Luttes sociales

L’UNEF appelle au boycott du conseil d’administration de l’Université

Suppression des filières Lettres modernes et Histoire sur le Campus sud

Sophie Périabe / 19 mai 2011

C’est aujourd’hui que le conseil d’administration (CA) de l’Université de La Réunion doit trancher sur la suppression annoncée des filières Histoire et Lettres modernes au Campus du Tampon. Le syndicat étudiant UNEF Réunion appelle tous les administrateurs de l’Université à boycotter ce CA.

Les étudiants de l’UNEF se sont hier entourés d’élus et de professeurs pour dénoncer la suppression des filières Histoire et Lettres modernes sur le campus du sud.
Jusqu’à hier encore, toute la licence de Géographie était maintenue au Tampon. Mais cette dernière semble elle aussi menacée puisque « le conseil de la Fac des Lettres a voté la fermeture de toutes les filières au Tampon, y compris la licence de Géographie. Alors que le CEVU avait voté pour le maintien de cette filière », nous apprenait hier Stéphane Maillot, président de l’UNEF Réunion. Ce ne serait donc plus 230 étudiants qui seraient contraints de déménager mais plus de 350, sachant que les demandes de logement du CROUS sont terminées depuis le 30 avril dernier.
Pour cette ultime conférence de presse avant la date fatidique du 19 mai, tous les élus du Sud étaient appelés à se mobiliser. Si les communes de Saint-Joseph, Petite-Île et de Saint-Louis ont communiqué leur soutien, « nous n’avons eu aucune réponse des municipalités de Saint-Philippe, Saint-Pierre, Étang-Salé et du Tampon », déplore la sénatrice Gélita Hoarau, quand on sait que la commune du Tampon est le principal financeur de ce campus.
Les communes de l’Entre-Deux, des Avirons et de Saint-Leu étaient toutes représentées aux côtés d’enseignants, notamment Yves Bosquet, également président des Amis de l’université et Jacques Delpech, président de l’Association des professeurs de géographie de La Réunion. L’UNEF compte également sur le soutien de Khrisna Damour, responsable du Collectif pour le développement de la micro-région Sud, Gilles Leperlier de l’AJFER et des conseillers régionaux, Béatrice Leperlier et André Thien Ah Koon, ce dernier étant un des acteurs politiques ayant contribué à la création de cette université dans le Sud.
Autre nouvel élément pour l’UNEF, l’arrivée décalée de la ministre de l’Outre-Mer qui arriverait dans notre île vendredi et non plus jeudi comme prévu initialement, pour les étudiants, « la ministre se dérobe mais on va quand même demander audience ».

L’intervention de l’État est nécessaire

Une demande d’audience a également été faite par la sénatrice Gélita Hoarau qui soutient que dans le « schéma de service collectif de l’Université 3ème millénaire, dans les prospectives jusqu’à 2020, il est prévu un doublement voire un triplement des effectifs d’étudiants. Une décentralisation était programmée, 2/3 des étudiants dans le Nord et 1/3 dans le Sud. Aujourd’hui, ce n’est pas que le développement du Sud qui est compromis mais le développement de toute La Réunion. C’est de l’imprévoyance totale face à la démographie ».
Cette décision est une contraction quand on voit les travaux engagés par le CROUS pour l’aménagement du restaurant universitaire du Campus du Tampon, « qui pourra accueillir 1.200 étudiants 800 pour celui de Saint-Denis », souligne Gilles Leperlier, vice-président du CROUS de 2008 à 2010. « Cela va l’encontre des perspectives d’effectif sur ce campus ».
C’est aussi le sentiment partagé par André Thien Ah Koon, conseil général et régional et fervent défenseur de l’Université du Tampon.
« On s’est battu pour l’Université, pour le CHU ; on dégarnit le Sud. Aujourd’hui, c’est l’Université, demain c’est l’hôpital. C’est sûr qu’il est plus facile de déplacer 200 étudiants qu’un professeur », ironise l’ancien maire du Tampon.
Des professeurs qui sont montrés du doigt par Yves Bosquet, enseignant au Campus sud de 1995 à 2010 et aujourd’hui président des « amis de l’université ». « Les enseignants du Nord ont une très mauvaise image du Sud. D’abord, touristiquement, on parle de Sud sauvage ; pour eux c’est le désert culturel et intellectuel, et je pèse mes mots », assure Yves Bosquet. Nombre d’entre eux ne veulent donc pas « s’enterrer » dans ce Sud sauvage alors « qu’ils n’y ont jamais mis les pieds ».
Conscient des réelles difficultés financières de l’Université, Yves Bosquet souligne néanmoins que pour certains enseignants « ça tombe bien ».
Il préconise donc une politique du « donnant-donnant. On ferme une filière, on en ouvre une autre, par exemple toute la filière Droit ». Bien sûr, 2/3 des enseignants seront « farouches », il faut donc « une intervention de l’État, comme on a délocalisé l’ENA à Strasbourg ».
Du côté de l’Association des professeurs de géographie de La Réunion, représentée par Jacques Delpech, on préconise « la visioconférence, qui permettrait de maintenir ces filières dans le Sud ». De plus, il ajoute que la filière géographie est très porteuse car « les besoins sont importants en matière d’aménagement du territoire ». D’ailleurs, depuis le début de l’année scolaire, des professeurs d’université s’attèlent à vanter cette filière auprès des élèves de terminal dans les lycées de l’île, « cela peut relever le nombre d’étudiants en géographie », conclut Jacques Delpech.

« Un véritable drame social »

Tous sont unanimes pour dire que cette décision aura de lourdes conséquences pour les familles les plus défavorisées. « Pour ces étudiants en cours d’étude c’est un véritable drame social », insiste Khrisna Damour du Collectif pour le développement de la micro-région Sud.
« Aujourd’hui, le CHU à Saint-Pierre est compromis, on rétrograde le Sud ».
L’école d’ingénieur en agroalimentaire devait se faire dans le Sud, cela ne s’est pas fait. Idem pour la faculté de Médecine, « c’est un coup dur pour le développement de cette micro-région ».
L’UNEF appelle donc tous les administrateurs de l’Université à boycotter le conseil d’administration, « non pour bloquer la situation mais pour demander la mise en place d’un vrai moratoire, et non pas d’une commission comme cela a été fait », pour que tous les acteurs et principalement les étudiants puissent, en concertation, décider de leur avenir.
Plus largement, le syndicat invite les parents, les enseignants, les étudiants et tous ceux qui se disent pour la démocratisation de l’enseignement supérieur, à venir à 13h30 au Campus du Moufia pour empêcher la tenue de ce CA.
L’UNEF prévient, par la voix de son président, « nous publierons les identités des personnes qui voteront cette décision, ils devront assumer leur responsabilité ».

 Sophie Périabe 


Témoignages

Audrey Viry, 18 ans, étudiante en L1 d’Histoire

L’année prochaine, la jeune tamponnaise devra suivre sa deuxième année de licence d’Histoire à Saint-Denis si le conseil d’administration vote pour la suppression de cette filière dans le Sud.
« Beaucoup d’étudiants n’ont pas les moyens de trouver un logement en si peu de temps », assure l’étudiante. D’autant plus que les demandes de chambre universitaire du CROUS sont terminées depuis le 30 avril dernier. Audrey n’a pas d’autre choix que de se tourner vers un logement privé mais là encore, « il sera très difficile. À la maison, il n’y a que mon père qui travaille et les aides ne sont pas assez importantes pour payer un logement ».
De plus, à cette période de l’année, quasiment tous les appartements étudiants sont déjà pris d’assaut.
Alors si la filière Histoire est supprimée dans le Sud, Audrey n’aura pas d’autre choix que d’abandonner ses études, « malheureusement ».
L’étudiante ne souhaite pas non plus changer de filière par dépit. « L’Histoire, c’était un choix, je voulais soit devenir prof ou alors travailler dans le tourisme », raconte Audrey. Si elle arrête ses études, Audrey se retournera, comme beaucoup, vers les concours. Mais là encore, on sait que le nombre de postes des concours administratifs par exemple est très limité.
Cette dernière déplore les conditions dans lesquelles les étudiants ont appris la nouvelle. « On était en cours quand un ami nous a dit que la filière allait peut-être fermer. Il n’y a eu aucune concertation. Je pense qu’il y a des intérêts politiques derrière tout cela. L’intérêt de l’étudiant n’a pas pris en compte », conclut l’étudiante aujourd’hui désemparée.

 SP 


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