Luttes sociales

L’union pour lutter contre la pauvreté

Lancement du compte à rebours pour l’Abolition de l’extrême pauvreté d’ici 2015

Témoignages.re / 2 janvier 2014

De nombreuses personnes se sont réunies, mardi 31 décembre, à l’Espace Citoyen de Saint-Paul, pour lancer le compte à rebours pour l’Abolition de l’extrême pauvreté d’ici 2015. Plusieurs organisations ont apporté leur soutien à la lutte contre l’extrême pauvreté, menée par le Comité de l’Appel de l’Ermitage.



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Le compte à rebours est lancé. (photo A.D.)

Certains représentants d’association ont pris la parole comme Georges Faubourg d’ATD Quart-Monde, Marcel Técher de la Banque Alimentaire des Mascareignes, mais aussi Maryse Dache du Comité des Chômeurs et des Mal-Logés du Port, Samuel Mouen pour Les Indignés-Collectif974, Gilles Leperlier pour l’AJFER-Nou Lé Kapab.

Des secrétaires généraux du Parti Communiste Réunionnais, Yvan Dejean et Ary Yee Chong Tchi Kan, étaient également présents, Jean Viracaoundin, président du Cercle Philosophique Réunionnais, ainsi que des représentants de LPA (La Politique Autrement) et de l’association Promotion du Génie Collectif Réunionnais.

Une situation alarmante

Les participants ont été accueillis par Philippe Yee Chong Tchi Kan, responsable de l’Espace Citoyen de Saint-Paul, ce dernier est revenu sur l’Histoire de La Réunion et notamment la culture réunionnaise qui a su créer « le riz cantonnais. C’est nous, ici qui l’avons inventé ». Face à cette richesse culturelle et historique, ce dernier a indiqué que « le taux de pauvreté a diminué de moitié depuis les années 1990 dans le monde ». « Les objectifs ont été atteint dans le monde, c’est un succès », cependant à La Réunion, la situation reste inquiétante, a expliqué Philippe Yee Chong Tchi Kan.

En effet, « la pauvreté à La Réunion a augmenté de façon considérable et la situation socio-économique n’augure rien de positif à terme raisonnable. Avec le durcissement des conditions de départ à la retraite pleine, la fin du RSTA et la suppression du COSPAR, l’avenir est sombre pour la jeunesse tout comme leurs parents. Aujourd’hui, il y a un consensus sur le constat « hors norme » de la situation sociale, mais aucune politique n’a pour véritable ambition d’inverser cette tendance », note le dossier de presse fourni par les organisateurs.

De son côté, Raïssa Noël, porte-parole du Comité de l’Appel de l’Ermitage, a salué la présence des représentants d’organisation qui « vont œuvrer vers le même objectif que celui de l’Appel de l’Ermitage, qui revendique la fin de l’extrême pauvreté à La Réunion ». « On ne peut plus accepter que des gens vivent avec moins de 5 euros par jours pour se soigner, se vêtir, se loger et se nourrir » a indiqué la jeune femme. « La situation est inacceptable. Il faut se mettre autour d’une table pour arriver à un consensus partagé par tous », a conclu cette dernière.

Le comité de l’Appel de l’Ermitage, représenté également par Frédérique Técher, a réitéré sa demande aux acteurs politiques de « se réunir sans délai pour élaborer un Projet de Développement Durable Réunionnais, seul moyen de donner à tous et à chacun une vie décente. Peu importe vos options politiques, la pauvreté doit être la priorité ».

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Des représentants d’association réunis le 31 décembre à Saint-Paul. (photo A.D.)

Des soutiens de toutes parts

A l’occasion de cette matinée, diverses personnalités ont prit la parole pour exprimer leurs soutiens et leurs connaissances dans leurs domaines. Pour Samuel Mouen, « la lutte contre la pauvreté est une priorité et l’un des enjeux les plus importants aujourd’hui dans le monde ». Ce dernier a salué l’« idée exceptionnelle » du Comité de l’Appel de l’Ermitage d’avoir lancé un compte à rebours. Une initiative également saluée par la représentante d’Amnesty International, qui a rappelé les différents actions menées par son organisation pour « la dignité humaine », car « aucune solution contre la pauvreté ne peuvent être apportées sans mettre les droit humain au cœur » de cette lutte.

Cette dernière a apporté son soutien à l’action menée, ce 31 décembre 2013, à l’instar de Marcel Técher, de la Banque Alimentaire des Mascareignes, qui a mit en avant « les difficultés à travailler » avec les plus démunis car « parfois on n’est mal accueilli dans certaines communes ». Notamment à Saint-Paul, où « les négociations ont échoué, sans raison », malgré « des points de distribution de colis alimentaire dans toute l’île », Saint-Paul est l’unique exception, a expliqué Marcel Técher.

Des difficultés, qui malgré tout, n’empêchent pas de nombreuses organisations humanitaires d’œuvrer, comme ATD Quart-Monde, qui a appelé au rassemblement pour organiser la Journée mondiale du refus de la misère. Voyant « autant de monde s’associer à ce compte à rebours, j’appelle tout le monde à préparer ensemble cette journée mondiale. Pour dire que les réunionnais sont présents et que l’on peut éradiquer la misère. J’espère vous y retrouver », a indiqué Laurent Faubourg.

L’union, comme rapport de force

Pour le militant humanitaire, Eric Camian, « I have a dream », en référence au célèbre discours de Martin Luther King, lors de la manifestation pour les Droits Civiques aux Etats-Unis. « Les Etats doivent aller vers le partage de nos richesses », afin d’éradiquer la pauvreté et de permettre une répartition équitable de ces ressources, a expliqué ce dernier. Une analyse partagée par Maryse Dache, qui a vu en quelques années le nombre de demandeurs d’emploi augmenter. « Au départ, il y avait 15 personnes aujourd’hui nous sommes à 65. On constate et rencontre de plus en plus de monde avec des difficultés financières », qui demandent de l’aide, a expliqué cette dernière.

De son côté, Pierre Thiébaut, élu de Saint-Paul, a salué toutes les personnes présentes « car ce n’est pas une lutte individuelle mais c’est grâce à l’union que tout va se faire ». Une union partagée par Gilles Leperlier, qui a rappelé « Nou lé kapab de s’unir sur l’essentiel et de mettre de côté nos différents pour changer les choses ». Ce dernier a expliqué « on va vivre moins bien que nos parents », raison pour laquelle « les lutte contre le chômage et la précarité doivent être menées. Nou lé kapab, ce n’est pas seulement un slogan, car on est capable de gagner ensemble ».

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Parmi les participants, Aurélie Crescence de Femmes Solidaires, et Yvan Dejean, secrétaire général du PCR. (photo A.D.)

Une position partagée par Yvan Dejean, qui a expliqué que « la pauvreté n’est pas une fatalité. Il y a des raisons profondes à cette situation », c’est pourquoi « nous apportons un message de solidarité et d’encouragement » à la lutte que mène le Comité de l’Appel de l’Ermitage. Le secrétaire général du parti a pointé du doigt le « clientélisme électorale » qu’il faut « combattre ».

« Alors que des personnes sont en situation de pauvreté, il y a des maires qui viennent les acheter avec des contrats » mais « les gens ne sont pas de la chair à canon » a dénoncé Yvan Dejean. Une opinion partagée par les organisateurs qui dénoncent l’existence « d’un courant d’opinion pour dire que la misère c’est normal, voire nécessaire, et que personne n’arrivera à l’éradiquer ».

Interpeller l’opinion publique

Pour Aurélie Crescence de Femmes Solidaires pour l’Emploi, La lutte contre la pauvreté est également un problème de femme, car « la situation économique des femmes se trouvent dans les faits beaucoup plus inégale que le supposent les textes de loi », car « être mère et sans ressource est un véritable combat ». Cette dernière a alors indiqué « nous avons le devoir tous ensemble de nous atteler » à lutter contre la pauvreté, afin « de faire respecter l’engagement de l’Etat français », signataire de la déclaration de l’ONU sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (2015).

Une nécessité toutefois dénoncée car « ce n’est pas possible qu’une société comme la nôtre, qui a fêté ses 350 ans, se pose encore la question de comment des gens arrivés au 20 du mois n’ont plus rien à manger ? », a interpelé Ary Yee Chong Tchi Kan. « La rencontre de ce matin est symbolique, c’est pour interpeller ceux qui réveillonnent », a expliqué le secrétaire général du PCR. Ce dernier a expliqué qu’il ne s’agit pas de culpabiliser ou pointer du doigt les personnes qui réveillonnent, mais de dire que « le réveillon est un abandon des autres et un enfermement ». La question est de savoir « si nous sommes capables d’avoir l’intelligence nécessaire pour pouvoir trouver des solutions pour nourrir un million d’habitant ».

Ary Yee Chong Tchi Kan, candidat à Saint Paul, a également indiqué que « la lutte contre la pauvreté est une lutte globale, mais si l’on veut la traiter de manière conséquente, il faut des expérimentations et des solutions ». Des expérimentations et solutions, desquelles « seront tirés des leçons », afin de présenter des propositions. Raison pour lesquelles, « le monde des médias et la population doivent être inondés de nos propositions, nos idées et vous verrez on gagnera », a conclu ce dernier.

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Photo d’une partie des participants, dans la cours de l’Espace Citoyen de Saint-Paul, (photo A.D.)


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