Luttes sociales

L’accompagnement « porte ses fruits »

Maryse Dache, présidente du CCMLP

Jean Fabrice Nativel / 25 août 2010

Les bénévoles et salarié(e)s du Comité des chômeurs et des mal-logés du Port (CCMLP) et sa présidente, Maryse Dache se relaient en permanence pour soutenir les malades alcooliques, les abstinent(e)s dans leur cheminement vers une autre vie.

Régulièrement, vous associez les personnes sans domicile fixe aux sorties du comité. Expliquez-nous le sens de cette démarche et le déroulé de la récente visite ?


- Le CCMLP a initié l’activité sortie qui comporte avant tout un volet pédagogique. Elle est l’occasion de découverte et d’enrichissement des connaissances comme la dernière en date. Un groupe de SDF accompagné de bénévoles de l’association s’est rendu à l’Observatoire des Makes (Saint-Louis).
Sur place, un animateur leur a fait découvrir la lune à travers le télescope — mais pas Vénus car un manteau de nuage l’avait cachée. Une discussion s’est ensuite engagée sur tel ou tel point et des explications leur ont été apportées sur les différentes planètes, les signes du zodiaque et les tâches qui figurent sur le soleil et la lune.
Cette escapade s’est terminée par un pique-nique dans la fraîcheur et à proximité de la Fenêtre. Une famille de Saint-Pierre les a rejoints pour partager un “rougaye sossis”. Et surprise, des mandarines ont été offertes par un habitant du coin.

Visite égal enrichissement personnel

Depuis que ces personnes et tout particulièrement, les malades alcooliques (MA) sont accompagnées par des professionnels de la santé et des bénévoles, qu’observez-vous chez elles ?


- Je note que plusieurs d’entre elles ont été relogées. Je citerai le cas de deux personnes. L’une après une cure est aujourd’hui abstinente. Elle continue à venir prendre son déjeuner à la table du comité. Une autre a décroché une formation de reconversion professionnelle.
En effet, le suivi entrepris par les infirmières en psychiatrie de l’Établissement public de santé mentale de La Réunion (EPSMR Saint-Paul) deux fois par mois et le dépistage de la tuberculose, des maladies sexuellement transmissibles, etc. par des médecins, psychologues, travailleurs sociaux du Centre hospitalier Gabriel Martin (Saint-Paul) porte leur fruit.
Cependant, il est déploré le manque de travailleurs sociaux. Bon nombre d’entre nous sont des bénévoles au sein de l’association.

Il retrouve son métier de chauffeur

Parmi ces personnes, une d’entre-elle, a-t-elle retenu votre attention ?

- Un jeune à force de discussion s’est sorti d’une situation difficile. Il a pu quitter ses camarades de beuverie pour trouver un hébergement. Au bout d’une période, il a repris son métier de chauffeur dans le bâtiment. Il a même acheté une voiture. De temps en temps, le dimanche en compagnie des membres du comité, il vient prendre son café. Il m’a offert un bouquet.

Le nouveau visage des personnes SDF

Selon vous, le profil du SDF a-t-il évolué ?


- Je remarque qu’ils sont jeunes (hommes et filles). J’ai le souvenir d’une adolescente qui s’était retrouvée à la rue et que l’on a aidée. Pour avoir discuté avec eux, la mésentente familiale est évoquée comme cause principale de l’éloignement du domicile.

Qu’ils puissent s’en sortir !

Pour vos “protégés”, quel est votre souhait ?


- Qu’ils puissent s’en sortir et retrouver une vie normale, c’est-à-dire une maison et un travail. Cela nécessitera plus ou moins, un court ou long accompagnement suivant les situations.

Un demi “saché zoizo” vert

À vous le mot de la fin ?

- Actuellement — et depuis belle lurette —, le coût de la vie a presque triplé comparé aux années 90. À cette période avec 200 francs, une personne remplissait un chariot. Maintenant avec 50 euros, un demi “saché zoizo” vert !
Le salaire ne suit pas. C’est la raison pour laquelle des familles se retrouvent en surendettement et leur nombre est en hausse selon une étude récente de l’INSEE. Aujourd’hui pour nos achats, la priorité est donnée à telle ou telle denrée. Avec un seul salaire, assumer les besoins quotidiens devient — très — difficile.
La situation sociale du moment “i fé peur”. Combien de temps devra-t-on travailler et pour quelle retraite ?

Le CCMLP œuvre pour sortir les malades alcooliques et/ou les personnes sans logement de leur situation. Ce n’est pas un travail facile. Cela demande une forte dose de détermination, tant du côté des accompagnateurs que des accompagnés. Il y a des déceptions et des joies, des moments où l’on est prêt à tout abandonner et d’autres à tout faire.

Pour qu’une personne MA (malade alcoolique) parvienne à l’abstinence ¬— la seule façon pour ne plus reboire —, il est important de l’encourager dans cette évolution personnelle. Est à proscrire toute parole comme “ou i ariv ra pa”, “ou na poin la volonté”, “moin lavé di a ou lété pa kapab”, “pou ou lé fine tro tar”, etc.

Lorsqu’une personne se retrouve dans une situation difficile, elle a besoin d’une autre personne pour s’en sortir — et non le contraire. D’où des félicitations au Comité des chômeurs et des mal-logés du Port, aux associations et particuliers qui tous les jours oeuvrent pour leur donner et qu’elle se donne une vie meilleure.

Texte et photo Jean-Fabrice Nativel


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