Luttes sociales

L’AGS, assureur sans cœur

Nouvel épisode de la faillite de l’ARAST

Geoffroy Géraud-Legros / 8 juillet 2010

Lorsque le droit est dit, l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés) est condamnée à verser les indemnités dues aux ex-ARAST : tel est l’enseignement de la décision prise hier par les Prud’hommes, qui ont condamné l’assureur réticent à verser respectivement 10.000 et 100.000 euros à Régine Belgrade et à Jean-Pierre Rivière, tous deux anciens salariés de l’association. En rupture complète avec sa fonction sociale, l’AGS persiste dans son hostilité aux salariés, et annonce qu’elle fera appel. Un nouveau chemin de croix en perspective pour les travailleurs ?

Inexorablement, la vérité progresse dans l’affaire de l’ARAST : lorsque la loi est appliquée, les tribunaux condamnent l’AGS à payer les indemnités aux salariés qui ont perdu leur emploi après l’écroulement de l’association, au mois de novembre dernier.
Une obligation posée par le droit, dont l’AGS tente à tous prix de se dégager. Créée après la fameuse grève autogestionnaire des LIP en 1973 et placée sous l’égide des ASSEDIC, l’AGS est censée fournir un bouclier aux salariés lorsque ceux-ci perdent leur emploi dans les conditions énumérées par l’article L.143-10, qui vise les situations où « est ouverte une procédure de sauvegarde ou de redressement ou de liquidation judiciaire ». La mission de l’AGS est donc clairement d’ordre social : elle permet aux victimes des aléas de la vie économiques de subir avec moins de dureté le choc de la perte de leur emploi et de leur revenu, en assurant le paiement des salaires ou des indemnités de ruptures. A cette fin, les employeurs versent chaque mois une cotisation qui constitue ses fonds.

L’assureur… n’assure pas

L’ARAST ayant disparu à la suite d’une liquidation, la situation était claire : l’AGS devait indemniser les salariés. Très vite, il s’est avéré que l’organisme supposé protéger les travailleurs n’entendait pas mettre la main à la poche. Un comportement appuyé sur le plan politique par Objectif Réunion, qui mit tout en œuvre pour détourner les demandes des travailleurs vers le Conseil général. Sur le terrain, cette stratégie a été relayée activement par Valérie Bénard, ancienne cadre de l’ARAST, qui mit à profit sa position pour orienter les revendications loin du siège de l’AGS. Bernés par Mme Bénard, les travailleurs en détresse occupaient en vain l’Assemblée départementale. Pendant ce temps, l’AGS conservait l’argent qui leur était dû. Comme si ces appuis politiques leur conféraient un sentiment d’impunité, les dirigeants de l’AGS n’hésitaient pas à déclarer cyniquement qu’ils « avaient de l’argent » face à des travailleurs tombés en détresse au beau milieu des fêtes de fin d’année.

Entourloupes politiques

Sur le plan politique, le drame de l’ARAST a connu une clarification indiscutable avec l’entrée en 4ème position de Valérie Bénard sur la liste de l’UMP et son élection à la vice-présidence de la seule Région conquise par le parti sarkoziste, à l’issue des dernières élections régionales. Sur le plan social, la condition des salariés ne s’est pas améliorée. Certes, ces derniers réclament de plus en plus justice auprès de l’AGS, tournant le dos aux mensonges de Valérie Bénard. Pourtant, tout indique qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines : réagissant à la décision du tribunal, l’AGS a immédiatement annoncé qu’elle interjetterait appel.

L’AGS s’acharne

En clair : face à la perspective de devoir payer leur dû aux travailleurs, l’assureur mise aujourd’hui plus sur la procédure que sur la politique pour échapper à ses obligations. Et compte imposer un nouveau parcours du combattant à des travailleurs qui ne font que demander leur droit.
Un comportement délibérément hostile aux salariés, qui montre qu’aujourd’hui, l’AGS n’a plus rien en commun avec la structure de protection sociale qu’elle était destinée à être lors de sa création…

Geoffroy Géraud-Legros


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