et lorsque le président de la République a décidé de lancer les États généraux, les jeunes du COSPAR ont décidé d’y contribuer. C’est le document "Nou lé kapab, 1.000 projets". Cette contribution a été remise au Premier ministre lors de sa visite à La Réunion, et aux présidents des ateliers.
Mais aucune de ces propositions n’a été retenue dans la synthèse des ateliers réunionnais. Le 15 octobre, le collectif de jeunes, auteur de la contribution aux EGOM, s’est transformé en Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER). Le 27 octobre, l’AJFER écrivait au président de la République pour lui adresser ses propositions.
« Nous voulons prendre en main notre avenir, arrêtez de parler de nous sans nous », c’est un mot d’ordre, rappelle par Eddy Dijoux. Les jeunes représentent en effet au moins un tiers de la population de La Réunion. Et ce sont eux qui auront la responsabilité de relever le défi du développement durable de La Réunion du million d’habitants.


« Nous devons oser un nouveau modèle »

Fanny Maunier explique que les jeunes ont construit un véritable projet inscrit dans le document "Nou lé kapab, 1.000 projets pour La Réunion".
Elle indique qu’après analyse des propositions du CIOM, l’AJFER relève plusieurs mesures, dans les domaines des prix, de l’agriculture, de la pêche, de la lutte contre l’illettrisme, de la délocalisation de concours à La Réunion.
Ceci étant dit, Fanny Maunier rappelle que l’AJFER rejoint tous ceux qui ont « la volonté de mettre fin aux injustices qui règnent à La Réunion ». « Nous devons oser un nouveau modèle, nous prenons acte des mesures, mais nous ne pouvons nous contenter de cela. Tout reste à faire », conclut-elle.


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