Luttes sociales

L’UNL et l’UNEF dénoncent un « acharnement et de l’intimidation pour faire taire la jeunesse »

Laurie-Jade Payet, nouvelle présidente de l’UNL, convoquée chez les gendarmes

Sophie Périabe / 23 mars 2011

Après Alexis Chaussalet, c’est au tour de Laurie-Jade Payet, fraichement élue vendredi à la tête de l’UNL Réunion, d’être entendue à la gendarmerie de Saint-Pierre dans le cadre d’une enquête de violence sur agent. Pour les syndicats étudiants et lycéens, « c’est de l’acharnement et de l’intimidation pour faire taire la jeunesse ».

En février dernier, la garde à vue d’Alexis Chaussalet, alors représentant fédéral de l’UNL Réunion, avait suscité un émoi chez les jeunes, syndicats et certains politiques. Aujourd’hui, c’est au tour de Laurie-Jade Payet, présidente et représentante fédérale de l’UNL Réunion depuis vendredi dernier, de faire l’objet d’une convocation chez les gendarmes de Saint-Pierre.
Hasard de calendrier ou tentative de casser la mobilisation et de ternir l’image du syndicat, pour la trentaine de personnes présentes hier matin en soutien à la jeune lycéenne, la réponse est évidente.
« C’est bien de faire ça après que le mouvement se soit tassé un peu, pendant les vacances scolaires et à la veille de la rentrée, histoire de mettre la pression », soutient Stéphane Maillot, vice-président de l’UNEF. Selon ce dernier, il s’agit d’un acharnement, « ce sont les mêmes motifs que pour Alexis ».
Du côté des militaires, le discours est tout autre. « Mlle Payet est convoquée en qualité de témoin pour fournir des explications par rapport aux éléments d’enquête (…) suite à une plainte déposée par un gendarme », explique le capitaine Garcia, commandant en suppléance de la compagnie de gendarmerie de Saint-Pierre.
D’autre part, il affirme n’avoir « rien contre l’UNL ». Questionné sur le calendrier, le capitaine Garcia rétorque que « Mlle Payet était convoquée jeudi pour se présenter vendredi matin, le remplaçant d’Alexis Chaussalet n’était alors pas encore connu et c’est Théo Boissart qui était pressenti pour le remplacer ».
Une explication qui ne convainc pas les syndicats et les politiques présents.
Gélita Hoarau, sénatrice de La Réunion, s’insurge contre ces convocations. « Partout, dans toutes les académies, il y a eu des manifestations de jeunes, c’est seulement ici qu’on assiste à des convocations. De plus, à peine élue, la jeune Laurie est convoquée ».
Pour Pierre Vergès, « si on n’arrive pas à les faire taire, on les intimide ».

 « C’est une déclaration de guerre contre l’UNL » 

Préalablement prévue à 10h30, puis avancée à 9h00, c’est finalement à 10h00 que Laurie-Jade Payet est arrivée, sereine, à la gendarmerie de Saint-Pierre où le comité de soutien l’attendait déjà.
Après 1h30 d’audition, la présidente de l’UNL est ressortie, abasourdie, escortée par deux gendarmes. Il a bien fallu quelques minutes pour que la jeune lycéenne puisse reprendre ses esprits et enfin s’exprimer.
« On m’a posé des questions, j’ai répondu. Mais je me sens toujours mise en cause dans cette affaire, ils veulent casser le mouvement », soutient-elle. Pour Stéphane maillot, c’est bien à titre d’accusée et non de témoin que Laurie-Jade Payet a été entendue. « On lui a demandé : avez-vous gazé le gendarme ? On vous accuse de ça, l’avez-vous fait oui ou non ? », raconte l’étudiant.
Pour Alexis Chaussalet, « c’est une déclaration de guerre contre l’UNL. On essaie de nous coller la mauvaise image. Ils veulent casser une organisation, un symbole, une jeunesse ».
Selon Laurie-Jade Payet, « ils n’ont pas apprécié les propos tenus dans la presse ». L’UNEF assure : « on ne laissera pas la gendarmerie contrôler nos déclarations dans la presse. La liberté d’expression est une valeur fondamentale de notre République ».
Pour Lionel Millot du SNES, « la pression exercée par ce biais est sans effet, à part qu’elle forge une militante de plus ».
D’ores et déjà, l’UNL appelle tous les lycéens à tenir des assemblées générales dès la rentrée pour donner une suite au mouvement « contre les suppressions de postes, d’une part, et contre le climat sécuritaire, d’autre part. Nous demandons publiquement au procureur de répondre à nos demandes d’audience ». Dans cette affaire, « la répression ne doit pas être la réponse ».

 Sophie Périabe 


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