Luttes sociales

L’ARCP demande une prime de vie chère de 150 euros pour tous

Déclaration de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté à la Conférence économique et sociale

Témoignages.re / 16 novembre 2012

Voici la prise de position rendue publique par l’ARCP à l’attention de la Conférence économique et sociale, avec des inter-titres de "Témoignages".

A l’attention des conférenciers, Mesdames, Messieurs,

Vous êtes plus de 100 personnes à être conviées à cette conférence afin d’aborder les problèmes récurrents de notre société. A notre sens, ce devrait être l’occasion pour poser les premières bases de La Réunion de demain. Le Président de la République l’avait promis à l’échelle nationale ; nous trouvons là la déclinaison de ce qui s’est passé au plan national. Cette initiative réunionnaise est bien le résultat d’une demande présente des forces vives de La Réunion et en l’occurrence de celle des syndicats.

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Alors même que ces derniers contestent le fond et la forme, nous constatons que le pouvoir persiste dans sa logique de dialogue social inadapté. Monsieur le Préfet, vous exécutez une tâche que le pouvoir parisien vous a confiée, mais sachez qu’en l’état, elle ne correspond pas et elle ne répond pas à l’attente de la population de notre pays.

Un silence qui interpelle

Si l’ARCP salue le positionnement de l’intersyndicale et de certains responsables politiques, nous sommes tout de même inquiets de la complicité de certains élus ; le silence d’une grande majorité d’entre eux nous interpelle. Quel est leur réel sens des responsabilités et leur intérêt porté à la population ? Vous allez, pendant ces quelques heures de travaux, aborder diverses thématiques aussi différentes les unes que les autres, des sujets qui sont d’une extrême importance nécessitant l’adhésion de tous.

Oui ! Il faut nous unir sur nos points de convergence au-delà de nos différences. Mais les points de convergence ne doivent en aucun cas nous amener à oublier ceux qui sont le plus en difficulté, les plus nécessiteux. Oui pour l’union ! Mais celle-ci doit en priorité prendre en compte la population qui, aujourd’hui, a le sentiment d’être abandonnée par le système.

Des invités pas suffisamment représentatifs de la population réunionnaise

Pour nous, d’une part, les personnes invitées à la conférence sociale ne sont pas suffisamment représentatives de la population réunionnaise. D’autre part, nous doutons réellement de la volonté de ceux qui sont présents à vouloir aborder les problèmes là où ils doivent être traités. Effectivement, cela nécessite un temps plus conséquent de réflexion, d’échanges, que la parole soit donnée à la population. La grande priorité doit s’orienter sur l’essentiel, c’est-à-dire la lutte contre la pauvreté, base d’un vrai projet de société juste et harmonieuse. L’essentiel, c’est justement la place que chacun d’entre nous doit occuper dans la société. C’est aussi le respect des acquis liés à la lutte sociale et aux doléances de la population. Il est hors de question qu’une moitié de notre population soit condamnée à vivre sous le seuil de pauvreté. Ainsi, la question essentielle de cette conférence doit être : « Quelles sont les solutions pour sortir la population réunionnaise de ses difficultés et de la pauvreté ? ». En premier lieu, cela doit passer par le maintien inconditionnel du bonus COSPAR et de la prime RSTA.

En effet, La Réunion hérite d’une situation exceptionnelle, à savoir la problématique du pouvoir d’achat. La loi dite de régulation économique n’apportera qu’un dixième des solutions recherchées par la population et pour notre économie. Elle n’aborde en aucun cas la question des revenus, alors qu’il existe une prime de vie chère dans le département. Face à cela, l’ARCP rappelle que le bonus COSPAR et le RSTA, c’est jusqu’à 150 euros de pouvoir d’achat pour les travailleurs pauvres. Cette majoration de salaire est le résultat d’une mobilisation de la population sur le problème de la vie chère. La prime de vie chère existant à La Réunion concerne près de 60.000 salariés dans la fonction publique.

Appliquer l’égalité des traitements sur notre territoire

Cette prime est pérenne ; son montant est en moyenne de 800 euros par mois. Alors pourquoi vouloir supprimer les 150 euros de prime de vie chère des travailleurs pauvres du secteur privé ? La logique voudrait qu’elle s’étende à l’ensemble des salariés et à tous les retraités, sans oublier les bénéficiaires des minima sociaux. Le moment est venu que s’applique l’égalité des traitements sur notre territoire. Au nom de l’égalité entre les humains, personne ne doit être considéré plus qu’un autre. Oui, l’ARCP milite pour une prime de vie chère de 150 euros pour l’ensemble des foyers réunionnais.

Autre mesure spécifique : la question de la bonbonne de gaz à 15 euros. Nous estimons qu’elle doit être considérée comme la mesure la plus juste et généralisée d’aide à la vie chère. Nous refusons son augmentation prévue à partir du 1er janvier 2013. Sur le problème des prix dans la grande distribution, nous souhaitons une large concertation sur le bouclier qualité-prix et la non-remise en cause des produits solidaires et COSPAR. Aussi, dans l’attente de solutions durables, l’ARCP souhaite une grande concertation sur les emplois aidés et les prochains contrats d’avenir, puisque le pouvoir d’achat est aussi synonyme d’emploi.

Nous demandons la transformation du quota de 5.000 emplois d’avenir annoncé en autant d’emplois que de projets pour satisfaire les besoins tant dans le service qu’en matière de développement économique. Pour cela, un recensement des besoins dans tous les secteurs éligibles doit être effectué. Voilà, en quelques mots, certaines pistes essentielles que nous vous demandons de relayer auprès du gouvernement, sachant que celles-ci ne représentent qu’un aspect de la problématique du pouvoir d’achat. Ces solutions, nous le pensons, sont un moyen d’empêcher La Réunion de sombrer encore plus dans la pauvreté.

Jean-Hugues Ratenon (ARCP)


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