Luttes sociales

L’humiliation des jeunes professeurs réunionnais

Le ministère bloque le maintien à La Réunion d’enseignants réunionnais certifiés

Manuel Marchal / 2 juillet 2010

Trois jours avant les vacances, des jeunes enseignants déjà en poste à La Réunion apprennent que le ministère refuse de suivre le Rectorat qui avait décidé de les nommer à La Réunion à la rentrée. C’est une véritable agression contre la population réunionnaise et cela va à l’opposé des engagements du Conseil interministériel sur l’Outre-mer.

Hier après-midi, le SNES alerte les médias via un communiqué. Il annonce un fait sans précédent. Le Ministère de l’Éducation refuse de valider une décision du Rectorat relative au maintien à La Réunion de professeurs réunionnais qui y enseignent déjà sous le régime de l’affectation à titre provisoire.
Les affectations à titre provisoire concernent des professeurs qui ont leurs intérêts moraux et matériels à La Réunion et qui ne disposent pas d’un nombre de points suffisant pour avoir l’assurance d’avoir un poste dans notre île. Seuls peuvent y prétendre des personnes pouvant justifier d’un rapprochement de conjoint, d’être soutien de famille, ou ayant des enfants vivant dans l’île, c’est une affectation délivrée au cas par cas. Chaque année, ce sont environ une cinquantaine de personnes qui ont droit à cette affectation à titre provisoire, explique Martine Massias-Millot, secrétaire académique adjointe du SNES. Elle explique que l’affectation à titre provisoire est renouvelée chaque année jusqu’à ce que l’enseignant ait suffisamment de points sur son barème pour obtenir une affectation définitive à La Réunion.
En dernier ressort, le renouvellement décidé par le Rectorat doit être validé par le Ministère de l’Éducation. Et pour la première fois depuis que ce dispositif existe à La Réunion, 10 personnes voient le ministère refuser de suivre la décision du Rectorat. Paris fait bloquer leur affectation à La Réunion, ce qui équivaut à un départ forcé vers la France.
Or, voici trois semaines, toutes les personnes concernées ont appris du Rectorat qu’elles seront nommées à La Réunion à la rentrée. Mais trois jours avant les vacances, le ministère prend une décision contraire. « Ils avaient tous déjà une affectation provisoire à La Réunion au moins depuis un an, deux ans pour la plupart, et même 6 ans pour l’un d’entre eux », précise Martine Massias-Millot.

Etouffer tout mouvement revendicatif ?

Quelques heures plus tard, le SNES annonce une autre humiliation infligée aux jeunes professeurs réunionnais. Jusqu’à présent, les admis au CAPES ou à l’agrégation faisaient leur année de stage à La Réunion. À la rentrée, ce ne sera plus le cas alors que des besoins existent : « comme en anglais où 50 candidats de La Réunion sont admissibles et 5 admis au concours interne à ce jour alors que seules 8 capacités d’accueil sont prévues. Ce qui veut dire que seuls 8 candidats reçus pourraient faire leur stage à La Réunion et que les autres devraient le faire en métropole », indique le SNES.
Cette mesure est liée à un nombre de postes en constante diminution, ce qui fait que pour les professeurs stagiaires, la situation sera la même que pour les titulaires à une différence près : aucune indemnité ne leur sera versée pour leur départ en France à la différence des titulaires.
Mais cette décision pose question. Car n’est-ce pas un moyen d’empêcher le renouvellement d’un mouvement social d’enseignants-stagiaires réunionnais qui revendiquent le droit de rester travailler au pays ? Car s’il n’y a plus de stagiaires réunionnais dans les lycées et les collèges, alors il ne pourra plus y avoir de mouvement revendicatif de ce type.

Manuel Marchal


Le SNES dénonce un nouveau scandale dans l’Éducation nationale

Dans un communiqué diffusé hier à la presse, le SNES annonce « un scandale qui est en train de se produire ».

« 10 professeurs qui avaient été avertis par le Rectorat via la Direction générale des Ressources humaines à Paris qu’ils avaient obtenu, pour la rentrée prochaine, une affectation provisoire à La Réunion pour rester proches de leur conjoint qui y travaillent et de leurs enfants, viennent de recevoir un contre-ordre de dernière minute ce matin même. Leurs affectations provisoires ont été bloquées au cabinet du ministre Luc Chatel, où on a refusé de signer leurs arrêtés d’affectation. Ces collègues apprennent à la veille des vacances scolaires que leur vie familiale va être bouleversée et que tous leurs projets sont à revoir.
Ils avaient tous déjà une affectation provisoire à La Réunion au moins depuis un an, deux ans pour la plupart et même 6 ans pour l’un d’entre eux. L’une d’entre elle est sur le point d’accoucher. Ils sont tous sous le choc.
Le SNES est intervenu auprès du cabinet du ministre pour demander que cette décision dramatique et injuste soit revue dans les plus brefs délais. »


FSU : Où est la considération pour la dignité humaine ?

Voici la réaction de la FSU à cette décision du ministère.

« Après avoir finalement accordé des Affectations Provisoires à près d’une cinquantaine de collègues dont les situations familiales ne leur permettaient pas de partir en métropole, voilà qu’à la veille des vacances scolaires, le Ministère de l’Education nationale revient sur sa décision : il ne signera pas l’arrêté promis pourtant par courrier individuel à chaque collègue concerné.
Cette attitude envers les Réunionnais et leurs familles est absolument inadmissible et ne montre aucune considération pour la dignité humaine. »


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