Luttes sociales

L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté dénonce les projets du pouvoir sur le R.S.A. et les C.U.I.

Que font les élus de l’U.M.P. face à tel scandale ?

Témoignages.re / 14 juin 2011

Ce dimanche à Bras-Panon, l’ARCP (Alliance des Réunionnais contre la pauvreté) a tenu une conférence de presse pour alerter la population et les décideurs sur la gravité des mesures envisagées par le gouvernement concernant le Revenu de solidarité active (RSA) et les Contrats uniques d’insertion (CUI). Jean-Hugues Ratenon et ses amis dénoncent l’objectif de l’UMP à l’horizon 2012 et le danger à venir d’une paupérisation de notre société. La tentative est trop grave pour rester inactifs face à une telle dérive, disent-ils. L’ARCP mènera la bataille de manière frontale contre les élus silencieux, complices et hypocrites.

Le RSA est la version réformée du R.M.I. (Revenu minimum d’insertion), qui avait été instauré en 1988 sous la présidence de François Mitterrand, avec comme chef du gouvernement Michel Rocard. C’est la loi n°88-1088 du 1er décembre 1988, applicable dès le 15 décembre de la même année par le gouvernement socialiste de Michel Rocard, qui est à l’origine de la mise en œuvre du RMI.
À La Réunion, dès sa création, le RMI trouve un écho très favorable dans la population, du fait même d’un taux de pauvreté et de sous-emploi considérable. À ce jour, notre île compte près de 78.000 bénéficiaires directs de cette rémunération de compensation.
L’objectif est de garantir un niveau minimum de ressources et de faciliter l’insertion sociale ou la réinsertion de personnes disposant de faibles revenus. Mais dès le départ, le RMI a fait l’objet de négligences manifestes de la part de ceux qui étaient au pouvoir, notamment à La Réunion, où le taux de chômage était et reste très élevé. Il ne faut surtout pas oublier le RMA et le Contrat d’avenir, créé en 2003, avec la promesse de seulement 15.000 contrats par an.

Les emplois aidés remis en cause

Le RMI a été remplacé en juin 2009 par le RSA (Revenu de solidarité active), avec un changement notable de philosophie et un élargissement de la population concernée.
À La Réunion, la loi est applicable depuis le 1er janvier de cette année et le RMI est remplacé par le RSA socle.
Parallèlement à cela, c’est le CUI (Contrat unique d’insertion) qui entre en application de plein droit dans notre département.
Si le RSA n’apporte rien d’innovant en matière de lutte contre le chômage, force est de constater que le CUI est véritablement une remise en cause de tous les emplois aidés antérieurs, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.

La casse sociale de l’UMP

Voici les différentes causes de la gravité de ces projets de l’UMP :

- le nombre insuffisant des contrats : avec un nombre de demandeurs d’emploi moindre qu’aujourd’hui, La Réunion pouvait bénéficier en 2002 de plus de 50.000 contrats aidés à temps partiel et à temps plein ;

- type de contrat : toutes les catégories de la population au chômage pouvaient en bénéficier (les CES, CEC, CEJ, CIA, CES de proximité) ;

- la durée pouvait aller de 6 mois à 5 ans ;

- la formation permettait, à travers divers parcours, d’accéder à des formations collectives ou individuelles ;

- le financement : les types de contrat étaient financés de 100% à 65% en fonction du public et du dispositif.
La casse sociale du gouvernement UMP, depuis Raffarin jusqu’à ce jour, n’a pas fini son travail négatif, avec toutes les conséquences dramatiques que cela entraîne pour l’économie réunionnaise et la lutte contre l’exclusion à La Réunion.



Les propositions et les objectifs de l’UMP

Dès le mois de mai dernier, le ministre chargé des Affaires européennes au gouvernement UMP avait proposé d’exiger cinq heures hebdomadaires de travaux d’intérêt social de la part des bénéficiaires du RSA et « de plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75% du SMIC », afin d’augmenter « le différentiel entre les minima sociaux et les revenus du travail ».
Pour justifier son offensive, Laurent Wauquiez a dénoncé les « dérives de l’assistanat » comme « le cancer de la société française ».
Le 7 juin, le patron de l’UMP, François Copé, émet l’idée d’apporter « un correctif au dispositif du RSA » en proposant, « dans le cadre d’un Contrat unique d’insertion, de travailler entre cinq et dix heures par semaine ». « En cas de refus, il pourrait y avoir une diminution progressive du RSA », prévient Copé.
Pour sa part, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a évoqué « une logique d’heures qui sont payées », tandis que Wauquiez envisageait, selon lui, « des heures bénévoles ».
En quoi consisterait cette activité « d’utilité sociale » ? « L’accompagnement de sorties d’école ou de personnes âgées, des projets environnementaux et civiques » au sein de la « collectivité de résidence » (Communes, Intercommunalités, Départements, Régions), cite Copé.
Pour un autre député UMP, Arnaud Robinet, « Laurent Wauquiez a eu le mérite de lancer le débat et de dire qu’en France, on a des droits et des devoirs. Le RSA est une des mesures phares, mais on ne doit pas forcément rester dans l’immobilisme ».

Un tir groupé contre la solidarité

Tout cela montre bien un tir groupé contre la politique de solidarité nationale avec comme objectif de faire des économies financières ainsi que la satisfaction d’une stratégie populiste en vue des prochaines élections. Nous sommes en pleine dérive extrémiste.
C’est la division du peuple, la culpabilisation de ceux qui sont victimes du chômage et qui bénéficient de la solidarité nationale, à savoir le minimum d’existence. Rappelons quand même que tout revenu du RSA socle se situe en dessous du seuil de pauvreté.
La cohabitation des personnes en situation d’obligation de travailler sur des tâches d’intérêt public et les autres salariés ayant un statut social créera des tensions considérables au point de déstabiliser socialement et moralement les bénéficiaires.


Les conséquences de la proposition de l’U.M.P.

Les bénéficiaires du RSA à La Réunion vont se retrouver sur des postes aujourd’hui occupés par des emplois aidés et d’autres salariés de la fonction publique. Nous allons donc tout droit vers des emplois aidés au rabais et vers la suppression du modèle actuel.
La proposition de rémunérer sur le statut juridique du CUI et la proposition de réformer ce type de contrat pour le rendre opérationnel est la preuve que cela va arriver.
Aussi, dans les hôpitaux, les collectivités et autres employeurs potentiels, ce sera une aggravation du démantèlement de l’emploi durable.
Les victimes seront les demandeurs d’emploi qui verront leur droit de trouver un emploi durable diminuer encore davantage. De plus, une grande partie des jeunes qui aujourd’hui sont en étude verront qu’en face, on leur réserve un avenir sans emploi stable.


Ce que demande l’A.R.C.P.

Pour les responsables de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté, « le climat de suspicion et d’atteinte à la dignité des personnes doit cesser, car cela aura comme conséquence la destruction de l’état psychologique des citoyens et portera inévitablement atteinte à notre cohésion ».
C’est pourquoi, disent-ils, « nous demandons à l’ensemble des élus, notamment à nos parlementaires, de sortir de leur silence et d’avoir le courage de dire stop ou d’approuver l’UMP.
Ce silence électoraliste nuit gravement au développement de La Réunion et à l’épanouissement de notre île, le silence est de toute façon synonyme d’une complicité en soi ».
L’ARCP affirme qu’elle « sera en première ligne lors des prochaines campagnes électorales pour combattre cette casse sociale et dénoncer les complices ».
Elle met également en avant un certain nombre de solutions : « La situation dans laquelle se trouve plus de la moitié de notre population est extrêmement dramatique. Des solutions doivent surgir, et cela, dans le cadre d’une grande concertation de la population et de ses représentants.
Oui, il faut éradiquer le RSA, et pour cela, créons de l’emploi et agissons dans l’unité et la solidarité.
Des besoins sont identifiés et non satisfaits, et, encore une fois, nous disons qu’il est possible de créer de l’emploi à La Réunion, tout est une question de volonté politique ».


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