Luttes sociales

L’intersyndicale adresse une motion au gouvernement

Le BTP réunionnais en détresse

Témoignages.re / 26 juillet 2011

Arrivé hier à La Réunion pour une visite de deux jours, Benoist Apparu, secrétaire d’État au Logement, s’est rendu à la Préfecture où il a assisté à la signature d’une convention portant sur la Prêt à taux zéro. Des représentants de différents syndicats du BTP s’étaient réunis à l’extérieur de l’établissement pour exprimer leurs revendications.
Voici la motion lue par l’intersyndicale du BTP hier devant la Préfecture.

« Monsieur le Ministre

L’intersyndicale du BTP tient à vous adresser solennellement ses plus vives protestations. En effet, faire le tour de force d’ignorer les syndicats relève, au-delà d’un manque élémentaire de courtoisie républicaine, d’un déni de ceux-ci en tant qu’acteurs du Bâtiment.

Nous tenons à rappeler à votre souvenir que l’initiative d’une cellule de crise débouchant sur le HCCP est de la CGTR et qu’elle a été portée dès le départ par les autres syndicats, dont ils sont membres actifs et critiques pour faire avancer les ordres de services.

Nous avons participé avec le patronat à des actions pour la relance de l’activité.

Sur toutes ces questions, nous sommes un interlocuteur régulièrement sollicité par la Préfecture et autres acteurs du secteur.

Par ailleurs, la situation critique des plus de 12.000 salariés licenciés ne semble même pas abordée.

Aucune notion de relance n’est mentionnée. Cette situation de récession a été aggravée par l’arrêt dramatique des grands chantiers et notamment du tram-train par la nouvelle majorité régionale.

S’il convient de prendre acte de la légitimité issue des urnes, nous ne pouvons accepter que la continuité de la vie économique et sociale soit remise en cause pour des raisons politiciennes.

Circonstance aggravante, le projet de remplacement, à savoir notamment le Trans Eco Express, ne tient pas la route. C’est un rideau de fumée qui, tant sur le plan de l’aménagement du territoire que de la relance économique, témoigne de l’irresponsabilité de la nouvelle majorité régionale.

Quant à la nouvelle liaison Saint-Denis/Possession,
Trop de questions majeures restent sans réponse. Où trouver les remblais nécessaires ? Quelle fiabilité dans le temps de la partie viaduc compte tenu notamment des profondeurs marines et de la force de la houle dans une zone de cyclones ?

Quant au nouvel Accord de Matignon, contrairement au précédent, il laissera à la charge du contribuable réunionnais tout dépassement financier, or, l’on sait que celui-ci sera énorme.

Nous sommes convaincus qu’une fenêtre de tir (surtout financier) a été ratée et que les Réunionnais en pâtiront lors de décennies à venir. Le développement de notre pays en pâtira lourdement dans la mesure où ces "coups partis" ne se rattraperont plus !

Le fort sentiment que la politique politicienne et sectaire a pris le pas sur la raison qui nous habite. Le problème, c’est que les faiseurs ne seront pas les payeurs.

Pourtant, plus de 27.000 demandes sont en attente d’un logement et un logement construit équivaut à un 1,5 emploi. En deux ans, le BTP réunionnais a perdu 35% d’entreprises et artisans employeurs, et 29% d’emplois directs, et ici, l’activité du BTP dépend pour 65% de la commande publique et 35% du privé.

Les dossiers déposés à fin mars 2011 par les bailleurs sociaux portaient sur 6.000 logements pour le seul secteur locatif. La réalisation de ces logements nécessite un financement estimé par I’ARMOS, à 195 millions d’euros de LBU et 215 millions d’euros de défiscalisation. Or, de l’aveu même de la DEAL, on s’apprête à ne financer (tous financements confondus) que 3.400 à 3.600 logements, ce qui conduirait à nouveau à environ 3.000 mises en chantier en 2012.

Nous sommes donc loin d’une réponse appropriée à la hauteur de l’enjeu qui relève, faut-il le rappeler, de la responsabilité principale de I’État.

Et chaque année, le déficit se creuse alors que la situation de l’emploi et du logement est dramatique.

Ainsi, notre retard en la matière s’accentue alors qu’un véritable Plan Marshall devient une impérieuse nécessité.

Pourtant, la satisfaction des besoins convergents que sont l’emploi et le logement est un déterminant essentiel de l’insertion dans la société. C’est dire que la réponse relève du sociétal et pose l’exigence d’une réponse globale de haut niveau.

Dans une société en récession depuis 3 ans, ce qui ne s’était jamais vu depuis des décennies, une telle attitude relève de la provocation.

Le dialogue n’étant qu’un vœu pieux, voire un leurre, il nous reste à investir plus fortement la mobilisation et faire que la rue gouverne.

Non seulement ont néglige la situation, mais en plus, dans une île avec plus de 30% de chômage, on trouve encore le moyen de faire venir des salariés extérieurs alors même que des milliers de salariés sont aux RSA ou en fin de droit aux ASSEDIC, central EDF du Port et ferme photovoltaïque à Saint-Benoît, de plus en plus le mépris grandit sous prétexte des chantiers privés.

Toutes et tous dans l’action afin de préparer des mobilisations d’envergure. Les salariés nous attendent, sachons répondre à leur souhait d’action dans la plus grande unité.

Mobilisons-nous et préparons les prochaines actions. Tous ensemble.

Recevez, Monsieur le Ministre, les salutations de notre organisation indignée. »

Pour l’intersyndicale
Jacky Balmine


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