Luttes sociales

L’Intersyndicale fait entendre les revendications des travailleurs

Malgré l’exclusion et l’intimidation

Manuel Marchal / 26 juillet 2011

L’Intersyndicale organisait hier matin un rassemblement avec prise de parole devant la préfecture. Les syndicats ne font pas partie du programme de la visite de Benoist Apparu, et il a semblé hier que même l’expression publique des revendications ne devait pas troubler le séjour du ministre.

« Nou pay ali son biyet pou li vien en vacans ici ! », « koman un ministre y vien ici, y veu pa war partenèr sociaux ? », le rassemblement organisé hier par l’Intersyndicale a montré la détermination des militants à se faire entendre.
En effet, les syndicats sont exclus du programme de la visite du secrétaire d’État au logement. C’est un comble lorsque l’on sait que les décisions du gouvernement sont directement responsables de la baisse considérable de la production de logements dans notre île. Nous sommes en effet passés de plus de 10.000 logements construits à moins de 4.000. La faute à une remise en cause d’une loi qui fixait les règles pour 15 ans. Résultat : les investisseurs ont fui vers des programmes plus avantageux et surtout plus visibles.
Combiné à l’arrêt des grands chantiers décidé par la Région, le désengagement du gouvernement en matière de logement à La Réunion a fait exploser le chômage. Ce sont 12.000 travailleurs du BTP qui sont dehors.
Malgré son exclusion des débats, l’Intersyndicale s’est fait entendre hier. Elle a organisé un rassemblement devant les grilles de la préfecture. Outre les syndicalistes, d’autres organisations sont venues soutenir la mobilisation, dont l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (ARCP).

« Situation explosive »

Tout avait bien commencé dans une bonne ambiance. L’installation d’une sono a provoqué la sortie de deux responsables des forces de police, venus demander des explications aux syndicalistes. Roger Alagama, secrétaire de la Fédération CGTR des retraités du BTP a affirmé que c’est la première fois qu’il doit faire face à pareille tentative d’intimidation. « Le réyoné lé tro en silans », a-t-il dit.
Cette sortie des policiers a été interprétée comme une tentative de faire taire les revendications. Cela a été d’autant plus mal perçu que les syndicalistes ne sont pas dupes, ils rappellent que ce sont les impôts des travailleurs qui ont financé le voyage à La Réunion de Benoist Apparu.
Finalement, l’Intersyndicale a pu organiser sa prise de parole comme prévu. C’est tout d’abord Max Banon de la CGTR qui a rappelé la terrible pénurie de logements qui sévit dans le pays, et qui a condamné une provocation de la police. « La situation est explosive à La Réunion, on verra qui éteindra le feu ».
Pierre Savigny (CFDT-BTP), a dénoncé l’exclusion subie par le monde du travail. Il a aussi affirmé que « nous sommes en République, sur une place publique, et qu’on a le droit de manifester ».
Son collègue de la CFTC a demandé que le secrétaire d’État entende les revendications des salariés afin de prendre en considération la situation du BTP.
Quant à la CGC, elle demande que le Haut conseil de la commande publique joue enfin son rôle. Depuis la création de cette instance, les entreprises continuent à fermer.
Enfin, Jacky Balmine, de la CGTR-BTP, a lu la motion de l’Intersyndicale que nous reproduisons en page 4.

M.M.


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