Luttes sociales

Jonathan : « A quand des actes ? »

Kartyé Chodron

Jean Fabrice Nativel / 13 mars 2012

Jonathan, bientôt la trentaine, désapprouve le saccage du Chaudron. Sur cet événement, qui a fait les gros titres et les choux gras de la presse locale, il porte son regard.

Jonathan, comment avez-vous vécu les émeutes ?


- Ma famille et moi avons passé des nuits terribles ! Mes parents sont tous deux diabétiques. Mes frères et sœurs tremblaient, s’inquiétaient des jets de galets et tirs répétés. Pour la seconde fois, nous vivons de tels évènements. A tout moment, nous craignons l’irréparable.

Des nuits terribles

Cela vous étonne ?


- Pas du tout ! Ma surprise vient du fait que ces actes ne se soient pas produits plus tôt. Ce n’est qu’un début.

Pourquoi, vous dîtes cela ?


- Faites le tour du palier et dîtes-moi, combien de personnes travaillent ? Vous allez surtout rencontrer des retraités. En revanche, des locataires qui ont un véritable emploi non ! Mais des contrats précaires oui ! Vous croyez que l’on peut vivre avec une rémunération mensuelle de 700 euros ? Et lorsque l’on est chômeurs de longue durée ? Ces quelques éléments me font dire que ces émeutes sont la manifestation d’un ras-le-bol.

Mais quel «  ras-le-bol »  ?


- Je vous parle seulement de ma situation commune à d’autres. Depuis 5 années déjà, je n’ai plus retrouvé d’emploi malgré maintes demandes. Je suis baladé de la Mission locale à l’ANPE, de l’ANPE à un centre de formation, et ainsi de suite. Je vous le dit : « j’en ai marre, je suis fatigué, frustré, même usé ». J’attends avec impatience ces emplois promis par le gouvernement aux jeunes. Monsieur, lorsque vous voyez une personne travailler et vous non, croyez-moi, vous avez mal. Ce mal à un moment donné, il éclate. Selon l’état du moment, sa manifestation est pacifique ou pas.

Sur la piste des solutions

Selon vous que faudrait-il envisager ?


- Déjà, il serait important de clarifier les chiffres du chômage, d’organiser de véritables formations en phase avec les demandes… comme d’instaurer un véritable dialogue avec les chefs d’entreprises des alentours, nous les savons nombreux. Nos élus aussi ont le pouvoir de proposer un certain nombre de jeunes du quartier sur un projet se réalisant dans leur quartier d’habitation. Voilà des pistes qui me viennent à l’idée. Je peux rajouter autre chose ?

Allez-y…

- Des personnes ont cassé et brisé, nous le regrettons, nous sommes les premières pénalisées : plus de pharmacie, plus de boulangerie… des personnes se trouvent au chômage technique. La réputation du Chaudron est une fois de plus entachée. Néanmoins, nous demandons du respect à notre égard. A peine arrivé dans un bureau, on nous dévisage de la tête au pied. Nous ressentons du mépris à notre égard. Cette attitude nous blesse.

Jonathan garde le moral malgré un avenir incertain. Récemment, on lui propose une énième formation. Il l’a refusée. S’en suit une leçon de morale. Est-ce comme cela que l’on va sortir La Réunion du chômage ? A moins que l’on veuille le radier de la liste des sans emploi ? Il est vrai qu’au final, il y en aura moins.

JFN


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