Luttes sociales

L’emploi, la priorité des Réunionnais

"Alon kozé pour l’avenir de nout péi !"

Témoignages.re / 8 novembre 2013

Dans le cadre de sa campagne "Alon kozé pour l’avenir de nout péi !", l’AJFER-Nou Lé Kapab a publié sur son blog, www.noulekapab.com, un article sur la rencontre du 5 novembre avec les habitants de La Possession. Un débat retranscrit sur le site de l’organisation, portant principalement sur l’emploi, la formation et la mobilité. 28,5% de la population réunionnaise est au chômage, un chiffre « trois fois plus élevé qu’en France métropolitaine et deux fois plus que celui des Pyrénées-Orientales, département le plus concerné » par le chômage, a annoncé l’Insee. Ci-dessous l’article publié sur noulekapab.com, avec des inter-titres de "Témoignages".



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L’AJFER-Nou Lé Kapab va à la rencontre des Réunionnaises et des Réunionnais pour échanger sur des thèmes majeurs : l’emploi, la formation et la mobilité. Sur notre photo, l’une d’elles à La Possession hier.

En introduction à ce débat riche en idée et expérience, Gilles Leperlier a présenté l’AJFER- Nou Lé Kapab, dont il est le président/fondateur ainsi que les raisons de nos mobilisations pour la Priorité à l’embauche des Réunionnais.

Aujourd’hui, le chômage ne cesse d’augmenter, la situation devient de plus en plus alarmante, parce que les règles ne sont pas respectées : « les Réunionnais ne sont pas informés des postes disponibles à La Réunion ». Les réactions ont été vives à l’annonce que « 55% des offres du Pôle emploi ne passe pas par Pôle Emploi » . Il est indéniable que « le Pôle Emploi ne peut pas être le Pôle Chômeur » , a assuré Gilles Leperlier.

La mobilité a été un sujet vivement débattu. En effet, « mon enfant est parti, on lui a promis un emploi avec un salaire de 2.000 euros et un logement, mais en arrivant, il n’a rien obtenu. Il est à peine payé 1.200 euros et il a failli se retrouver à la rue, si nous, les parents, on n’avait pas été là » , a expliqué une dame. Son témoignage nous montre qu’il est nécessaire de « donner toutes les informations aux jeunes qui partent » , mais qu’il faut aussi « dénoncer les organismes et les entreprises qui font des promesses qu’ils ne tiennent pas, mettant en difficulté des jeunes qui partent avec espoir. On ne peut pas traiter les gens comme ça » , a déclaré le président de notre organisation. 

 

« Donner toutes les informations aux jeunes qui partent »

 

Pour l’un des jeunes hommes présents, « il y a en plus ceux qui partent et obtiennent leur diplôme, au Canada par exemple, et qui — une fois revenu — se rendent compte que leurs diplômes ne valent rien ici. En plus, il y en a qui ne connaît pas du tout les conditions de départ et de retour » . « C’est pourquoi nous disons qu’il faut que les jeunes sachent, avant de démarrer leurs études, quelles sont les possibilités et les perspectives de la filière qu’ils choisissent. Mais aussi quelles sont les conditions dans les pays dans lesquels ils vont : climat, prix, logement... »

Des personnes ont alors demandé : « Pourquoi est-ce que l’on n’anticipe pas ? » , parce qu’il n’y a pas « de vision sur le long terme concernant l’emploi à La Réunion. C’est pour cela qu’ils mettent en place les contrats aidés, la Garantie jeunes et les 80 dispositifs pour l’emploi des jeunes depuis trente ans » , a expliqué Gilles Leperlier.

Face à ce constat, une femme a déclaré : « c’est fait exprès, si on appelle des gens venus de l’extérieur. Parce que l’on ne forme pas les gens ici, avant d’appeler des personnes venues de l’extérieur » . À l’AJFER-Nou Lé Kapab, nous pensons que « La Réunion est le déversoir de la République » , ce qui signifie que les candidats réunionnais qui ont réussi leur concours, dans l’éducation nationale par exemple, sont obligés de partir pour permettre d’accueillir à La Réunion, ceux venus d’autres académies. « Sur 1.000 embauches, 100 sont pour des Réunionnais, selon le rapport du sénateur Doligé qui n’a jamais été contesté jusqu’à aujourd’hui. Près de 20.000 postes ont échappé aux Réunionnais » , a souligné Gilles Leperlier.

L’AJFER - Nou Lé Kapab exige des mesures spécifiques pour La Réunion, comme obliger les entreprises à passer par le Pôle Emploi pour que « les Réunionnais puissent avoir leurs chances et postuler aux offres disponibles à La Réunion » . La totale transparence des recrutements dans les secteurs privé et public, pour mettre fin « au copinage, pistonnage et bouche à oreille » ou encore « changer le système de mutation pour permettre à ceux qui souhaitent revenir à La Réunion de revenir sans attendre des décennies » .

Pour l’un des participants, « le créole se laisse faire, mais il doit y avoir plus » , en effet, « les Réunionnais ne sont pas informés. Depuis toujours, on nous dit que ce qui vient d’ailleurs est meilleur. On nous apprend à l’école que nos ancêtres sont Gaulois, il y a à la volonté de nous formater » .

 

« On a un savoir faire, un génie réunionnais qui est en train de se perdre »

 

Pourtant, nous, réunionnais avons toujours été à l’avant garde avec la culture de la canne, de la vanille ou encore du géranium, « on a un savoir faire, un génie réunionnais qui est en train de se perdre et que nous devons préserver, car c’est notre Histoire, nos traditions » , a indiqué Gilles. « Les Réunionnais sont capables de créer, inventer, innover et travailler, c’est pourquoi nous disons qu’à compétence égale, priorité doit être donnée à une personne formée à La Réunion ».

À l’AJFER-Nou Lé Kapab, nous pensons également qu’il faut passer par des lois pour obliger les entreprises à déposer leurs offres au Pôle Emploi, « mais cela ne règlera pas tout de faire ça, parce qu’ils sont mal organisés, ils manquent de moyen » , a indiqué une jeune femme. « C’est pourquoi il faut mutualiser tous les acteurs pour n’en avoir qu’un seul ».

Cette dernière a jouté que « le pôle emploi fait faire des formations, où soi-disant, on est suivi sur deux niveaux. Mais le premier niveau est à La Possession et le second à Saint-Pierre, comment on fait pour se rendre à Saint Pierre, ce n’est pas cohérent » . Raison pour laquelle, « nous pensons qu’il faut un service unique pour l’emploi. Un interlocuteur unique avec des services différents pour la formation, la mobilité, l’orientation, l’insertion professionnelle et les aides » . D’autant plus « parce qu’on tombe toujours sur un agent différent qui nous donne dix minutes. Mais en dix minutes, on lui explique notre cas et on n’a pas le temps de plus. Au prochain rendez-vous, c’est la même chose, on tombe sur un autre agent et il faut recommencer. Cela fait trois ans que je suis dans cette situation » , a déploré une jeune femme.

Face à cette situation, « nous proposons que des guichets soient mis en place dans les quartiers, qui permettent de s’occuper pleinement des gens et puissent suivre leur dossier » . En effet a réagi cette dernière qui propose que « des gens du quartier s’occupent des demandeurs d’emploi du quartier. Il faut dans les quartiers des structures » , « on pense qu’il faut créer des passerelles, car il y a trop d’acteurs et jamais d’échange entre chaque institution et organisme » , a répliqué Gilles.

« Le système actuel ne règlera pas les problèmes des demandeurs d’emploi. Il faut informer les Réunionnais, c’est comme cela que ça changera. Il faut aussi accompagner les gens tout au long de la vie pour qu’ils puissent choisir » , a indiqué le président de l’AJFER-Nou Lé Kapab. Nous préconisons l’alternance avec « un package complet : formation et entreprise » . Cependant pour l’une des jeunes femmes, « il faut trouver son entreprise soi-même parce qu’on ne peut pas donner tout cuit aux gens la formation et l’entreprise. Les gens peuvent choisir une entreprise en fonction de ce qu’ils veulent faire. C’est rare que l’on renvoie des gens » . Mais « beaucoup de jeunes abandonnent la formation parce qu’ils n’ont pas trouvé d’entreprise » ou parce que le secteur d’activité possède peu d’entreprises pour le nombre d’étudiants.

« Il y a pourtant une liste d’entreprise », a ajouté la jeune femme, « oui, il y a certaines entreprises qui jouent le jeu d’autres non » , a indiqué Gilles Leperlier. « C’est pourquoi nous proposons à l’AJFER-Nou Lé Kapab de supprimer l’expérience dans les offres d’emplois, car il existe des périodes d’essai, qui doivent servir à quelque chose. Il faut valoriser la période d’essai » . Mais « les entreprises ne voient pas comme ça » , a expliqué un homme. « Il y a sept députés, il faudra bien qu’ils proposent quelque chose. Car ça ne coûte rien, il faut restructurer et redistribuer les fonds pour avoir un organisme qui fonctionne. Mais surtout qui aide et accompagne les jeunes à la recherche d’un emploi ou d’une formation » , a indiqué le président de l’AJFER-Nou Lé Kapab.

. D’autres sujets ont été débattus et sont publiés sur www.noulekapab.com 

 


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