Luttes sociales

L’inquiétant précédent de la banane

Tous concernés : sauvons les planteurs —3—

Manuel Marchal / 28 octobre 2011

Cette année, c’est une autre culture stratégique des Outre-mer qui a fait l’objet de profondes remises en cause. Pour se conformer aux orientations de l’Organisation mondiale du commerce, l’Union européenne a décidé d’ouvrir son marché plus largement aux bananes produites en Amérique latine par les multinationales nord-américaines. Une baisse des droits de douane a été décidée, et désormais la "banane dollar" et ses coûts de production scandaleusement abaissés viennent concurrencer la banane produite aux Antilles. C’est l’annonce de la ruine de l’agriculture dans plusieurs pays.

Dans les échanges de l’Union européenne avec les pays tiers, il existe plusieurs marchandises qui peuvent bénéficier de dérogation, car elles sont considérées comme des produits stratégiques. C’est le cas du riz, de la banane et du sucre (voir encadré). Mais sous la pression de l’orientation ultralibérale de l’OMC, l’Europe a toujours fini par céder.
Les premières victimes de cette politique ont été les pays du groupe ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), constitué notamment par les pays anciennement colonisés par les Européens. Après les indépendances, ces pays ont pu garder un accès préférentiel au marché européen. Avec la montée en puissance de l’OMC, tout a été remis en question et ces pays doivent maintenant se confronter à la concurrence mondiale pour le sucre et la banane.

La protection de la taxe douanière tombe

Les frontières de l’Union européenne ne sont plus aujourd’hui fermées aux concurrents des planteurs des régions ultrapériphériques. Quand la Commission européenne annonce qu’elle propose la fin du quota sucrier pour La Réunion, elle s’appuie sur un précédent : la mise en concurrence des producteurs antillais de banane avec les multinationales nord-américaines qui délocalisent dans les pays où les travailleurs sont les plus exploités.
La banane est pourtant un produit stratégique, cela n’a pas empêché l’Union européenne de créer les conditions de la ruine des planteurs. Cette fois, ce n’est pas en supprimant le quota, mais c’est en diminuant considérablement les droits de douane sur la "banane dollar" d’Amérique latine.
En baissant de 176 à 114 euros par tonne cette taxe, l’Union européenne permet aux multinationales nord-américaines de pouvoir vendre beaucoup moins cher sur le seul marché où les producteurs antillais peuvent espérer être récompensés de leur travail. Cette décision a été prise malgré toutes les protestations des acteurs de la filière, aussi bien aux Antilles qu’aux Canaries. Faite en décembre 2009 lors des négociations à l’OMC à Genève, cette proposition a été validée le 3 février dernier par une large majorité du Parlement européen.

De la nécessité de se rassembler

Le 11 février dernier, Élie Hoarau, député au Parlement européen qui a voté contre la décision de l’Europe, et son colistier Younous Omarjee avaient averti sur les effets d’une telle décision. Younous Omarjee avait mis l’accent sur les nombreux points communs qui existent entre les attaques portées contre l’organisation du marché européen de la banane et contre celle du sucre.
Pour la banane, l’Europe a fini par céder car les Européens ne veulent pas voir se fermer les portes de l’Amérique latine à leurs produits industriels. Que pèsent alors les intérêts de quelques milliers de planteurs face à l’industrie aéronautique ou militaire du continent européen ?
Ce précédent montre bien toute la difficulté qu’il y a à défendre nos intérêts. Autrement dit, nous devons être plus que jamais rassemblés et parler d’une même voix. C’est la condition minimale pour que les planteurs de canne ne connaissent pas le sort des producteurs de bananes. Les Européens doivent comprendre toute l’étendue. Et cela d’autant plus que pour le marché sucrier, l’Union européenne a déjà mis fin à des quotas qui étaient acquis de longue date.

(à suivre)

M.M.


La ruine des planteurs de bananes ratifiée par l’Europe

Le 4 février dernier, Élie Hoarau a diffusé un communiqué expliquant les conditions dans lesquelles a été ratifié par l’Europe l’accord qui menace de ruine tous les planteurs de bananes aux Antilles. Le député souligne combien l’idéologie ultralibérale imprègne les dirigeants européens.

« Cette semaine à Bruxelles le Parlement européen votait les accords de l’OMC portant réduction des droits de douanes sur la banane de 176 à 114 euros la tonne, et mettant en péril les producteurs des Régions Ultrapériphériques européens. Prenant la parole en séance plénière avant le vote Élie Hoarau a déclaré : « Cet accord est une nette démonstration de la prise en otage des petits producteurs de banane des ACP et des RUP, dans le grand marchandage mondial, que furent les accords de Genève, et que sont les négociations de Doha. Il est vrai que le sort des petits producteurs des pays ACP et des Régions ultrapériphériques pèse bien peu dans la balance face aux puissants intérêts qui sont en jeu, ceux de l’Union européenne et des géants d’Amérique latine. Au fond, la réforme du marché de la banane comme celle du marché du sucre sont l’expression d’un même mouvement. Ce mouvement d’ultra-libéralisation vers un grand marché unique mondial, qui comme un rouleau compresseur, avance puissamment, et écrase sans faiblesse les plus fragiles. Et ce ne sont pas les mesures de compensation envisagées, qui seront suffisantes pour empêcher à terme, la ruine qui se profile pour des milliers de planteurs, ni engager les États ACP, qui comptent parmi les plus pauvres, vers un véritable développement durable ». Les accords ont finalement été validés par le Parlement à 501 voix pour, contre 118 contre. La droite et les socialistes ont massivement voté pour. Seul la Gauche Unitaire Européenne (Groupe du député Élie Hoarau), les Verts, les socialistes français et le MODEM ont voté contre la ratification de ces accords. Pas un Député UMP français n’a voté contre cet accord, pas même le Député européen UMP élu de la circonscription Outre-Mer ».


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