Luttes sociales

« L’irresponsabilité et le mépris du patronat »

Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR

Témoignages.re / 24 juin 2011

Dans un article adressé à la presse, Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR, tire les enseignements du refus du patronat de prolonger le versement de la prime de 50 euros. Ce sont 61 millions d’euros qui ne seront plus injectés dans l’économie.

Aujourd’hui, la situation socioéconomique s’est sérieusement dégradée par rapport à celle prévalant en 2009.
La logique de rattrapage des bas salaires qui s’était alors concrétisée par la prime COSPAR et le RSTA est donc plus que jamais pertinente économiquement et socialement aujourd’hui.
Comment expliquer que ce qui s’est avéré comme une impérieuse nécessité en 2009 ne l’est plus aujourd’hui ? Comment imposer à des salariés, dont le pouvoir d’achat dégringole sous les coups portés, d’une part, par les rentes de situation et monopoles qui font les surprix et, d’autre part, par l’égoïsme patronal (ceux sont souvent les mêmes), de renoncer à la prime et de perdre encore avec le passage du RSTA au RSA ? Perdre 50 à 150 euros par mois revient à une baisse de rémunération annuelle de 600 à 1.800 euros !
Des salariés et bénéficiaires de minima sociaux qui n’en finissent pas de subir les politiques d’austérité du gouvernement UMP/Sarkozy et de l’Union européenne.
Les couches sociales défavorisées sont sommées de réparer les dégâts causés par la cupidité des banquiers et l’impasse du système capitaliste.
L’attitude du MEDEF, scotchée sur une lecture juridique de l’Accord régional interprofessionnel (ARI), témoigne d’une absence de responsabilité au regard de la cohésion sociale et économique de La Réunion. Cette attitude de classe contredit une fois de plus la vision naïve d’un capitalisme ancré dans son territoire et donc coresponsable de son développement solidaire et durable.

Intransigeance patronale

L’annonce, du fait du prince, par le président du MEDEF de la fin des discussions entre « partenaires sociaux », contrairement à sa position lors de la première et précédente réunion, et ce, à la veille d’une deuxième rencontre, témoigne d’un mépris inégalé envers les syndicats. Avec eux, tout est possible !
Quant à la CGPME, elle ne s’est jamais positionnée comme acteur pouvant contribuer à une sortie par le haut de la "crise". Elle reste sur une base étroitement corporatiste et à courte vue.
Pendant les évènements de 2009, elle a fait semblant, n’osant même pas annoncer la couleur.
Pour échapper à la "faramineuse" somme de 50 euros, et le ridicule ne tuant pas, elle a dressé le spectre d’une économie qui ne s’en remettrait pas.
Mais comme il lui fallait au minimum annoncer quelque chose pour donner le change, elle a brandi le leurre de l’intéressement.
En effet, compte tenu de notre tissu de microentreprises, ce chantier nécessiterait un travail colossal de structuration de branches.
L’objectif poursuivi par cette organisation patronale est de botter en touche la revendication d’urgence sociale et de faire trainer en longueur d’hypothétiques discussions sur l’intéressement, qui n’aurait alors d’intérêt pour celle-ci que de nous faire lâcher la proie pour l’ombre.
L’imposture était avérée quand la proposition des syndicats en 2009 de tenir compte de la taille des entreprises et de faire payer par exemple 20 ou 30 euros aux petites entreprises et 80 ou 70 euros aux grandes étaient rejetée avant toute discussion par cette même CGPME !
L’Association des Maires s’est mise de la partie, entonnant la sempiternelle rengaine du choix entre les salaires ou les impôts. Notre demande d’une simulation financière commune par commune, pourtant acceptée de vive voix, n’a jamais été suivie d’effets.

« Il reste aux salariés la mobilisation »

Dès lors, la bataille des syndicats s’en est trouvée fragilisée.
Les 50 euros auraient été attribués à tous les salariés du secteur marchand et non marchand, La Réunion s’en serait mieux portée.
Dans le périmètre restreint de l’ARI, 61 millions d’euros ont été versés dans l’économie en 2010 ! Imaginons les conséquences du retrait de cette somme du circuit de la consommation ? Et si tout le monde avait joué le jeu, imaginons le montant financier qui aurait pu être injecté dans notre pays !
C’est dire la responsabilité de tous ceux qui ont freiné et empêché la dynamique initiée par l’accord COSPAR qui aurait permis l’application à tous les salariés de la prime. Sa remise en cause aujourd’hui en aurait été beaucoup plus difficile.
Il s’agit là d’une faute grave au regard de la cohésion économique et sociale.
Il est vrai que la revendication salariale est taboue et pourtant elle est un impérative pour relancer notre économie et donner un peu de baume au cœur à ceux nombreux à souffrir des affres de la pauvreté grandissante.
Au final, posons la question : quelle a été la participation du patronat à la sortie par le haut de la crise qui s’est manifestée depuis 2008 ? Quelle implication citoyenne ? L’égoïsme patronal fait fi d’un développement solidaire et durable.
“Chasser en meute”, “chasser groupés”, autant de mots creux pour habiller des intérêts fondamentalement individuels et corporatistes.
Le dialogue social suppose qu’on soit deux. Le patronat reste seul et droit dans ses bottes.
Il reste aux salariés la mobilisation pour que leur quotidien devienne décent et que leur avenir soit préservé.
Seule la mobilisation à la hauteur des enjeux paiera, la négociation étant vidée de son sens premier, à savoir l’amélioration des conditions de vie des salariés.


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